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      culture Amanda Winnie Kabuiku 12 juillet 2017

      ndombolo, danse contemporaine et hip-hop : les filles de swaggers dansent comme personne

      Pour le clip de son nouveau titre, la chanteuse malienne et reine du Wassoulou, Oumou Sangaré, a fait appel à une compagnie de danse exclusivement féminine, les Swaggers qui propose une nouvelle approche de la danse traditionelle africaine et de la danse contemporaine.

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      Un XVI ème arrondissement à la merci d'un gang de filles. Des hochements de têtes à répétition, des balancements de bras nonchalants mais maitrisés sur les toits de Paris saccadés de déambulations singulières dans un uniforme d'inspiration martiale signé Avoc. Pour le clip de son nouveau titre, la chanteuse malienne et reine du Wassoulou Oumou Sangaré, a fait appel à une compagnie de danse exclusivement féminine, les Swaggers. Dans « Kamelemba », Oumou Sangaré reprend les codes urbains d'une génération d'afro-descendants pour les associer à la musique malienne traditionnelle. Un bijou afro-futuriste réalisé par Chris Saunders. Créé en 2009 par Marion Motin, chorégraphe de Stromae et Christine and The Queens, entre autres, le collectif de danseuses âgées entre 22 et 35 ans mêle Girl Power, hybridation artistique et une approche immédiate et instinctive du mouvement.

      Rencontrées à la Colonie, non loin de la Gare du Nord, Carmel Loanga et Lydie Alberto alias Lydie la Peste, toutes les deux membres des Swaggers, se sont exprimées sur la place de la danse dans leur construction en tant qu'afro-descendantes, femmes et danseuses professionnelles. Elles ne cesseront de le dire « dis-moi qui tu es et je te dirais comment tu danses ». Une conception développée par la regrettée Pina Bausch, chorégraphe allemande qui nous a quittés en 2010, dans le documentaire Les Rêves Dansants, en son temps. « La danse, on l'a négligée et maintenant, on se rend compte que c'est cool et tendance. Les artistes, qui ne dansaient pas, rajoutent quelques petits mouvements parce qu'ils veulent aussi s'exprimer. », explique Lydie dont sa frange de dreadlocks ornées de perles ne passe pas inaperçue.

      Selon Carmel, la jeune chorégraphe et danseuse du clip « Kamelemba » tout le monde peut danser. « Beaucoup de chorégraphes tentent de faire sortir le mouvement de sa technicité et de l'emmener là où il redevient naturel. Du coup, n'importe quel mouvement peut être appréhendé comme de la danse. Tout le monde peut le faire. Ça veut dire que même si tu n'es pas danseuse, tu peux exister parce que ton corps peut se mouvoir. Tu bouges donc tu danses. La technique n'est plus essentielle. C'est le charisme qui prévaut », explique Carmel. 

      De plus en plus d'artistes afro-descendants défendent un héritage de la danse. La performance visuelle colorée et minimaliste de Solange Knowles au Jimmy Fallon Show, lors de la présentation de son dernier album A Seat at the Table en est gage. Décomplexée, l'artiste afro-américaine était affublée d'une couronne rappelant les coiffures traditionnelles d'Afrique centrale et menait une chorégraphie tout droit sortie d'une production de la blaxploitation, un courant culturel et social propre au cinéma afro-américain des années 1970. Le rappeur belgo-congolais, Baloji, pour le clip de son single « Unité & Litre », lui, fait danser Princess Madoki sur les toits d'un Kinshasa en ébullition. À l'instar de cette nouvelle vague d'artistes, Swaggers affiche d'emblée sa spécificité et fait le choix d'inscrire sa culture d'appartenance composite dans notre patrimoine commun. La danse fait indéniablement partie de l'héritage des afro-descendants dont le répertoire musical s'étend de la musique traditionnelle aux tubes africains des années 90 début 2000 de leurs parents déracinés et de la crème du r'n'b contemporain.

      Les filles Swaggers mêlent la danse hip-hop à la danse contemporaine, à des rudiments de ndombolo, de coupé-décalé, de danses traditionnelles mandingues, le tout juxtaposé à des cadences de rumba, des guitares électriques kasaïennes, de la kora, sur des beats lourds et électroniques entêtants sans jamais se brouiller et pour le grand bonheur d'artistes assis entre deux, voire trois cultures. Et si, d'un autre point de vue, c'est le traditionnel qui s'habillait de culture urbaine ? « Là où on te dit le pur cliché que le noir sait danser, non, je ne suis pas d'accord avec ce truc mais il a ce rapport, quand même particulier et rituel, à la musique. On dansait tous les dimanches à la maison, même tous les soirs, devant Koffi. Il y a un baptême, on danse. Il y a un mariage, on danse. Il y a un enterrement, on danse. Il y a ce rituel qui associe tout le temps une musique à nous, à nos ancêtres, à notre famille... du coup, ce n'est pas crédible de vouloir en faire un métier », ironise Lydie.

      Ces mouvements hérités devenus innés alimentent désormais la collaboration entre Oumou Sangaré et les Swaggers. Avec des mises en garde en bambara, la superstar africaine exhorte la gent féminine à ne plus se laisser faire. Les corps androgynes illustrent tout en contraste un monde en mutation, où l'Afrique communique aisément avec ses enfants d'Occident. « C'est clairement pour ça que j'ai dit oui à ce projet parce que je suis fan de cette dame. Je suis fan de ce qu'elle dit. Je suis fan de ce qu'elle représente. Je suis fan de cette légende vivante », insiste Lydie, également chanteuse. 

      Assistons-nous à une vraie révolution où le multiculturalisme reprend enfin ses droits ou une simple mouvance afro qui s'éclipsera avec le temps ? Par le biais de Swaggers, Marion Motin tente de magnifier ce procédé qui correspond exactement aux attentes de cette nouvelle génération hybride biberonnée aux influences musicales diverses et variées. Lui donnant ainsi les pleins pouvoirs sur sa féminité, son héritage et son identité métissés.

      Crédits

      Texte : Amanda Winnie Kabuiku

      Photographie : extrait du clip « Kamelemba » d'Oumou Sangaré réalisé par Chris Saunders. 

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      Tags:culture, danse, swaggers, oumou sangaré, kamelemba

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