on vous présente les 10 finalistes mode du festival d’hyères

Qui succèdera à Vanessa Schindler, la lauréate de l’an dernier ? Le choix se fera entre ces 10 finalistes, auteurs de propositions engagées et radicales.

|
avr. 4 2018, 11:40am

Ils sont dix, de huit nationalités différentes, tous diplômés d’écoles prestigieuses telles que La Cambre, Aalto University (3 candidats sur 10 ! La Finlande a toujours la cote) ou l’Académie royale des beaux-arts d'Anvers : les finalistes du prix mode du Festival d’Hyères sont porteurs de propositions radicales, engagées et prometteuses. Regard critique sur les réseaux sociaux, refus du conformisme, engagement en faveur de la protection de l’environnement (un thème récurrent dans les collections présentées, preuve s’il en fallait que la nouvelle génération est mobilisée sur ce terrain !), univers utopiques, réflexions sur le temps : les designers glissent des messages politiques dans leurs collections et défendent l’idée d’une mode toujours plus inclusive, libre et éthique. S’inscrivant ainsi dans la droite ligne du Festival qui met la lumière depuis 1985 sur des talents peu consensuels. Pour les départager, un jury de choc dont le Président n’est autre qu’Haider Ackermann, accompagné entre autres de Tilda Swinton, Jefferson Hack, Lou Doillon ou encore l’historien de la mode Farid Chenoune.


Marie-Ève Lecavalier, Collection Femme, Canada

Elle est canadienne et diplômée de la HEAD - la Haute École d'Art et de Design de Genève - Marie-Ève Lecavalier transforme jeans recyclés et cuir de seconde main, qu’elle retaille et retisse pour imaginer de nouvelles pièces. Au cours de ses recherches, elle a développé une technique de tricot de cuir lui permettant de créer des motifs entrelacés en relief. Née dans une banlieue de Montréal, la créatrice s’inspire de son enfance durant laquelle elle dit s’être…beaucoup ennuyée. L’ennui comme source de créativité ? Résultat : le concept d’auto hallucination appliqué à sa collection. Qu’est-ce que cela ? Dans sa chambre, enfant, la créatrice fixait son papier peint à pois et s’amusait des déformations lumineuses produites. Des distorsions qu’on retrouve sur ses imprimés et dans ses accessoires en verre aux formes peu communes. Le but ? Nous intriguer, nous pousser à (mieux) regarder ses vêtements. En bref, réveiller nos pupilles.


Ester Manas, Collection femme, France

Avec sa collection « Big again », la créatrice française Ester Manas, diplômée de La Cambre, s’adresse à toutes les femmes, tous les corps, toutes les morphologies. Et ce n’est pas qu’un discours de façade : ses pièces sont conçues pour mettre en avant les courbes, célébrer les rondeurs, le pouvoir de la chair - elles s’étirent de la taille 34 à la taille 50. Pourquoi faudrait-il avoir faim pour pouvoir trouver des vêtements créatifs ? La collection d’Ester est un témoignage : c’est le résultat d'une discussion qu’elle a menée pendant plusieurs mois avec 12 jeunes femmes, rencontrées dans la rue, à l'école ou sur internet. Pour concevoir une garde-robe complète, à 360 degrés. La peau est sa matière première, elle dialogue avec les coupes et les matières ; elle se retrouve dans les jerseys élastiques mimant la chair souple ou dans l’utilisation de la Jesmonite, cette résine artisanale qui craquelle et évoque les vergetures. Forte de ses expériences au sein des studios Balenciaga, Paco Rabanne et Acne, Ester bouscule standards visuels et esthétiques et délivre une proposition audacieuse pour une mode qui se veut accessible et surtout vivante.


Linda Kokkonen, Collection femme, Finlande

Depuis déjà quelques années les candidats Finlandais sont bien représentés au Festival d’Hyères. De bons résultats qui s’expliquent par le succès de la formation offerte par Aalto University, la prestigieuse école de mode d’Helsinki. La créatrice finlandaise Linda Kokkonen ne déroge pas à la règle : elle est diplômée d’Aalto. Elle est l’auteur d’une collection qui mixe looks de bikers et pièces inspirées de l’ère Victorienne. Sept silhouettes rouges ou noires monochromes, richement travaillées et volontairement mal finies se succèdent : vestes en dentelle méchée et maille effilochée, pantalons et corsets en cuir rebrodé, robes en soie aux fils flottants. Soucieuse de la protection de l’environnement, la créatrice utilise des matériaux vintage et recyclés.


Jef Montes, Collection Femme, Pays Bas

Jef Montes, diplômé d’ArtEZ – l’Académie d'Art et de Design située dans la ville d’Arnhem, aux Pays-Bas – développe lui-même ses tissus, dont certains en collaboration avec le Musée du textile de Tilburg. En hommage à son grand-père qui a navigué dans le Sud de l’Espagne pour chasser des requins, sa collection baptisée « Tormenta » (tempête) est inspirée de l’univers maritime. Le designer a étudié les matériaux qui sont utilisés dans la création des bateaux. Résultat ? Des tissus techniques créés à base de nylon, laiton, carbone et fibre de verre. Le designer conçoit des silhouettes voluptueuses qui se lèvent et se développent comme un tourbillon autour du corps, tel un navire pris dans une tempête.


Ela Fidalgo, Collection Femme, Espagne

Traditionnellement peu présente dans la compétition, l’Espagne est représentée avec Ela Fidalgo, diplômée de l’IED - l’Institut Européen de Design - de Madrid. Avec sa collection « Earthworth », la créatrice explore les limites de la création via la réutilisation de ressources, dans le cadre d’une économie circulaire. Spirituelle, en hommage aux tribus d’Afrique et d’Amérique du Sud proches de la nature et attachées aux valeurs familiales, elle veut transmettre dans ses créations ce sentiment de partage, ce sens de la communauté. Ses silhouettes volumineuses et très colorées, agrégat de matériaux divers et recyclés, sont un hommage à la nature, terre nourricière – métaphore de la vitalité créative.


Antonia Sedakova, Collection Homme, Russie

Antonia Sedakova est Russe et diplômée d’Aalto University. Elle présente une collection masculine, qui explore les tensions sociétales à l’œuvre dans les années 80 en Russie. Elle se fait le témoin de ces volontés individualistes désireuses de se détacher des règles qu’on leur impose mais qui sont inévitablement et presque fatalement affectées par celles-ci. Cette idée se transpose dans ses silhouettes : l’uniforme soviétique et ses symboles sont revisités, leur conformisme twisté à coups d’imprimés kaki tirant sur le jaune parsemés de clichés de la scène musicale underground, interdite à l’époque par l’URSS. Avec un hommage appuyé à Viktor Tsoi, figure symbolique de la scène rock russe naissante. Une collection entre suivisme et dissidence.


Sarah Bruylant, Collection Femme, Belgique

Diplômée du Fashion Institute d’Amsterdam, lassée des discours sur les difficultés de l’industrie de la mode, la créatrice belge Sarah Bruylant a décidé de créer son univers utopique, comme une fresque représentant tout ce qu’elle aime dans la mode. Un monde dans lequel on porte des vêtements audacieux, au style radical. Une mode à la frontière de l’art capable de nous transporter dans une autre galaxie, débarrassée de tout complexe et jugement de valeur. La créatrice imagine des silhouettes fantasques, au style assez grandiloquent - comme ces jupes ultra volumineuses comme des ballons gonflés à bloc, peintes à la main inspirées du mouvement impressionniste – pour que chacun ose se montrer tel qu’il est plutôt que tel qu’on voudrait qu’il soit… Une critique en creux de l’illusion des réseaux sociaux.


Rushemy Botter, Collection Homme, Pays-Bas

Rushemy Botter, originaire des Pays-Bas est diplômé, comme le Président du jury Haider Ackermann, de l’Académie royale des beaux-arts d'Anvers. Le designer signe une collection baptisée « Fish or fight » engagée en faveur de la protection de l’environnement et des océans en particulier. Touché par les ravages de la pollution sur l’île des Caraïbes Curaçao, d’où est originaire sa famille, Rushemy plisse, fronce et anoblit sacs plastiques et filets de pêche et transforme le logo « Shell » en « hell ». A travers sa collection il rend aussi hommage au design et imprimés locaux mixés à la sauce tailoring.


Anna Isoniemi, Collection Femme, Finlande

C’est la troisième finaliste à être diplômée d’Aalto University. La créatrice finlandaise Anna Isoniemi a imaginé une collection inspirée des courses automobiles et du futurisme des années 60, mélangeant féminité et masculinité. Résultat ? Des silhouettes inspirées de l’uniforme des pilotes de voitures de courses pailletées de la tête aux pieds. Eclats métalliques, reflets scintillants, effets cotte de maille girly, les sequins sont dans l’esprit de la créatrice une armure pour les femmes – une amure dynamisante.


Regina Weber, Collection Femme, Allemagne

Regina Weber est allemande mais parle français parfaitement surtout depuis son passage au studio Maison Martin Margiela. Diplômée de la Weißensee Academy of Art de Berlin – tout comme Annelie Schubert, lauréate du grand prix du jury mode en 2015 - la créatrice avait en tête l’image d’un bouquet de fleurs fraîches que l’on veut conserver mais qui fane inévitablement. Elle a collaboré avec une entreprise allemande de chimie pour développer une technique permettant d’emprisonner des fleurs dans du silicone qu’elle a ensuite assemblé en manteau. Pour une version plus prêt-à-porter, Regina a aussi développé une série de pièces imprimées aux motifs de fleurs fanées avec cette idée sous-jacente : profitez du moment présent avant qu’il ne soit trop tard.