j.w. anderson est en train de changer la face de la mode

Le créateur anglais vient de recevoir les prix de meilleur designer homme et femme aux British Fashion Awards. Une reconnaissance qui assoit son statut de nouvelle star de la mode.

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24 Novembre 2015, 1:55pm

2015 est l'année de J.W Anderson. Depuis qu'il a repris la direction artistique de Loewe, l'enseigne luxe et iconique espagnole en Septembre 2013, sa vie a été une série de rencontres, de déjeuners d'affaires, de vols, d'Eurostars et de collections - et apparemment, rien de tout cela ne semble lui déplaire. Jonathan porte son éternel jean bleu et des Converses quand on le retrouve dans son studio, un entrepôt revisité sur trois niveaux à Hackney, dans l'est londonien. Tandis qu'on discute, il nous apparaît évident qu'être à la tête de deux enseignes, sa marque personnelle et Loewe, lui réussit. "Petit à petit j'ai appris à me discipliner comme un athlète, révèle-t-il. Je n'ai pas encore réussi à me débarrasser de la cigarette mais je me lève à 6 heures tous les jours et je fais du sport. J'ai aussi appris à ne pas manger que des Kit Kats ou boire des litres de café pour être "tout le temps en forme".

"Tout le temps en forme", c'est peut-être la formule qui lui colle le mieux à la peau. Depuis qu'il a foulé le podium en 2008 avec sa collection masculine inaugurale, Jonathan n'a cessé de travailler pour se tailler une place de choix dans les hautes sphères de la création. Aujourd'hui, les collections J.W Anderson font partie des plus attendues de la London Fashion Week et ses défilés pour Loewe - s'ils n'en sont encore qu'à leurs premiers pas - ont remis sur pied l'enseigne espagnole et hissé Anderson en haut du panthéon des designers les plus talentueux de sa génération.

Tu lis les critiques ?
Oui. J'ai traversé une période où je ne lisais plus parce que je ne savais plus qui croire et à qui faire confiance. Aujourd'hui, mon approche est beaucoup plus zen et après le défilé, nous lisons pendant deux ou trois jours la presse. Si un article sur mon défilé est bien écrit et construit, tu sais ce que les gens attendent de toi. C'est très difficile de comprendre lorsque la personne écrit pour s'écouter parler. Il y a du bon et du moins bon dans tout, je pense qu'on a trop tendance à l'oublier.

Tu penses que la critique fait vivre la mode ?
La critique est extrêmement importante parce qu'elle génère une autre approche que celle de la publicité. J'accorde à la bonne et à la mauvaise presse la même importance. Parfois, les défilés qui reçoivent le plus de critiques sont aussi les plus réussis avec du recul. J'adore Suzy Menkes parce qu'elle a un vrai point de vue. Il n'y a rien de plus jouissif que de lire une critique construite, fondée et écrite par quelqu'un qui comprend l'histoire dans la mode. On a besoin de plus de journalistes qui travaillent dans la mode. La mode est un show - c'est toujours une question d'esthétique et de collection - mais c'est aussi un bon business. Ce n'est pas de l'art.

L'analogie entre la mode et le marché te vient de ton expérience à LVMH ou est-ce une idée que tu as depuis le début ?
J'ai toujours été assez conscient des ficelles du métier. J'adorerais être un artiste mais ce n'est pas le cas. Je construis des choses - des sacs, des chaussures, des t-shirts, ils ont tous un prix. J'aime l'idée de vendre du rêve. Et je veux rendre les gens heureux.

Quel rôle tient le digital dans l'industrie de la mode ?
J'ai toujours adoré le digital. On peut le prendre d'une façon très simple. Le digital donne du pouvoir aux gens, c'est ce que j'aime.

Le digital a remplacé le magazine, il permet aux designers de prendre directement la parole.
Je trouve ça génial. J'ai envie d'interagir avec mes clients. Si je vends quelque chose, les gens ont besoin de savoir qui se cache derrière. Quand on décide de devenir designer, on ne pense pas à rester assis toute la journée. La jeune génération ne travaille pas comme ça. Ils veulent savoir qui sont leurs clients. Mais c'est dur à tenir. Mon agenda est blindé jusqu'à la fin de l'année.

Ça te fait peur ?
Non. Parce que je n'agis pas directement. Les gens me disent où ils veulent que je sois et j'y vais. Parfois, j'ai besoin de me pincer pour me dire que je ne rêve pas.

Oui j'imagine. Aujourd'hui les designers sont plus que des designers, il faut être un vrai showman et représenter l'image de sa marque.
C'est beaucoup de pression. Je peux aller au Japon et enchaîner 20 ou 30 interviews. En une semaine, je peux faire 12 défilés ou 12 portraits. Je ne suis jamais qu'à Londres. C'est aussi Taïwan, l'Amérique du Sud, les Etats-Unis, le Canada… Je ne veux pas être plus présent quelque part ou offrir plus à un pays. Parfois je ne sais même plus qui je suis ni où je vais.

Et pour les défilés ? Tu penses que c'est encore judicieux aujourd'hui ?
J'ai pensé un moment que les défilés allaient mourir. C'est comme le théâtre ou le spectacle vivant. Mais la naissance du cinéma n'a pas empêché le théâtre de vivre. Le défilé est devenu très important depuis la naissance du digital et des réseaux sociaux. Les magazines le commentent, les réseaux sociaux aussi …Avec un défilé aujourd'hui, on a accès à des millions d'images.

Tu aimes les défilés ?
J'aime beaucoup oui, parce qu'on se sent proche des gens. Un clip ou une vidéo ne me donnent pas cette satisfaction. Quand un défilé se termine, une nouvelle collection doit naitre.

Quel est le trait de personnalité qui ne te correspond pas du tout mais qu'on entend souvent à ton égard ?
La mode te range dans une certaine case. Les gens pensent que je suis quelqu'un de complexe et difficile mais ça m'est un peu égal. Je sais ce que je veux. Les gens pensent que je fais une obsession sur le genre alors que non. Rien n'est plus ennuyant que cette idée. J'aime la banalité - qu'on dise qu'il s'agit juste de fringues. Je déteste l'androgynie - ça, ça ne me plait pas du tout, c'est vrai.

Si tu pouvais changer une chose dans l'industrie, ce serait quoi ?
J'aimerais voir plus de jeunes dans l'industrie. Nous avons besoin de nouveaux points de vue et perceptions. Le monde a changé. La manière de communiquer est différente. La mode, c'est une affaire de communication et la nouvelle génération s'apprête à dépenser beaucoup plus d'argent qu'avant dans la communication. Les repères de cette génération sont différents. Si les journalistes et les designers ne s'adressent pas à la nouvelle génération, ça ne marchera pas. Il est temps de changer les choses. Personne ne laissera un môme de 12 ans diriger le monde mais on peut espérer qu'à 30 ans, la question se posera. 

loewe.com

Credits


Photographie Willy Vanderperre
Stylisme Benjamin Bruno
Hair Mari Ohashi at LGA Management
Make-up Lynsey Alexander at Streeters
Nail technician Anatole Rainey at Premier Hair And Make-Up
Set design Emma Roach At Streeters
Lighting technician Romain Dubus
Photography assistance Corentin Thevenet
Digital operator Olivier Looren at Dtouch.
Styling assistance Natalie Cretella, Shaun Kong, Priscilla Teko, Sabrina Diamantopolous
Hair assistance Rogerio Da Silva
Set assistance Warwick Turneroakes, John Karsenty
Production Floriane Desperier
Models Louis Bauvir at Hakim Model Management. Nick M at Tomorrow is Another Day.
All clothing worn throughout Loewe spring/summer 15 womenswear.