Photographie Ivan Ruberto

le jour où londres a dit non à donald trump

Le 13 juillet, 250 000 personnes ont pris les rues de Londres pour manifester contre la haine et l'intolérance. Dans la foule, Ivan Ruberto a photographié ce joyeux chaos et Owen Jones nous a livré ses impressions sur ce « Carnaval de résistance ».

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août 3 2018, 9:11am

Photographie Ivan Ruberto

Le 13 juillet 2018, Londres s’est réveillé dans un cri. Tandis que Donald Trump venait faire sa première visite officielle au Royaume-Uni en tant que Président des États-Unis, 250 000 manifestants sont descendus dans le centre de Londres – rassemblés Place Portland, ils ont descendu Regent Street jusqu’à Trafalgar Square. Brexit, chaos gouvernemental et défaite en demi-finale lors de la Coupe du Monde en toile de fond, le cri de ralliement contre l’intolérance de Trump a été suffisant pour inspirer un moment d’espoir, même dans les cœurs les moins sensibles. D’après la chaîne MSNBC, il s’agit de la plus grande manifestation organisée en réaction à a venue d’un chef d’État de l’histoire du Royaume-Uni. Ce qui est certain, c’est qu’elle était très belle.

De nombreuses voix se sont superposées pour crier, ensemble – des gamins dans des tenues flamboyantes jusqu’aux grands-parents brandissant des pancartes faites maison. Le lien entre les manifestants ne reposait définitivement pas sur leur origine, leur religion, leur âge, leur genre mais plutôt sur une croyance partagée dans des valeurs de respect, d’acceptation et d’égalité. En début de soirée, Trafalgar Square s’est rempli de sons chaotiques, d’acclamations et de chants, tandis que des tribuns prenaient la scène pour inviter à rester unis face à des politiques encourageant la division.

Preuve que le Royaume-Uni n’est pas seulement une conférence de presse célébrant la naissance de Winston Churchill, une tasse de thé, une pelouse bien tondue ou un mariage princier mais aussi une terre de créativité et d’engagement capable de fédérer une foule compacte face à la haine. Paradoxalement, cette manifestation contre l’arrivée d’un seul homme – qui a atteint l’Écosse dès le moment où Trump a débarqué dans son complexe hôtelier d’Ayrshire – a montré un pays plus uni que jamais, un sentiment qui n’avait pas été éprouvé depuis des années.

Pour Owen Jones, militant de gauche et membre fondateur de l’association Stop Trump, ce n’était rien de moins qu’une nécessité absolue. « Imaginez s’il n’y avait rien eu, explique-t-il après la marche. Donald Trump débarque pour quatre jours, on le traite comme un président normal, en lui sortant le tapis rouge, la visite chez la Reine et tout le reste, sans contredire son idéologie haineuse. »

Mais cette colère ne se résume pas à la seule personne incarnée par Trump. « Cette manifestation vise autant la politique de Trump que sa personne. Dans ce pays, depuis la crise financière, nous avons vu les migrants se transformer en bouc-émissaires, les musulmans et les réfugiés ont payé pour les crimes et les injustices des puissants. Ce qu’a montré cette manifestation, c’est que nous sommes prêts à nous battre contre cette intolérance. On leur a fait leur carnaval, leur grande fête. Leur complaisance pour l’extrême droite et leurs bouc-émissaires systématiques ont été montrés au grand jour, on a montré ce qui se passe avec Donald Trump, mais aussi à travers toute l’Europe.

Asad Rehman, membre fondateur de Stop Trump et directeur de l’association de lutte contre la pauvreté War on Want partage les sentiments d’Owen. « Nous vivons dans un monde où les riches s’enrichissent pendant qu’on prive des milliards d’êtres humains d’une vie digne. Le changement peut advenir en fondant le pouvoir sur la vérité. » Né au Pakistan et élevé à Bunley, Asad a vu dans la marche une façon de s’assurer que les prigrès du Royaume-Uni vers une société plus juste ne seront pas défaits à l’échelle mondiale. « Le racisme et la haine de Trump, son soutien pour l’extrême droite appelant à ériger des murs et des barrières, font écho au racisme des années 70/80 dans lequel j’ai grandi. Il faut le combattre. »

À entendre les nombreux manifestants dans la rue, la question « Et après? » n’appelle qu’une seule réponse : résistance, égalité, liberté. Contre la stigmatisation relayée par les réseaux sociaux et l'apathie générale, la manifestation anti-Trump de Londres a montré combien il était possible de crier fort. On aurait tort de croire la protestation traditionnelle désuète : elle continue d’exister et surtout, elle fonctionne toujours.

Le succès des élections de Trump à mi-mandat ne dépend pas de ceux qui ont protesté le vendredi 13, mais le rassemblement a envoyé un message fort : la Grande-Bretagne n'acceptera de rester passive face à l’incitation à la haine, au racisme, à la misogynie et à l'homophobie. « Cette manifestation était une déclaration d'intention. Nous allons vaincre ce système, » conclut Owen. Le carnaval de la résistance ne fait donc que commencer.

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Photographie Ivan Ruberto

Cet article a été initialement publiée dans i-D UK.