Capture d'écran tirée du film

La bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadzihalilovic

5 ciné-claques françaises oubliées des années 1990

Petit inventaire des perles provoc de l'Hexagone. Chapitre 2 : la décennie 90.

par Julien Homere
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30 Juillet 2019, 4:59pm

Capture d'écran tirée du film

La bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadzihalilovic

Men in black, Le Roi Lion, Chucky, Toy Story, Aladdin. Non, vous n’êtes pas en 1997 mais bien en 2019. Depuis le revival massif de Star Wars, Hollywood ne se foule pas trop et passe toutes ses licences à la moulinette du remake mou, de la suite de trop, du live action aseptisé voire de l’accident industriel pur et simple. Un beau foutoir, preuve d’un abandon créatif assez désespérant. Comme si les exécutifs se bouchaient le nez, les yeux clos, en balançant au crash test leurs blockbusters malades. Ce n’est qu’aux premiers signes de fatigue de Stranger Things partie 3 que tout devint officiel : la mode des années 80 est terminée, place aux nineties ! Alors que toutes ces déceptions U.S font des milliards au box office, tournons nous en France vers l’époque bénie des 2Be3, Zizou, De Caunes et Garcia, des Minikeums, celle où Maïté massacrait une anguille en direct sur FR3. Un temps que les vegans de moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. Un temps où 5 ciné-claques pouvaient tout emporter sur leur passage. Inventaire.

Vibroboy de Jan Kounen


Une déflagration. Voilà comment résumer la folie de Jan Kounen qui explose avec Vibroboy. Bien avant le succès de 99 francs et la claque Dobermann, le réalisateur se révèle en esthète accompli. Formé à l'école du clip et de la publicité, il construit une tornade épuisante, un concentré d’hystérie canalisé en seulement 30 min et qui laisse le spectateur à terre. On y narre les dégâts provoqués par l’arrivée d’une statue aztèque magique chez un couple de fachos vivant dans une caravane à Saint Ouen. Macho et parano, le mari devient possédé par l’artefact phallique et se transforme en démon surpuissant, armé d’un godemiché perforant. Je pense qu’on pourra pas faire mieux niveau résumé. Sorte de croisement entre Tex Avery et les expérimentations underground de Tetsuo, Vibroboy forme un pont hybride entre la New French Extremity et le cinéma onirique de Caro et Jeunet. Coïncidence ? Le film a bénéficié de l’aide de Marc Caro sur le design. À la vue de sa facture graphique ultra léchée, comment pouvait-il en être autrement ?

Comme une bête de Patrick Schulmann

Alors là, on va pas s’attarder 10 000 ans. Patrick Schulmann est un bon réal, auteur de comédies cultes des années 80 (Et la tendresse ? Bordel !, P.R.O.F.S) mais sa dernière bévue n’est pas des plus réussies. Pourtant, sa folie et son mauvais goût ringard lui attribuent une place de choix dans notre liste. Réservé à certaines sensibilités et uniquement disponible en qualité VHS sur le net, Comme une bête tourne autour de l'histoire de Leo, jeune homme élevé en dehors de toute civilisation dans un orphelinat d’orangs outangs à Bornéo. Son père décédé, Leo se rend en France, le cœur plein d’espoir pour démarrer une nouvelle vie. Mais il se retrouve exploité à travers des jobs ingrats, échoue en hôpital psychiatrique et devient même SDF. Confronté à la cupidité, à l’envie et à la haine des hommes, Leo bascule dans une spirale de violence autodestructrice après une rupture amoureuse avec une wannabe chanteuse, Rosa. Sorte de Bernie qui a très mal vieilli, Comme une bête reste une curiosité nanardesque aussi tordue que son pitch, plein de couleurs pétaradantes et bardé d’un casting hétéroclite : Richard Bohringer, Jean-Yves Lafesse, Patrick Bosso, Agnès Soral. Un exercice de style entre le ridicule et le malaise, un peu comme un accident au ralenti.

Lune froide de Patrick Bouchitey


On quitte les deux premières bourrasques pour s’atteler à un grand film oublié. Plus connu comme un second couteau de luxe que pour son coup de caméra, Patrick Bouchitey accouche de cette œuvre somme dévastatrice en 1991. Produite par Luc Besson et inspirée de Charles Bukowski (un grand écart, un vrai), Lune froide c’est l’histoire de Simon et Dédé, deux minables perdus qui pourraient remplir un bon 20 min chez Strip Tease. A travers des saynètes pleines d’humour noir, le film suit ces vieux punks décatis dans leurs tirades anticonformistes, se moquant des handicapés, de la religion, de la famille, du couple, du travail et du sexe. Tout ça arrosé de plusieurs canettes de blondes, de marrons dans les ratiches et de mégots froids. Un tableau misérable de la France d’en bas magnifié par les cadrages des côtes bretonnes sous influence Jarmusch et sa B.O électrique pleine de Jimi Hendrix. Acteur, scénariste et réalisateur, Patrick Bouchitey habite son long-métrage. Il bouffe l’image, dégageant un charisme malsain aussi magnétique que naturel. Car sous cet océan de purin, Lune froide cache un trésor inavouable dont i-D vous préservera de la beauté scandaleuse. Le chef d’œuvre de cette liste et l’un des plus beaux films noir et blanc tricolore.

La bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadzihalilovic


Moins m’as-tu-vu que son partner in crime Gaspar Noé, Lucile Hadzihalilovic compte parmi les cinéastes françaises les plus brillantes de notre époque. Sans elle, pas de Cinémas de la Zone, pas de Seul contre tous au montage coup de poing et bien sûr pas de déflagration Irréversible en 2003. Mais outre son influence souterraine, la metteuse en scène témoigne dans son œuvre d’une maitrise hallucinante de la grammaire visuelle. Sensorielle, la terreur a chez elle une saveur étrange, sorte de nature morte vénéneuse qui s’insinue dans la psyché du pauvre spectateur. Et pour une bonne entrée en matière, rien de mieux que son premier méfait, le moyen métrage La bouche de Jean-Pierre. Conçu coup sur coup avec Carne, le film raconte le calvaire d’une petite fille, Mimi, dont la mère a tenté de se suicider. Hébergée chez sa tante, elle y fait la connaissance du petit ami de cette dernière, Jean-Pierre. Commence alors le vrai supplice de Mimi, livrée aux envies pédo-lubriques du bonhomme. Un uppercut à l’estomac qui signe la naissance d’une auteure.

Barracuda de Philippe Haïm

Les carrières et les films, c’est comme les bonnes recettes de cuisine. Certaines mettent du temps à démarrer et d'autres partent sur les chapeaux de roues. Celle de Guillaume Canet s'inscrit dans la dernière catégorie avec Barracuda, son premier rôle au cinéma. Comme si la pression n'était déjà pas assez énorme pour lui, ajoutez à ses côtés une légende du métier : Jean Rochefort. Faites mijoter 1h30 à feu vif en huis clos et vous obtenez un des thrillers français les plus réussis des années 90. Servez le chaud pour ne pas en perdre l’arôme, de préférence en pleine nuit et les volets fermés. Mais quels sont les ingrédients de ce met rarissime ? Un jeune couple, Luc et Margot, emménage dans un nouvel appartement. Alors que la jeune femme s’absente quelques jours, Luc accepte un dîner chez le vieux voisin d’en face, Clément, une ancienne gloire du music hall. Mais très vite, Luc se rend compte de la nature dérangée de Clément qui l’assomme et le séquestre. Barracuda narre ainsi sur plusieurs mois la descente aux enfers du jeune homme subissant les pires tortures psychologiques de son geôlier. Une belle surprise de la part du futur réalisateur des Dalton avec Eric & Ramzy.

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