peut-on vraiment réussir son look de rentrée en école de mode ?

Lisez ces confessions, souvenez-vous des pièges à éviter et faites de votre salle de classe ce dont vous avez toujours rêvé : un défilé.

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sept. 3 2018, 9:47am

Pour les aspirants designers, la rentrée des classes n’est pas seulement le premier jour du reste de leurs vies : c’est le moment rêvé du statement vestimentaire qui restera gravé dans les annales à jamais. Et alors qu’une nouvelle année universitaire commence, des hordes de première année en école de mode affrontent leur miroir – hésitant entre une infinité de vêtements et d’accessoires, se tartinant de maquillage tout en essayant d'innombrables coiffures – pour espérer marquer les esprits d'un air décontracté en poussant la porte du restaurant universitaire. Ce dilemme urgent en tête, i-D a demandé à quelques uns de ses chouchous de la mode de revenir quelques années en arrière pour partager leur looks de rentrée des classes. Voilà ce qu’ils nous ont révélé.

Simon Foxton

Simon Foxton, styliste et consultant, nous raconte ce qu’il portait lors de son premier jour à la Saint Martins School of Art (maintenant Central Saint Martin) en BA Fashion, 1980
« À l’époque, mes cheveux étaient décolorés, blonds platine, rasés sur les côtés et plus longs au-dessus. Je portais une veste militaire bleue marine et un pantalon d’équitation assorti, une ceinture Sam Browne, une chemise blanche et une fine cravate bleue, un vieux sac à dos de l’armée et des rangers. La plupart des fringues venaient de chez Laurence Corner, une incroyable boutique de surplus militaire, sur Hamstead Road, malheureusement fermée depuis longtemps. Je ne me souviens pas vraiment des réactions des autres étudiants vis-à vis de ma tenue. J’imagine que nous étions tous trop concentrés sur nous-mêmes pour nous occuper de ce que portaient les autres. Mais je pense que mon look était quand même un plus « cool » que la moyenne, et peut-être un peu plus pensé. J’avais déjà été là pendant un an pour faire ma Foundation Course, j'avais donc un peu plus l'habitude que d’autres, qui ne savaient rien de l’expérience Saint Martins. »

Peter Jensen, Président associé de la mode au Savannah College of Art & Design, sur son premier jour à Central Saint Martins en MA Fashion, 1997
« Je portais un Levi’s beige à pinces, en velours côtelé, un bombers marron , en velours aussi et une écharpe en tricot. Je ne me souviens pas de mon haut. J’avais une énorme paire de lunettes, qui me prenait la moitié du visage. Je me souviens que je venais de couper mes cheveux longs, très courts. Si ma mémoire est bonne, je portais des chaussures Jacoform, je ressemblais donc à un professeur d’école d’art, une peau impeccable en plus. Tous les autres étaient habillés très mode, très chic. J’avais l’air d’un nerd. Je me souviens que Roksanda Ilinčić était là et qu'elle portait une énorme ceinture, très épaisse. Je me suis dit ‘Oh la pauvre, elle doit avoir un problème de dos pour être obligée de porter une gaine !’ Il se trouve que c’était une ceinture Maison Margiela. »

Julian Ganio, styliste et consultant, nous raconte ce qu’il portait lors de son premier jour au London College of Fashion, Foundation, 1998
« Je portais un baggy Stussy, un polo Gabicci très seventies, à rayures jaunes et blanches, un bracelet et une bague Great Frog et des Nike Air Max Uptempo 97. J’avais la tête rasée, façon skinhead. »

Navaz Batliwalla

Navaz Batliwalla (aka DisneyRollerGirl), styliste, journaliste et consultante, nous raconte ce qu’elle portait lors de son premier jour à l’Epsom School of Art (aujourd’hui UCA) en HND Fashion Promotion & Illustration, 1991
« C’était le début des années 1990 et l’anti-style rave était à la pointe de la mode, j’étais donc déterminée à ne pas trop en faire. Je revenais tout juste d’un interrail en Europe, pendant lequel j’avais principalement fait la fête à Mykonos où les bobs style Stones Roses et les salopettes d’occasion étaient de rigueur. Je crois que je portais un jean 501 surteint, une veste zippée Michiko Koshina et un t-shirt à manches longues Walter van Bierondonck attaché à la taille. Ce fut ma tenue signature pendant les deux années de mon cursus. Oh, et j’avais aussi une boîte à lunch Mickey Mouse que j’utilisais comme sac à main. On était au tout début du « gender-neutral » à l’époque. Tout n’était que baggys, tenues échancrées. Tout le monde portait des baskets ou des bottes de biker. Personne ne portait de talons, sauf si c’était des Westwood. Les filles de ma classe avaient des crops tops peroxydés hyper courts et les mecs portaient des bobs. J’avais un bob aussi, et je mettais parfois un bandeau et un rouge à lèvres rouge pétard, les gens m’appelaient Betty Boop. Dans notre classe, il me semble que tout le monde avait plus ou moins le même look : très habillé, avec un 501 coloré ou un jean Westwood à pois, des Adidas Superstar et peut-être une veste de designer par Junior Gaultier ou John Richmond. Mon look n’était pas loin de tout ça. Je pense que je me débrouillais pas mal ! »

Julie Verhoeven, artiste et designer, nous raconte ce qu’elle portait lors de son premier jour au Medway College of Art & Design (aujourd’hui UCA), BTEC Fashion Diploma, 1985
« Je n’ai pas réussi à me souvenir de ce que je portais le premier jour, alors j’ai demandé à mon amie Ann, que j’avais rencontrée le jour de mon entretien. Ann se souvient que j’avais ‘des cheveux très blonds peignés en arrière, avec quelques épis qui dépassent, et un maquillage très prononcé,. Mais apparemment, elle ne m'a pas reconnue le premier jour de cours, parce que je m’étais rasé les cheveux et qu'il ne me restait qu’une grande queue-de-cheval châtain. Je portais un manteau blanc très large. Tout ce dont je me souviens, c’est que pendant mes études, j'ai dû gérer la repousse bizarre de mes cheveux en les recouvrant d’un bandana marron ou d’un béret en velours, motif léopard. Je compensais mon manque de cheveux par des sourcils très marqués au maquillage. J’avais un petit côté gothique, qui ne pardonnait pas. Les études, c’était un peu une safe place, on s’y sentait à l’aise pour tenter des choses. C’est surtout le chemin pour aller à l’école qui était un challenge. Je suis bien conscience que je ne me faisais pas de cadeau avec une telle apparence, mais c’était un peu ma manière de protester silencieusement. C’était bizarrement émancipateur, et ça n’a pas changé. »

Henry Holland, designer, nous raconte ce qu’il portait lors de son premier jour au London College of Communication, Fashion Journalism, 2001
« Mon premier jour à l’université, je portais un jeans indigo Evisu et un hoodie zippé Duffer noir et gris avec des baskets Nike ACG bleu marine et orange. Je trouvais cette tenue MORTELLE ! Mais on aurait dit que je faisais partie des All Saints. C’était très important pour moi de faire une première impression forte, qui montre comment je voulais être vu et avec quel genre de personnes je voulais traîner les trois prochaines années. Cette tenue me manque encore ! »

Xu Zhi (aka Xuzhi Chen), designer, nous raconte ce qu’il portait lors de son premier jour à Central Saint Martins, BA Womenswear, 2012
« C’était une expérience aussi stressante que drôle, de s’habiller pour un premier jour à la CSM. Je voulais être le plus camouflé possible, du coup j’ai fini avec une tenue tout en noir, avec mes Nike running, un jean noir et un pull noir basique. C’est drôle, je me souviens que nous étions assignés à des groupes de travail le premier jour et tout le monde – cinq ou six personnes – dans notre groupe ne portait que du noir. Il y a des personnages hauts en couleur à CSM, mais le fait de me retrouver dans un groupe tout en noir m’a réconforté dans le fait que nous pensions un peu pareil. On a fini par devenir très bons amis pendant notre cursus. »

Luke Day

Luke Day, editor du GQ Style et directeur de la mode du GQ anglais nous raconte ce qu’il portait lors de son premier jour au Surrey Institute of Art and Design (aujourd’hui UCA), « HND Fashion Promotion and Illustration », 1995
« Je venais de me décolorer les cheveux pour l’occasion, je m'étais fait une une raie au milieu et m'étais aplati tout un côté de la tête avec du gel. Je portais un col roulé noir court et serré avec un pantalon en satin noir de chez Hyper Hyper et des mocassins noirs Patrick Cox. J’avais un bronzage assez spectaculaire, proche de celui de Donatella. Et pour ne rien gâcher, des lèvres brillantes, tartinées de Crème de Huit Heures d’Elizabeth Arden. Tout mon look lorgnait vers l'illustration de Jason Brooks sur un flyer Pushca, la réplique du défilé printemps/été 2006 Gucci – plutôt que vers celui de Madonna lors de son interprétation de You’ll See dans Top of the Pops. À moi seul, je réunissais Keith Martin et la décoloration de Nadja Auermann. C’était une petite école de mode et il n’y avait pas tant de gays que ça, donc j’étais vraiment à part dans ma tenue d'androgyne blond prêt à sortir en club ! J’avais l’air super gay alors que je n’avais fait mon coming out auprès de personne. Et je faisais super jeune – j’étais la personne la plus jeune de ma classe. »

Ryan Lo, designer, nous raconte ce qu’il portait lors de son premier jour au London College Fondation, 2006
« J’étais habillé en noir de la tête aux pieds parce qu’après avoir regardé la saison 3 de Projet haute couture, je pensais que c’était ce que portaient tous les designers ! Mon look était très basique, j’avais à peine 16 ans et j’ai déménagé à Londres seulement quelques jours avant la rentrée. Mes vêtements étaient donc ceux de mon enfance. Pour la première fois de ma vie, j’avais la liberté de me laisser pousser les cheveux : j'arborais donc une coupe de mulet des années 70. Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis que je détestais ce que je portais mais je pense que nous traversons tous des phases vestimentaires. Je ne connaissais pas grand chose à la mode. Je croyais que H&M appartenait à Stella McCartney, que Zara était la même chose qu’Escada et je prononçais Chanel « channel ». Ça vous donne une idée… »


Cet article a été initialement publié dans i-D UK.