freedom, le docu sur george michael (et par george michael) qui va vous faire pleurer

À découvrir en replay sur Arte.

par Patrick Thévenin
|
22 Décembre 2017, 12:21pm

Ça commence par un plan sur une fille assise dans le noir et dans le même fauteuil - celui avec des enceintes incrustées - qu’on pouvait voir dans le clip de « Fast Love ». Le siège pivote à 180 degrés, on reconnaît alors la moue légendaire de Kate Moss avant qu’elle ne prononce ces quelques phrases : « Le jour de Noël 2016, nous avons appris avec stupeur la disparition de notre cher George Michael. Quelques jours après avoir mis la touche finale au documentaire que vous allez voir, c’est le film de George « Freedom » et c’est sa dernière œuvre. » Difficile d’en savoir plus sur le documentaire ultime sur George Michael, dont la disparition l’année dernière a été le plus dur des last Christmas pour tous ceux qui avaient improvisé dans leur jeunesse des pas de danse empruntés sur « I Want Your Sex » ou pleuré toutes les larmes de leur corps sur « Jesus To A Child ».

Réalisé par George lui-même et David Austin (son manager et un de ses amis les plus proches) « Freedom » - du nom du titre qui a donné le clip le plus emblématique des années MTV avec son cortège de top models profilées comme des Chevrolet - est un drôle d’objet, souvent bancal et décousu, qui suscite de nombreuses questions légitimes au-delà de son rôle de madeleine de Proust parfaitement assumé : George a-t-il finalisé ce documentaire de son vivant comme la production le laisse entendre alors que les plans de lui, de dos, tapant à la machine sont assurés (comme il est écrit dans le générique) par un comédien ? Pourquoi les extraits où le chanteur parle sont le plus souvent empruntés à de vieilles interviews qu’il a données à MTV, Channel 4 ou CNN ? Comment se fait-il qu’Andrew Ridgeley son partenaire dans Wham! soit cruellement absent ainsi que ses amants Kenny Goss et Fadi Fayaz ? Où sont ses proches et les membres de sa famille qui auraient pu témoigner ?

Passé ces quelques interrogations légitimes « Freedom » déroule une sorte de biographie avec des morceaux choisis de la carrière de George Michael. Un best of qui n’apprendra pas grand chose aux fans qu’ils ne sachent déjà : le succès très (trop ?) tôt avec Wham!, les boucles d’oreille dorées trop grosses et les shorts en jean trop courts, la transition de boys band sautillant pour ado en montée d’hormones à celui d’artiste-compositeur déprimé, son premier album solo, « Faith » qui le voit, premier artiste blanc à se positionner en tête des charts r’n’b et hip-hop américain, se faire accuser par Public Enemy de piller la soul black américaine, la genèse de « Listen Without Prejudice » chef d’œuvre de rédemption, le tournage du clip de « Freedom » avec les cinq mannequins les plus en vue du moment qui viennent de faire la couverture de Vogue shootées par Peter Lindbergh, George qui décide de ne plus répondre aux interviews et de s’exprimer uniquement à travers sa musique et ses concerts, George et son histoire d’amour tragique avec Anselmo, George en guerre contre Sony sa maison de disque, George qui doute, George qui compose, George qui est flatté dans le sens du poil, George qui se reconstruit, Georges qui fait son coming-out… Le tout ponctué d’interviews d’Elton John, de Stevie Wonder, de Mary J. Blige, de Mark Ronson, de Naomie Campbell, et de plein d’autre stars avec mention spéciale à Liam Gallagher et son franc parler qui en profite une fois de plus pour tacler son frère tout en balançant à propos de George : « C’était le Elvis des temps modernes. » Avec en cerise sur le gâteau des clips à gros budget qui nous font comprendre que les années MTV sont belles et bien finies, des extraits de concerts qui nous rappellent la bête de scène qu’a pu être George et d’images d’archives oubliées qui nous font regretter la folie capillaire des années 80, mais qui – malheureusement - évitent certaines zones d’ombre - la drogue, l’alcool, l’arrestation dans des toilettes publiques à Los Angeles, le coming-out, la mort brutale – qui auraient sans doute gagné à être enfin exposées et expliquées au grand jour.

Bien sûr, il y a du bon dans ce docu supervisé soi-disant par Georges Michael et à la gloire de George Michael qui tient surtout à ce qu’on se souvienne de son talent de compositeur plus que de son statut de méga-star lorsqu’il déclare : « Je suis un compositeur et je pense que je n’ai jamais voulu être quelqu’un d’autre, je voulais être une star, je voulais qu’on m’aime, je voulais qu’on me reconnaisse dans la rue, je pense être un compositeur avant tout et je crois que je peux laisser des chansons qui auront un sens pour les générations à venir. » Et si le documentaire se regarde facilement, un bol de pop-corn à portée, il est aussi traversé de moments d’une tristesse infinie qui ont bouleversé les internautes dans les pays où il a déjà été diffusé, touchés par les moments de sincérité et d’intimité qui transparaissent du documentaire et laissent apparaître un homme profondément torturé, animé à la fois par un désir de reconnaissance sans pareil et une profonde aversion pour les revers de la célébrité, un homme qui a rêvé d’être un jour l’égal de Madonna, Prince ou Michael Jackson mais s’est rendu compte très rapidement qu’il n’en aurait jamais la force morale.

C’est cette somme de complexités, ce jeu continuel qu’entretient l’artiste entre Eros et Thanatos, qui est le plus touchant dans le documentaire, quand George laisse tomber le masque qu’il s’est créé tout au long de sa carrière pour enfin être lui même. Comme ce passage troublant où il évoque, avec de nombreuses photos et vidéos jamais vues à l’appui, Anselmo rencontré lors d’un gigantesque concert donné à Rio de Janeiro en 1991 et qui décèdera du sida deux ans plus tard. Anselmo, celui qui sera le plus grand amour de sa vie. Celui qui lui fera découvrir le sens du mot bonheur. Celui dont l’amour réconciliera George avec son homosexualité mal assumée et le poussera à déclarer : « Il est très difficile d’être fier de sa sexualité quand elle ne nous procure aucune joie. Mais dès qu’on l’associe à la joie et à l’amour, c’est facile d’être fier de qu’on est. » Bref, n’oubliez pas les Kleenex !

George Michael : « Freedom », réalisé par George Michael et David Austin. Diffusion le 12 juillet 2019 à 22h30 sur Arte et en replay sur le site d’Arte jusqu’au 16 août 2019.

Tagged:
cinema
POP
George Michael
documentaire
Musique