Planches contact de La Banlieue en couleur © Atelier Robert Doisneau

quand doisneau photographiait la banlieue parisienne des années 1980

Dans La banlieue en couleur, le photographe mythique offre une nouvelle perspective sur la banlieue parisienne de la fin des années 1980 en pleine mutation.

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nov. 21 2017, 9:33am

Planches contact de La Banlieue en couleur © Atelier Robert Doisneau

Le nom de Robert Doisneau évoque rarement la banlieue. Il ramène plus volontiers à un Paris de carte postale où la poésie du quotidien rencontre l'image d’Epinal. Un baiser, un regard volé, un instant fugace parfois moins spontané qu'il n'en a l'air, une salle de classe où l'on s'agite en attendant la récréation... Une France inscrite dans nos rétines comme celle des 400 coups, des grandes vacances et du bon vieux temps - qui nous fait parfois croire que tout était mieux avant.

Paru aux éditions Dominique Carré, l’ouvrage La banlieue en couleur vient ébranler cet imaginaire figé pour offrir une nouvelle perspective sur le travail du photographe. De Gennevilliers à Évry en passant par Montreuil ou Saint-Denis, il rassemble des images d’un territoire rarement associé à Doisneau et pourtant au cœur de son œuvre : la banlieue. Mais loin d’être l’émanation d’une France en négatif, ce recueil montre un homme aux prises avec les métamorphoses de son temps. En 1985, les grands-ensemble sont encore récents mais ils disent déjà toute leur incongruité : prétendre oeuvrer au bien-être collectif en isolant ceux qui les peuplent, voués à regarder le béton désolé depuis la même fenêtre que celle de leur voisin.

Gennevilliers © Atelier Robert Doisneau

Voyage en périphérie parisienne, ces photos sont le résultat d'une commande photographique de la Datar, pilier de la politique d’aménagement du territoire en France, souhaitant alors amorcer une réflexion autour de l'espace. Pour l'occasion, Doisneau travaille pour la première fois en couleur et sillonne une banlieue parisienne qu'il a commencé à explorer en 1945, notamment celle du sud, dont il est originaire. Mais les Trente Glorieuses sont désormais révolues et, dissimulés dans d’écrasants volumes, les visages qui font la particularité de son oeuvre ont disparu. C'est sans doute ce qui fait la surprise de ce témoignage, archive d'un territoire limitrophe, pris entre la nostalgie du passé et le vertige de ce qui viendra après.

Auteur de la préface du livre, Claude Eveno s'interroge sur la mélancolie de ces paysages, déjà différents de ceux que le photographe immortalisait dans la France d'après-guerre : « Y est-on plus heureux qu’alors ? C’est la question posée par les photographies de Doisneau, dont le regard, fixé pour toujours dans les images que nous gardons malgré nous en mémoire, semble dire avec la plus grande et innocente cruauté que nous n’en saurons jamais rien. »

Quartier du Pavé Neuf, Noisy-Le-Grand © Atelier Robert Doisneau
Mur à pêches et cité de l'Amitié, Montreuil-sous-bois © Atelier Robert Doisneau
Place de la République, Ivry-Sur-Seine © Atelier Robert Doisneau

La banlieue en couleur de Robert Doisneau, texte de Claude Eveno, Éditions Dominique Carré, 120 pages, 21 euros.