jardiner avec araki, mapplethorpe, martin parr (et les autres)

La fondation Aperture sort ce mois-ci un nouveau livre photo rassemblant les clichés fleuris des plus grands photographes de ce dernier siècle.

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avr. 27 2018, 9:12am

Hyper léchés, curatés au carré, foutraques ou minimalistes, en y regardant bien, il n'est pas impossible d'envisager le jardin comme une proto-forme d'Instagram. À l'instar du réseau social, le jardin n'est-il pas lui aussi un espace de curation, de projection de soi ? Une vitrine dressée vers l'extérieur ? Et par extension, la matérialisation d'un être au monde ? Dans les deux cas, ceux qui les cultivent, y opèrent des choix de mises en scène (vous êtes plutôt bégonia ou myosotis ? Sierra ou Juno ?) et tentent d'éviter les faux-pas – c'est bien connu, le hashtag est devenu hyper ringard, un peu comme les orchidées d'ailleurs. Finalement, comme Instagram, chacun fait de son jardin un espace d'expérimentation. Un labo à sa mesure et à son image où l'on paonne sa créativité à grand renfort de selfies, de bégonias, de filtres, de cisailles, de stories et de gazon tondu.

Ce mois-ci, la génialissime maison d'édition de la fondation Aperture publiait un nouveau livre photo, The Photographer in the Garden pensé par Jamie M. Allen et Sarah Anne McNear, dans lequel se côtoient les clichés bucoliques de plusieurs dizaines de photographes – de Stephen Shore à Nobuyoshi Araki en passant par Collier Schorr, Robert Mapplethorpe et Martin Parr. Avant l'avènement d'Instagram, tous ont, avec leur démarche respective, fait du jardin un lieu d'errance artistique et ont surtout tenté de comprendre comment il est devenu, au grès de sa domestication, une extension de soi. Et du monde tout entier. « Le jardin, c'est la plus petite parcelle du monde et c'est la totalité du monde » disait Michel Foucault lors d'une conférence en 1967. Devant son auditoire, il envisageait cet espace comme un « lieu autre », loin du rêve ou de l'imaginaire, où se matérialisent les utopies de chacun – des plus ordonnées aux plus punk, des plus libres aux plus rigides.

Au fil des pages et des paysages, The Photographer in the Garden invite à repenser la dimension symbolique et sociale du jardin et à l'observer comme un espace-miroir incantatoire qui renseigne sur celui qui le cultive et le façonne. Un petit cosmos à taille humaine. Montre-moi ton jardin, je te dirai qui tu es – et ce à quoi tu aspires. Ciao Lacan, bisou Rorschach, la psychanalyse se fait désormais les pieds dans l'herbe mouillée. Parce qu'au fond, les jardins touffus à l'anglaise, les œuvres psycho-rigides des paysagistes versaillais, les bégonias des mémés, les devantures impeccables de l’Amérique pavillonnaire documentée par Justin Kimball, l'obsession du gazon tondu au millimètre du voisin cinglé, les jardins partagés de banlieue, les fleurs érotisées de Mapplethorpe et Araki… en disent probablement bien plus long que mille séances sur le divan. Et que tous les feeds Instagram du monde.

« Before the dissolution of our marriage my husband and I owned a bar. One day a toilet broke and we brought it home, » 1971 © Bill Owens

Jacqueline Hassink, Haradani-en 1, Northwest Kyoto, 2010; from the series "View, Kyoto"

Noor Damen , Gypsóphilia, 2000, Courtesy van Kranendonk, Der Haag
Imogen Cunningham, Magnolia Blossom, 1925 © 2018 Imogen Cunningham Trust, All rights reserved, Courtesy George Eastman Museum, Purchase
Justin Kimball , Phoenix, Arizona, 1997, © Justin Kimball, Courtesy George Eastman Museum, Gift of Jeanne and Richard S. Press
Justine Kurland, Black Bear Ranch Work Party, 2003 © Justine Kurland, Courtesy Mitchell-Innes & Nash, New York
Eli Reed, Save the Children, London, England, 1993 © Eli Reed, Courtesy Magnum Photos
William Larson, Untitled, 1980; from the series Tucson Gardens, Courtesy the artist/Gitterman Gallery, New York

Larry Sultan, « Los Angles, Early Evenings », 1986 © The estate of Larry Sultan

Collier Schorr, Lily Pads 3, 2006; from the series Blumen, © Collier Schorr, Courtesy 303 Gallery, New York