Courtesy of GKids.

les anciens élèves de miyazaki nous ont parlé de leur nouveau film

Deux anciens du studio Ghibli ont partagé avec i-D les secrets de la conception du premier film de leur nouveau studio, « Mary et la fleur de la sorcière ».

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janv. 24 2018, 11:47am

Courtesy of GKids.

En 2014, les fans de films d’animation y sont tous allés de leur petite larme en apprenant que le Studio Ghibli ne produirait plus de films. Dirigé d’une main de maître par Hayao Miyazaki, le studio à qui l’on doit les iconiques Mon voisin Totoro, Le voyage de Chihiro ou Le vent se lève entrait officiellement dans une nouvelle phase après l’annonce de la retraite de son patriarche. Mais en 2016, Miyazaki a surpris le monde - et son équipe - en annonçant vouloir boucler un ultime film à Ghibli avant son départ, à la demande de son petit-fils. Avant cette annonce, l’animation japonaise anticipait un vide considérable dans ses rangs. C’est ainsi qu’en 2015, l’ancien producteur du Studio Ghibli Yoshiaki Nishimura et le producteur Hiromasa Yonebayashi (Souvenirs de Marnie) décidaient de s’associer pour maintenir en vie l’âme du Studio Ghibli. Les deux collaborateurs et disciples de Miyazaki formaient alors le Studio Ponoc (« minuit » en serbo-croate, le début d’un nouveau jour). Une création pleine de promesses, et l’assurance que les histoires magiques et puissantes de Ghibli n’allaient pas complètement mourir.

C’était il y a trois ans. Aujourd’hui, le premier film de Ponoc, Mary et la fleur de la sorcière, est officiellement sorti en Amérique. Et c’est du Ghibli tout craché : une protagoniste fougueuse, des créatures adorables et une intrigue touchante sur le passage à l’âge adulte. Mary et la fleur de la sorcière, c’est un peu la petite soeur de Kiki la petite sorcière. On y suit une jeune fille qui découvre une fleur capable de lui insuffler ses pouvoirs magiques. Elle s’engage rapidement dans une sombre aventure ponctuée de balais volants et d’adultes peu recommandables. Et le rôle de la « demoiselle en détresse » est endossé par un personnage masculin, Peter – ce qui bouscule un peu l’ordre établi.

i-D a rencontré le producteur Yoshiaki Nishimura et le directeur Hiromasa Yonebayashi, fondateurs du Studio Ponoc. Ils nous ont raconté les leçons qu’ils ont reçues de Hayao Miyazaki, les secrets des histoires magiques et de l’incroyable popularité des animés en Amérique.

Comment s’est formé le Studio Ponoc ? Pourquoi avez-vous pris la décision de monter votre propre studio, au lieu de rester au sein du studio Ghibli ?
Yoshiaki Nishimura : Ghibli a fermé sa production fin 2014. Cette décision a été prise par les directeurs et fondateurs du Studio Ghibli, Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Takahata et Miyazaki ont vieilli et se sont retirés de la production. Dans la foulée, 150 dessinateurs sont partis de Ghibli. Ensemble, nous avons parlé de ce que nous souhaitions faire après la fermeture de Ghibli. Nous étions d’accord et voulions continuer à produire des films d’animation de haute qualité. Nous avons décidé de lancer le Studio Ponoc et de continuer à créer des films d’animation qui pourraient être aimés des enfants et des adultes.

Mary et la fleur de la sorcière est le premier long-métrage du Studio Ponoc. Pendant que vous le créiez, quelles leçons de votre expérience au Studio Ghibli vous ont été les plus utiles ?
Hiromasa Yonebayashi : J’ai fait partie du Studio Ghibli durant 20 ans. J’ai travaillé comme animateur des directeurs Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Hayao est un merveilleux producteur et un brillant animateur. J’ai appris comment faire bouger les personnages par Monsieur Miyazaki lui-même.

Par exemple, dans le film Ponyo sur la falaise, j’étais chargé de nombreuses scènes qui comptaient beaucoup de mouvements. C’était ma spécialité. Le dernier film produit par le Studio Ghibli, Souvenirs de Marnie, était très calme et silencieux. Pour le Studio Ponoc, je voulais que le premier film soit rempli de scènes d’action, que je sais très bien réaliser moi-même.

Qu’est-ce qui vous a poussé à adapter le roman de Mary Stewart, The Little Broomstick, en film ? Et quels étaient les thèmes principaux que vous vouliez explorer ?
Hiromasa : Comme je l’ai dit, je voulais faire un film d’action en animation. Nous avons regardé toutes sortes d’histoires et nous sommes tombés sur The Little Broomstick de Mary Stewart. Mary est sur son balais-volant dans la plupart des scènes, l’histoire est excitante et stimulante : il y a de l’action, de la vitesse, des mouvements.

Beaucoup d’histoires impliquant la magie ont des personnages qui l’utilisent pour résoudre les problèmes qu’ils rencontrent. Mais dans ce film, Mary rejette la magie. Elle décide de ne pas s’en servir pour résoudre ses problèmes et fait serment de se servir uniquement de sa propre force et de ses capacités de simple humaine.

Pourquoi pensez-vous que les films d’animation japonais plaisent tant au public américain ?
Yoshiaki Nishimura: Nous aimerions le savoir ! Nous pensons qu’une des choses qui rend Mary si attachante (comme avec beaucoup de films du Studio Ghibli) c’est que le personnage principal soit féminin. Ce sont des histoires de filles s’embarquant dans d’incroyables aventures. Les Américains sont peut-être habitués à des histoires où les garçons sont les seuls à vivre de grandes aventures. Ça les change !

Hiromasa : Il y a aussi autre chose ; c’est qu’au Studio Ghibli, nous étions particulièrement concentrés sur les animations dessinées à la main et que nous le sommes tout autant au Studio Ponoc. Je pense que les animations dessinées à la main montrent le talent des personnes travaillant sur le film. C’est quelque chose qui transcende les nationalités.

Qu’espérez-vous que le Studio Ponoc apporte de plus à l’animation japonaise ?
Yoshiaki : L’animation japonaise est très populaire et prolifique. De nombreuses techniques ont été inventées et développées - dessin à la main, CGI (animation 3D) - et une grande variété de sujets ont été traités. Il y a une énorme diversité, c’est merveilleux. J’espère que nous serons considérés comme des producteurs qui font des films exceptionnels, intéressants et utiles.

Hiromasa : Yoshiaki a tout dit, alors je n’ai rien à ajouter ! Il y a des producteurs à travers le monde qui travaillent sur des merveilleux films. Si nous continuons de faire vivre la tradition des animés dessinés à la main et l’art de l’arrière-plan, je suis sûr que le Japon continuera à beaucoup apporter au monde de l’animation.

Cet article a été initialement publié dans i-D US.