7 invasions de défilés qui ont choqué la mode

Un chat qui se faufile entre les mannequins, un prêtre sexy qui hurle des slogans pour PETA ou un intrus cul nu chez Dolce Gabbana...

par Mahoro Seward
|
08 Octobre 2019, 9:32am

« La semaine dernière, je me suis incrustée au défilé Etam, juste comme ça et j’ai défilé comme j'en avais toujours rêvé, lançait la désormais célèbre Marie S’Infiltre à Pierre M’Pelé après le show. J’ai trouvé que c’était un peu bas de gamme et j’ai donc décidé de tenter ma chance au milieu du défilé le plus couru au monde : Chanel. » Écartant Vanessa Friedman de son chemin et courant pour trouver sa place au milieu des mannequins et du grand final du défilé, la Youtubeuse française, en tenue très Chanel, a failli faire un tour d’honneur complet sur les toits de Paris qui servaient de décor, avant d’être interceptée par une Gigi Hadid aussi véhémente qu’un agent de sécu en période d’essai. Aussi impressionnante soit son intrusion, elle s’inscrit dans un long héritage de groupes et d’individus qui, un jour, se sont mis en tête de troubler ces instants de mode parfois guindés, pour des raisons politiques ou personnelles. Pour rendre hommage au courage (?) de quelques secondes de Marie S’Infiltre, voici sept invasions de défilés de mode au moins aussi mémorables que la sienne.

Les Femen chez Nina Ricci
Connu pour ses actions coup de poing et seins nus au Vatican ou sur la Place de l’Indépendance de Kiev, le groupe féministe radical ukrainien (basé à Paris depuis quelques années) n’a jamais eu peur des expressions publiques et provocatrices. En 2013, deux membres du groupe choisissent la Fashion Week de Paris comme décor d’un nouveau coup d’éclat, et envahissent le podium du défilé printemps/été 2014 de Nina Ricci. Ce n’est pas la première incursion des Femen dans la mode ; le groupe avait précédemment perturbé l’enregistrement de la finale de l’émission Germany’s Next Topmodel présentée par Heidi Klum – qui n’avait pas du tout apprécié. Cette fois-ci, avec leurs corps nus griffés des slogans « Fashion Dictaterror » et « Model Don’t Go To Brothel », les deux femmes surgissent en courant sur le podium et prennent la main de la mannequin anglaise Hollie-May Saker en geste de sororité. Une main vigoureusement rejetée par la native de Liverpool. « Je lui ai foutu un coup, racontera ensuite Saker, faisant allusion à son geste de réflexe, sec. Mon côté Liverpool est un peu ressorti, mais quand j’y repense j’aurais dû les pousser toutes les deux hors du podium. Elles ont gâché mon défilé préféré. »

Brüno
Ce serait totalement irresponsable d’écrire une telle liste sans y inclure notre vrai faux présentateur mode autrichien préféré, Brüno. Son tableau de chasse des défilés envahis est un véritable hit-parade, parmi lequel Iceberg ou Stella McCartney. Fut un temps où sa notoriété était telle que la Chambre Italienne de la Mode prévenait les marques et leur conseillait de le bannir, lui et sa production, de tous les événements. Mais l’avertissement a sûrement fini dans les spams d’Agatha Ruiz de la Prada, parce que l’euro-twink (incarné par l’acteur Sacha Baron Cohen) a fini par trouver le chemin de son défilé, et s'y est incrusté en grande pompe. Dans un assemblage de vêtements qui pourrait faire son trou dans un défilé Comme des Garçons, Brüno s’est approprié le podium, jusqu’à ce que les lumières ne s’éteignent et qu’il ne soit plaqué au sol par des vigiles italiens avec la vivacité et la puissance d’une équipe de rugby. Ausgezichnet !

Les militants SURGE chez Mary Katrantzou
Si les plus belles intrusions de la mode ont souvent lieu à Milan ou Paris, il y a évidemment des exceptions. Durant le défilé automne/hiver 2018 de Mary Katrantzou, une personne du public, membre du groupe de défense des droits des animaux SURGE – apparemment possédée par l’esprit d’un crieur public sorti d’une œuvre de Dickens – a pris le podium d’assaut pour condamner l’assemblée. « Honte à vous, Fashion Week de Londres, hurlait-elle. Vous êtes responsables du meurtre de centaines d’animaux chaque année ! » Et si l’on a rapidement convenu que la femme protestait contre l’utilisation de la fourrure dans la mode, l’ironie a démontré plus tard que toutes les fourrures alors utilisées par Mary Katrantzou étaient fausses.

Le « streaker » de D&G
Vous n’en connaissez peut-être pas le nom, mais vous savez ce qu’est un « streaker » : un homme, ou une femme, qui apparaît nu en public, généralement lors d’un match de foot. Avant les seins nus des Femen à Paris – et pour donner le ton du printemps/été 2014 – il y a eu l’invasion nue la plus mémorable de l’histoire de la mode. Il n’en existe pas tant, mais celle de Dolce & Gabbana est un classique du genre. Apparemment encouragé par le blogueur allemand Dandy Diary, qui tenait là un stratagème marketing, « Miky the Streaker » est monté sur le podium entièrement nu au moment du final du défilé. Ses motivations n’ont jamais été précisées, mais un lien a été établi entre sa course les fesses à l’air et la culture foot omniprésente à Milan. Mais peu importe la cause, « Miky » a prouvé l’espace d’un instant qu’aucun vêtement ne pouvait attirer autant l’attention que pas de vêtements.

Le chat Dior
« A cat on a catwalk ? » Eh oui, le moment le plus marquant du voyage Dior Resort 2020 à Marrakech, c’était bien l’apparition magique d’un chat errant au milieu de spectacle grandiose proposé par Maria Grazia Chiuri au Palace El-Badi. Vagabondant tout près des mannequins, le petit chat a défilé avec au moins autant de grâce et d’insolence que son vis-à-vis humain, Bella Hadid. Et dans un geste encore plus méchant que quand Naomi Campbell s’est fait bannir de British Airways pour avoir agressé un officier de police, le chat a fini par pisser sur la robe (qu’on imagine hors de prix) d’une personne au premier rang, avant de se fondre tranquillement dans la foule sans se retourner. Bizarre que PETA ne soit pas intervenu pour protester contre la présence de fourrure pendant le défilé.

Dan Mathews chez Gianfranco Ferré
PETA a, en revanche, réussi à voler la vedette du défilé Gianfranco Ferré, l’ancien Directeur Créatif de Dior, en 2004. Prétendant être le prêtre de Gianfranco Ferré, le Vice Président de PETA Dan Matthews a réussi à s’infiltrer au beau milieu du show avec une pancarte dénonçant l’usage de la fourrure – nul doute que ce faux prêtre sexy a d’ailleurs dû inspirer celui de la série Fleabag. Le défilé ayant lieu en Italie, l’un des derniers bastions catholiques d’Europe, il n’est pas réellement surprenant que le prêtre ait pu pénétrer l’enceinte du défilé sans figurer parmi les invités. « Je me suis dit, l’Italie est un pays catholique, je parle italien couramment – c’est tout bon » confiait-il au Guardian. J’ai dit à la dame en charge de la liste que j’étais membre du diocèse fréquenté par M. Ferré et qu’il m’avait invité pour lui porter chance. » Une entrée franchement coquine de la part d’un prêtre… Père, si l’on vous pardonne vos péchés, vous pardonnerez-nous les nôtres ?

Laura Frandsen chez RCA
Si les défilés de fin d’études sont généralement plébiscités pour leur créativité encore vierge de toute récupération commerciale, l’un des moments les plus mémorables de la promotion 2019 du Royal College of Arts ne tournait pourtant pas autour d’un vêtement. Tandis que des mannequins arboraient les looks de sa cinquantaine de camarades de classe, Laura Frandsen et ses 20 acolytes de Extinction Rebellion ont mis en scène une « zone de mort » au milieu du show. Les modèles, dont certaines arboraient des plateformes en plexiglas de 25 cm, bougeaient sur elles-mêmes entourées de corps inanimés décorés du slogan « to die for ». Posant en creux, une question fondamentale : sommes-nous vraiment prêts à tuer pour la mode ?

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.

Tagged:
Chanel
Femen
Dior
PETA
Nina Ricci
Dolce and Gabbana
Sacha Baron Cohen
mary katrantzou
gianfranco ferre