vetements et burberry entament la révolution dont la mode a besoin

En refusant de se conformer au calendrier officiel, ils tentent d'installer dans un milieu en pleine remise en question une temporalité plus naturelle et plus humaine.

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févr. 5 2016, 4:05pm

Vendredi matin, Burberry annonçait que la maison combinerait homme et femme dans un même défilé - quelques heures plus tard, Vetements suivait le pas. 

"Faire défiler l'homme et la femme en même temps, c'est accepter de nous reconnecter au monde réel. Aujourd'hui, les hommes portent de la femme et les femmes de l'homme. Le genre n'est plus un principe immuable et immobile; on peut choisir l'un ou l'autre. Les temps changent. Séparer les genres en deux parties est contre la mouvance naturelle actuelle'', expliquait Guram Gvasalia, le frère de Demna à Vogue, ajoutant qu'" à part le point de vue philosophique, cela permet d'économiser de l'argent et du temps, pour tout le monde, des marques aux acheteurs en passant par la presse.''

Contrairement à Burberry, Vetements n'a pas l'intention de s'en tenir aux calendriers officiels - Demna Gvasalia présentera une collection en janvier. Deux mois avant la fashion week parisienne, histoire que les vêtements soient en magasins avant la période des soldes.

"Aujourd'hui, les détaillants passent 70 à 80% de leur budget sur les présélections donc les collections passent complètement à la trappe,'' ajoute Guram. "Les collections présentées en mars ne seront disponibles qu'en juillet, voire septembre ou octobre. Les détaillants américains lancent les soldes tout de suite après Thanksgiving. Du coup, les collections principales restent au même prix pendant huit semaines ou plus. Permettre aux collections d'être présentées de mars à janvier, c'est rallonger leur existence dans les magasins de quatre mois environ.''

"Les créateurs sont des êtres humains et comme tout le monde, ils ont besoin de temps pour se reposer et reprendre des forces. À la place, les créateurs sont sous pression permanente et doivent se caler sur des emplois du temps complètement fous, explique Guram à propos du phénomène de fast-fashion. "La machine nous bouffe notre créativité, l'avale et la recrache. Ensuite, un créateur, aussi génial soit-il, est rangé au placard pour ne pas avoir été assez créatif. En réduisant l'année à deux collections principales, les créateurs auraient du temps et de l'énergie à revendre.''

Si Demna Gvasalia présentera sa première collection en tant que directeur créatif de Balenciaga pendant la Fashion Week parisienne le mois prochain, la possibilité de faire se rejoindre l'homme et la femme dans Vetements lui permettra, on l'espère, de récupérer le temps et l'énergie qu'il mérite et dont il a besoin pour créer et imaginer la mode de demain. 

Credits


Photographie : Jason Lloyd Evans