9 films (français) à voir sur netflix cet été

Bonne nouvelle, la section « film français » du géant du streaming semble en progrès.

par Marion Raynaud Lacroix et Antoine Mbemba
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17 Juillet 2019, 8:37am

L’Effrontée, de Claude Miller (1985)

22 février 1986, Palais des Congrés : Charlotte Gainsbourg est appelée à monter sur scène pour récupérer son César du meilleur espoir féminin. La scène est devenue culte. Jane Birkin et Serge Gainsbourg n’ont jamais été aussi fiers de leur fille, qui s’avance les jambes chancelantes et le visage défait d’émotion. Le discours qui suit, balbutié avec une irrésistible fragilité, elle le doit à un film tout aussi touchant, L’Effrontée, teen-movie à la française. Elle y joue Charlotte, 13 ans, le corps aussi gauche que la gouaille est sans pitié envers les adultes qui, évidemment, ne comprennent rien des désirs et de la fronde d’une adolescente en quête d’elle-même. Marinière, jean taille haute, mèche rebelle et moue boudeuse, Charlotte est une écorchée vive dont l’ennui des grandes vacances est bousculé par la rencontre avec une pianiste de son âge. Drame, comédie, tout y est dans ce parfait film d’été, qui ne vous fera plus jamais écouter « Sarà perché ti amo » comme avant.

L’Auberge Espagnole, de Cédric Klapisch (2002)

Quoi que l’on en pense, la trilogie de Cédric Klapisch a marqué toute une génération. Celle qui a grandi, de la vingtaine à la quarantaine, avec Xavier, ce branleur mi-agaçant mi-attachant campé par Romain Duris dans L’auberge espagnole (2002), Les poupées russes (2005) et le plus dispensable Casse-tête chinois (2013). Dans le premier volet de ce triptyque, le jeune paumé va finir ses études à Barcelone, en Erasmus, sur les conseils d’un ami de son père qui lui assure, à son retour d’Espagne, un joli poste au ministère des Finances. Rapidement, il se retrouve dans un appartement du bonheur, bordélique au possible, où se côtoie une Anglaise, un Italien, un Danois, un Allemand, une Belge et une Espagnole (quand même). Après Le Péril Jeune, Klapisch continue d’explorer les constructions de la jeunesse, avec une virtuosité de l’image et du montage qu’il maintiendra (peut-être à l’excès) dans les deux films suivants. Attention : ce film va vous donner envie de tout quitter pendant un an.

Eden, Mia Hansen-Løve (2015)

De ce que l’histoire aura retenu comme la « french touch », il reste de la musique, un sentiment de nostalgie chez celles et ceux qui ont connu l’époque où DJ n’était pas un métier et des souvenirs de raves survoltées dans lesquelles personne ne saisissait encore son smartphone pour instagrammer ses soirées. Depuis le film de Mia Hansen Løve, il existe aussi un film – Eden – retraçant le parcours de Paul (Félix de Givry), jeune DJ qui conquiert peu à peu, le monde de la nuit parisienne. Largement inspiré de l’histoire de Sven Hansen Løve, frère de la réalisatrice et figure éminente de la house garage du Paris des années 1990, Eden est une ballade à la fois sensible et déchirante : on y retrouve les Daft Punk avant la gloire, le Queen avant sa fermeture, l’utopie intacte de la rave party dans un monde où les paradis artificiels se mêlent à la quête, existentielle, du sens de la vie.


Sur mes lèvres,
Jacques Audiard (2001)

Carla (Emmanuelle Devos) est secrétaire dans une agence immobilière. Timide et solitaire, sa surdité lui a appris à lire sur les lèvres. Paul (Vincent Cassel) a dix ans de moins qu’elle, beaucoup d’assurance et il sort de prison. Entre ces deux personnages que tout oppose va naître une histoire improbable, à la mesure des sentiments déployés par le cinéma de Jacques Audiard. Entre compromis et trahisons, amour et déchirements, Sur mes lèvres célèbre la revanche de deux marginaux sur l’existence mais aussi l’amour comme ultime salut.

L’inconnu du lac, Alain Guiraudie (2013)

C’est l’été et quelque part dans le sud de la France, des hommes se retrouvent près d'un lac à la recherche d’un endroit calme où draguer au soleil. Franck (Pierre Deladonchamps) y fait la connaissance de Michel (Christophe Paou), un jeune homme dont la beauté sombre accapare vite toute son attention. Dans ce film, l’inconnu du lac c’est donc cet homme mystérieux et le désir qui circule, entre hommes, le temps d’une saison. Le film parfait à regarder par un après-midi caniculaire, volets fermés et ventilateur à fond.

On connaît la chanson, Alain Resnais (1997)

Prenez ce que le cinéma français fait de plus élitiste – des histoires de bourgeois blancs en crise existentielle – et ajoutez-y une bande-son de variété digne de radio Nostalgie. Cela donne On connaît la chanson, un inoubliable film d'auteur où une bande d’acteurs magnifiques (André Dussolier, Sabine Azema, Pierre Arditi, Agnès Jaoui et Jean Pierre Bacri - également scénaristes du film) ponctuent leurs conversations de sessions de playback. Hommage à l’universalité de la pop, déclaration d’amour à sa joyeuse bande d’acteurs, On connaît la chanson vaut aussi pour son autodérision permanente, qualité trop rare dans le cinéma français pour ne pas être soulignée. Et pour sa bande-annonce réalisée par Agnès Jaoui, qui nous rappelle un certain concept Konbini.

Steak, de Quentin Dupieux (2007)

En 2007, Éric et Ramzy sont – cinématographiquement – au fond du trou. Ils ont fait le tour d’une recette qu’on a tous de plus en plus de mal à avaler. La Tour Montparnasse infernale passait encore, mais les nullissimes Double Zéro et Les Daltons ont épuisé le capital sympathie qu’on leur accordait jusque-là. Il leur faut un sauveur. Quelqu'un de suffisamment timbré pour les remettre en selle, et d'assez talentueux pour transformer l’essai. Ce sera Quentin Dupieux, qui signe avec Steak la meilleure entrée ciné du duo. À l’époque, le film est un piège. Quentin Dupieux, le réalisateur, est encore peu connu et les fans restants d'Éric et Ramzy s’attendent à un énième film à sketches. En place, ils trouveront les bases du cinéma de Dupieux : un scénario qui marche sur la tête, à base d’hôpital psychiatrique, de tuerie, de bande de potes en blousons rouges accros au lait, et de chirurgie esthétique. Le tout habillé par une superbe bande-son à la fois entraînante et anxiogène, signée Dupieux/Mr. Oizo lui-même, Sébastien Tellier et SebastiAn (qui est d’ailleurs au casting, aux côtés d’un Kavinsky chef de bande). En salles, le bide est total. Mais en vrai, c’est génial. C’est « Chivers ».

Bang Gang, Eva Husson (2015)

Dans une ville moyenne de la côte basque, la fin de l’année scolaire approche. Aux infos, les chaînes annoncent que des trains déraillent sans raison et que la canicule s’abat sur la France. Pendant ce temps-là, Alex, Nikita, George et Laetitia se cherchent et s’ennuient. L'été de leur 16 ans sera la saison de leur « gang bang » , un jeu sexuel où chacun explore ses limites mais dans lequel s’invitent, fatalement, les sentiments. Pour ce premier film, Eva Husson réunit un casting de jeunes acteurs tout feu tout flamme, parmi lesquels on retrouve Finnegan Oldfield, Marilyn Lima, Lorenzo Lefebvre et le génial Fred Hotier (mais que devient-il ?). Un prétexte parfait si vous souhaitez (re)lancer le jeu de la bouteille.

La Cité de la peur, d’Alain Berberian (1994)

On a tous ce pote un peu chiant qui, dès que quelqu’un propose une soirée DVD, se sent d’un coup investit d’une mission divine : imposer au reste du groupe son film préféré, pour mieux le gâcher en récitant toutes les répliques à voix haute. Généralement, ce film-là c’est La Cité de la peur, mais ne laissez pas cet ami insupportable (c’est peut-être vous…) gommer les qualités de l’œuvre cultissime des Nuls. On part du principe que vous l'avez vu une petite dizaine de fois, mais on n'est jamais trop sûrs : Odile Deray (Chantal Lauby), une attachée de presse, présente à Cannes le film d'horreur Red is Dead, un navet dont tout le monde se fout, jusqu'à ce qu'un tueur n'éviscère un à un les projectionnistes du film. Le succès soudain va propulser sur le devant de la scène le piètre acteur principal (Dominique Farrugia, tout trouvé), son garde du corps (Alain Chabat), le commissaire de police de Cannes (Gérard Darmon) et un mec un peu collant qui sent de la bouche (Sam Karmann). S'il fallait choisir une scène culte, ce serait sûrement la Carioca, rejouée cette année au festival de Cannes - le vrai - pour fêter les 25 ans du film.

Love, de Gaspar Noé (2015)

Si vous avez vu Love au cinéma, il y a de grandes chances pour que vous en gardiez un souvenir assez intense. En sortie en salles, le film était interdit aux moins de 16 ans pour ses scènes de sexe non-simulées, et visible en 3D. Les lunettes sur le nez, vous étiez aux premières loges des ébats d’Electra et Murphy (qui se remémore, un jour pluvieux, sa relation avec la jeune fille, dont il vient d’apprendre la mystérieuse disparition), quitte à vous prendre quelques éclaboussures. Un film de Gaspar Noé sans polémique, ce n’est pas vraiment un film de Gaspar Noé. Présenté en sélection officielle, en séance de minuit, à Cannes en 2015, Love a soufflé un vent de polémique sur la croisette. « Mauvais porno » pour certains, « grand film mélancolique et romantique » pour d’autres, le film a évidemment divisé la critique. Alors comme toujours dans ce cas-là, le mieux c’est de se faire une idée par soi-même.

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