Photographie Lionel Macor

une série photo raconte la fête en périphérie de paris, sans (trop) la montrer

Le photographe Lionel Macor est allé photographier l'énergie des free parties à la périphérie de Paris. Sur les images, peu importent les visages, seuls les corps comptent.

par Antoine Mbemba
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19 Septembre 2019, 11:00am

Photographie Lionel Macor

Soyons honnêtes : la fête parisienne, on en a soupé. On l’a glorifiée, détestée, espérée, filmée, chantée, photographiée. La cartographier, en dresser un état global n’a plus aucune sorte d’intérêt, et c’est en la vivant au plus près, au détail, qu’on peut commencer à en saisir quelque chose. C’est en tout cas ce qu’a décidé de capturer Lionel Macor dans sa série photo Quartier Libre, portrait bien à lui de la fête « en bordure de Paris ».

Shootée à l’argentique et en noir et blanc, la série capture des jambes, des bras, des dos, des corps et des mouvements, en esquivant autant que possible les visages. « J’ai travaillé avec un tout petit appareil, un Minox, explique Lionel. Ça m’a permis une proximité que je n’aurais pas eue avec un gros matos. C’est très instinctif, parfois je ne cadre pas. Je sais ce que je veux montrer mais je n’ai pas forcément l’œil derrière le viseur. Il y a une part d’incertitude, une façon un peu moins raisonnée de faire de la photo. »

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Aujourd’hui, Lionel travaille au sein d’un label de musique, mais la photographie a toujours été une toile de fond. Comme bon nombre de photographes d’aujourd’hui, il a été un enfant du numérique mais garde comme souvenirs ancrés les tirages en labo, à l’adolescence avec sa mère, et opte pour l’argentique. « Je trouve l’image numérique trop lisse, pas assez organique. Et puis avec l’argentique il y a l’idée de se poser, de ralentir le flux d’images et retrouver du sens. »

Il y a quelques années, il redécouvre une bande de potes et recommence à sortir avec eux, souvent, dans des soirées, des free parties organisées à l’arrache mais à l’énergie souvent glorieuse. Lui vient alors l’envie de raconter l’histoire de ce groupe soudé, « mais aujourd’hui, Quartier Libre ce n’est plus ça, il y a plein de gens, d’inconnus croisés au hasard. » Très vite, Lionel fait le choix de coller aux corps, « de choper des petits détails, jouer sur des lignes, une proximité, donner à voir sans montrer. Ça ne m’intéresse pas de faire un compte rendu de soirée. »

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Faut-il participer à la fête pour la saisir ou mieux, ou prendre du recul, en être spectateur ? « Un peu des deux, répond Lionel. J’ai essayé d’être au même rythme que les autres, mais ça te déconnecte de ton regard. Tu es tellement bien que le besoin de sortir l’appareil ne se fait plus sentir, ou à l’inverse tu as l’impression d’être un génie mais quand tu sors du labo c’est de la merde. » Pas question non plus de se tenir trop loin du mouvement. « L’intérêt de cette série, c’est qu’on sent que je suis avec les gens. J’ai ma petite flasque pour tenir la nuit, et je fais comme les autres, à la différence que j’ai un appareil minuscule avec moi. »

La « bordure de Paris » s’est imposée d’elle-même. Elle ne répond pas d’une envie d’axer Quartier Libre sur l’aspect sociologique du Grand Paris, de ses nouveaux espaces, même si « ça le traite forcément, indirectement ». C’est l’air du temps, et de la nuit parisienne. « Il y a dix ans, on était sur un format très parisien avec des sites et magazines ‘prescripteurs’ qui disaient où sortir, où était le cool. Il fallait aller dans des lieux ‘branchés’ pour en être. La génération qui suit la mienne est beaucoup plus dans l’expérience. Il y a quelque chose de plus spontané, on teste plus de choses. Pour tester des choses, il faut de l’espace, et sortir de Paris devient quasi indispensable. » S'il existe encore des « quartiers libres », c'est là que vous les trouverez.

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Photographie Lionel Macor

Le 29 octobre, la série Quartier Libre sera présentée à la Scène du Canal à Paris, dans le cadre des Rencontres Photographiques du 10ème.

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