Quinze des meilleurs albums de ce début d'année 2021

L’album d’initiation de Jimi Somewhere, les chansons à messages de slowthai, et les autres albums qu’il faut écouter en ce moment.

par Grant Rindner
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19 Mars 2021, 3:34pm

Comme pour nous tous, l’année 2020 a été difficile pour l’industrie musicale. Après la chute libre du streaming au début de la pandémie, il a repris du poil de la bête avant de rechuter, à peu près au même moment où beaucoup de pays faisaient face à des élections cruciales.

Difficile à croire, mais nous sommes en 2021 et les choses ont peu changé avec notre premier hiver coronavirus bien glauque. Et si la musique n’est pas autant liée aux saisons que l’industrie du cinéma, beaucoup de grands artistes ont répondu au chaos ambiant en écrivant des albums qui vont explicitement et implicitement, dire quelque chose de ce que nous avons perdu, pourquoi nous nous battons ou ce que nous avons découvert en nous pendant cette période si difficile.

Dès le début de l’année, Jazmine Sullivan est revenue sur le devant de la scène avec Heaux Tales, et depuis nous avons apprécié énormément d’albums, d’EPs, et d’autres projets qui nous ont aidé à vivre les derniers évènements en date en nous offrant une échappatoire nécessaire. Certains d’entre eux sont signés par des favoris d’i-D comme Arlo Parks ou Claud, mais nous avons aussi découvert des petits nouveaux comme le trio de rap politiquement incisif Lo Village, ou les indés caméléons Clever Girls. On est sur qu’ils vont exploser cette année. Voici les meilleurs albums de ce début d’année 2021.

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Arlo Parks, Collapsed in Sunbeams

Certains artistes sont doués pour évoquer tout un monde avec quelques cordes de guitare qui vous donneront l’impression que le soleil caresse votre peau, accompagnées de percussions frappées pour couronner le tout. D’autres artistes savent plutôt écrire des paroles qui vous feront connecter aux personnes, moments ou références de leurs chansons d’une manière personnelle et universelle. Arlo Parks fait les deux dans son premier album, Collapsed in Sunbeams, et brille particulièrement avec ses paroles qui donnent réellement vie à ses personnages avec les titres « Caroline » et « Hurt ».

En janvier, elle disait à i-D, « ce qui m’intéresse, c’est une écriture des sens, une écriture physique. J’essaie de créer un monde holistique avec plusieurs tons, couleurs, textures, ça donne du corps à ce que j’évoque ».

Les vers d’Arlo sont pleins d’empathie, et lourds de sens, là où d’autres paroliers restent parfois vagues. La manière qu’elle a de parler de traumatisme peut même nous rappeler le travail de Michaela Coel. Elle l’évoque sans détour mais sans jamais l’exploiter.

« J’aurai aimé que tes parents soient plus gentils avec toi / Par habitude, ils ont fait en sorte que tu te détestes / Souviens-toi ils nous ont vu nous embrasser après l’école / Ton père a dit qu’il a eu l’impression de te perdre » chante-t-elle dans « Green Eyes ».

Mais si ses thèmes sont parfois intenses, Collapsed in Sunbeams est surtout instrumenté magnifiquement. Que ce soit les percussions printanières et cordes qui grattent un peu de « Too Good », le son trip-hop avec réverbe de « For Violet », chaque chanson montre une nouvelle dimension du talent de la musicienne de 20 ans.

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Caleborate, Light Hit My Skin

Caleborate, rappeur de Berkeley en Californie, fait des albums à l’ancienne. Chaque nouvelle sortie affirme encore plus son engagement sans jamais tomber dans le sermon. Light Hit My Skin sort après trois années pleines de rebondissements, y compris se débarrasser d’un mauvais deal avec une maison de disque, et son écriture est plus tranchante que jamais. Avec confiance en lui, il rappe au sujet de sa résilience face à ses difficultés à l’école, il rappe sur les jours difficiles où il dormait par terre au début de sa carrière, et comment cela lui a permis de se forger un chemin indépendant dans l’industrie.

Toujours sincère, Caleborate n’a pas peur de revenir sur ses difficultés, les moments difficiles, comme sur le titre « Contact » où il admet avoir fumé l’herbe de sa tante quand il n’en avait plus lui-même. Ces chansons confession sont équilibrées par d’autres pleines d’affirmation (« The Game ») et montrent à la fois son penchant pour les mélodies qui restent en tête (« Clicquot Shower ») et les accords virtuoses. Comme il le dit dans « Mud », « Bob Ross how I turn my L’s / Into some happy trees ».

Caleborate est une star respectée depuis longtemps dans la région de San Francisco, mais avec Light Hit My Skin, il élargit son public sans compromettre son écriture si perspicace. C’est un homme comme nous, on peut facilement s’identifier à ses émotions, mais la manière dont il manie ses talents lyriques et d’écriture est absolument singulière. 

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Claud, Super Monster

Depuis les débuts de Claud où ielle chantait comment fumer des joints dans des parkings, sa musique a toujours été très accessible. L’artiste originaire de Chicago transmet les histoires de l’ennui de la génération Z comme personne, et parvient à connecter avec les millennials aussi, surtout celles et ceux qui portent leurs pantalons taillé large et court.

Maintenant sous le label de Phoebe Bridgers (Saddest Factory Label), Claud a sorti son premier album, Super Monster, et termine un voyage commencé lorsqu’ielle enregistrait dans son dortoir à l’université de Syracuse à New York dans le légendaire Electric Lady Studio. 

Les paroles de Super Monster sont le résultat de ce que Claud appelle être « témoin » de l’amour, prenant des notes sur les relations qui l’entourent. C’est l’une ses qualités, comment parler de frustrations romantiques, de coeurs brisés, avec le genre de clarté que l’on a quand on conseille un ami. C’est cela qui donne aux paroles de Claud une qualité sans pareille.

Dans « Cuff Your Jeans », ielle chante : « J’appelle et jamais de réponse / Je rate tes discours sans fin / Tu n’as su faire la conversation / Mais j’aimerai parler avec toi sans m’arrêter ».

Dans « Gold », le moment le plus irrésistible de l’album, on peut écouter l’une des meilleures lignes de basse de l’album accompagnée d’un tempo de batterie et d’un rythme start-stop. Dans sa globalité, Super Monster balance entre des titres lo-fi (« Soft Spot », « Ana »), un peu de pop punk (« That’s Mr. Bitch to You ») et de quoi pleurer toutes les larmes de son corps (« Pepsi »).

Doux, sans ego et nourri de mélodies qui collent à la peau, Super Monster prouve qu’on peut sortir l’artiste de bedroom-pop de sa chambre, l’emmener en studio, et que l’essentiel reste là.

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Clever Girls, Constellations

Dans le groupe Clever Girls, Diane Jean fait bien plus que chanter sur ce qui leur tient à coeur, ielle nous le fait ressentir viscéralement. Pour capturer l’épuisement et la frustration des personnes à qui l’on a assigné le genre féminin à la naissance, qui endurent les attentes de la société, ielle a enregistré les voix de la chanson « Stonewall » au réveil. La gorge enrouée, ielle était encore dans un sac de couchage après une nuit passée au studio. C’est précisément ce genre de choses qui rendent Constellations, le deuxième LP de Clever Girls, si puissant. 

Diane et les autres membres du groupe montrent comme ielles maitrisent toute une série de sons différents sur le disque. « Come Clean » qui ouvre l’album se situe entre une chanson douce indé et la cacophonie d’un son rock. « Remember Pluto » donne une sensation de béatitude, comme si on était à la plage, et nous rappelle des groupes comme Alvvays ou Fazerdaze. La dernière chanson, « Fried » a même un petit côté IDM avec son rythme battant et sa guitare qui oscille.

Il y a un flou artistique dans Constellations qui rend l’album particulièrement agréable, on a l’impression que l’émotionnel était plus leur priorité que la technique. Après tout, c’est l’isolation de la pandémie qui a inspiré le sentiment immense d’attente sur le single « Baby Blue ». Le disque a plus généralement été en partie inspiré par la rencontre de Diane avec  la carte de tarot La Tour (ou la maison dieu), symbole de changements tumultueux et révélations personnelles, qui nourrit la dualité des sentiments de l’album entre optimisme et difficultés.

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Genesis Owusu, Smiling With No Teeth

Dès la frénésie de la batterie qui ouvre le titre bien nommé « On the Move! », Genesis Owusu nous prend la main pour nous emmener dans un voyage speed entre son propre esprit et la réalité chaotique que nous expérimentons tous. Smiling With No Teeth est le premier projet de Genesis depuis Cardrive EP en 2017, et il a bien mis ce temps à profit.

Sur le titre « The Other Black Dog », il se lamente des difficultés rencontrées par les siens et le traumatisme d’un monde qui ne les voit que comme nourriture à divertissement. « Tous mes amis sont en souffrance, mais on danse, on rit / des cicatrices dans nos chaussures mais on tape encore du pied ».

« Whip Cracker » est l’une des chansons pleine de feu de l’album, où Genesis dénonce les abus domestiques, le racisme inhérent à la société et la manière dont ceux au pouvoir utilisent la religion pour endormir les masses : « Regarde ton maitre dans les yeux / Dis moi s’il a encore la réponse / S’il me pointe du doigt devant le pasteur / Mieux vaut faire comme Casper avant le désastre ».

Né au Ghana, et actuellement en Australie, Genesis maitrise un nombre impressionnant de genres, de la new wave (« Don’t Need You ») au R&B sirupeux (« No Looking Back) et au rap funky (Gold Chains »). Smiling With No Teeth sera peut-être l’occasion pour beaucoup de découvrir sa musique, et Owusu a tout donné sur ce premier album. 

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Jazmine Sullivan, Heaux Tales

« Je voulais juste raconter les histoires tues des femmes » disait Jazmine Sullivan sur NPR en parlant de son nouvel album Heaux Tales qui rencontre déjà un succès fou grâce à son écriture et ses featurings, c’est une vraie anthologie.

« Les mecs peuvent pas gérer si une femme prend les mêmes libertés qu’eux / Surtout s’il s’agit de sexe / Notre société leur apprend à s’adorer eux-mêmes / Ainsi que leurs conquêtes / Ils oublient que nous aussi nous sommes des êtres sexuelles » explique Antoinette Henry dans « Antoinette’s Tale », l’un de ses interludes mémorables. Ailleurs, Jazmine utilise les huit chansons de l’album pour revenir sur la manière de définir sa sexualité internement, grâce à des années de joie, peine, et parfois de coeur brisé.

Sur « Pick Up Your Feelings », elle change de narration et revient sur un ex émotionnellement abusif, le remettant en place avec confiance et autorité. Avec « On It », Jazmine demande à un partenaire possible pourquoi il mérite de passer la nuit avec elle, et sur « Girl Like Me », elle raconte comment une rupture difficile l’a laissé pleine de jugement pour son propre corps. Si Heaux Tales ne dépasse pas la demi-heure, l’album nous offre un portrait en trois dimensions de Jazmine, qui donne du temps à ses paroles pour exprimer ses désirs, ses besoins, ses espoirs et ses peurs.

Jazmine n’a jamais ressenti le besoin d’édulcorer les difficultés de l’amour moderne, et sa musique offre une vraie originalité sur ce sujet. Tout particulièrement avec Heaux Tales où elle partage ses expériences de femme d’une manière peu commune dans la pop mainstream.

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Jevon, Fell in Love in Brasil

En 2015, le grand-père de Jevon est décédé, laissant derrière lui une collection impressionnante de disques brésiliens qui allait changer la trajectoire musicale de ce minet de l’ouest de Londres. Jevon s’est inspiré de ses racines latino notamment avec son EP de 2019 4 Minutes in Brazil, mais c’est avec son premier vrai album, Fell in Love in Brasil que Jevon s’est inspiré de la musique qui allait jouer un rôle central dans sa vie de famille, tout cela à la sauce du rap british.

Jevon trouve toujours de nouvelles manières de mélanger le rap avec des sons de samba ou de bossa nova. Les percussions sur « Gringo » par exemple fonctionnent comme un beat de trap, mais utilisent des sons d’Amérique latine. « Ghetto Cinderella » nous rappelle les titres latino des Neptunes dans les années 2000. Jevon a toujours eu de bons instincts de producteur, et des musiciens comme Marcos Valle ou Rincon Sapiência apportent une touche léchée aux instrus.

Des chansons comme « Lil Ze » ou « Playboy » sont inspirées par le film sur des gangsters de Rio de Janeiro La Cité de dieu. Et tout comme le film, le premier album de Jevon a le potentiel de devenir un succès international et de faire découvrir l’art brésilien à de nouveaux fans.

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Jimi Somewhere, Nothing Gold Can Stay

Jimi Somewhere fait le genre de musique qu’on imaginerait bien pour la scène de climax d’un film produit par A24, où le personnage principal se jette à l’eau dans un moment de catharsis. Ses chansons ne sont qu’émotions, exprimées grâce à un savant mélange d’autotune, de falsetto, de guitare et d’anecdotes nostalgiques. Si ce n’est pas un grand chanteur, Jimi se rattrape avec sa conviction absolue, à la manière de Brockhampton ou Mac Miller qui l’ont beaucoup influencé à ses débuts.

Comme le titre le suggère, Nothing Gold Can Stay parle de la manière dont la jeunesse est éphémère. Avec ces chansons enregistrées entre ses 17 et 21 ans, Jimi parle de l’invisibilité de l’adolescence (« Bottle Rocket »), de quitter sa ville natale (« The World ») et la tension causée quand on suit une voie différente de celle de ses parents (« Wedding »).

Comme un grand film d’initiation, Nothing Gold Can Stay s’inscrit dans la réalité de sa vie à Hokksund, en Norvège, tout en touchant à l’universalité pour quiconque qui se souvient de son passage à l’âge adulte.

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Julien Baker, Little Oblivions

Les chansons de Julien Baker sont parfois décrites comme tristes mais cela pointe du doigt ce qui rend son travail absolument renversant. Avec Little Oblivions, elle continue de s’immerser profondément dans chaque moment, dans l’attente d’un soulagement mental et émotionnel (« Faith Healer ») ou en admettant qu’une simple excuse ne suffit pas à casser le cycle de la souffrance (« Relative Fiction »), son degré d’investissement est indéniable.

Quand on écoute Julien, elle donne l’impression d’avoir trouvé un moyen de transmettre ses sentiments sans les diluer comme le font d’autres compositeurs interprètes. Plus pur, plus courageux, plus moche aussi parfois, mais finalement sublime. Elle a toujours écrit de la musique brute, émotionnelle, et continue de le faire avec Little Oblivions, ce qui est impressionnant puisque c’est aussi son projet le plus abouti musicalement. Pour Julien, « Je peux accepter des choses très difficiles et les raconter, les chanter tout haut, ou bien les garder. Cet album est nourri par mes pensées noires ».

Des chansons comme « Crying Wolf » ou « Song in E » nous rappelle ses débuts, mais Julien s’est indéniablement affirmée comme chanteuse. Sa voix se brise parfois, mais on sent une force indéniable.

En parlant de sujets comme la santé mentale, les addictions, et la réalisation qu’il n’y a pas une seule et bonne manière de vivre, Julien est sincère au sujet du désespoir qu’elle a pu éprouver, surtout quand tout arrive en même temps. « Ce n’est pas si terrible / Ce n’est pas noir ou blanc / Et si tout était noir baby ? / Tout le temps » chante-t-elle dans l’ouverture prenante de l’album « Hardline ».

Elle n’a jamais été du genre à édulcorer les choses, mais comptez sur Julien pour vous faire voir toutes les nuances de noir dans Little Oblivions.

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Hayley Williams, FLOWERS for VASES / descansos

Sorti à la suite de son premier disque solo en 2020 Petals for Armor, FLOWERS for VASES / descansos nous montre l’étendu des talents de Hayley Williams d’une manière inédite.

« Le bon deuil n’existe pas / Je n’ai rien mangé depuis trois semaines / Peau et os quand vous n’êtes pas là / Je ne suis que squelette et mélodie » chante Hayley dans « Good Grief » avec ce dernier vers qui pourrait servir de description à l’album tout entier.

Les chansons de FLOWERS sont clairsemées, beaucoup sont des ballades acoustiques vernies par la production comme « Wait On », « Over Those Hills » ou « Find Me Here » mais vous vous en souviendrez autant que les titres dance pop de Petals. Il y a une véritable qualité kinesthésique à ses paroles, tout particulièrement avec « My Limb » où Hayley raconte une rupture à travers la métaphore de l’amputation, comme si un titre de l’album de 2013 de Paramore avait été ravagé par le temps, la guitare calmée. « Asytole » emprunte son nom à une crise cardiaque irréversible, une chanson de FLOWERS que l’on ressent dans tout son être.

Beaucoup d’albums indés de mise à nue peuvent faire du bien en musique de fond, mais l’imagerie viscérale de Hayley et ses instrus précisément construites ne sont pas pour les âmes sensibles. 

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Lande Hekt, Going to Hell

En tant que chanteuse et bassiste pour le trio punk britannique Muncie Girls, Lande Hekt s’est affirmée comme une fière dissidente, avec des paroles sur les erreurs du gouvernement et les démons de tous les jours comme le système éducatif, les célébrités misogynes, et même son propre père. Pour son premier album solo, Lande échange le style de Muncie pour un son plus gentiment indé.

Ici, elle prend une « approche plus introspective ». Lande se souvient de son propre coming out, et revient sur l’attente de la pandémie (« Je pense que je peux le prédire / Tu seras l’une des personnes qui me manquera » chante-t-elle dans « Winter Coat »). Dans « Stranded in Berlin », elle se souvient de toutes les émotions ressenties quand on est à l’étranger, comme un cousin du titre de Phoebe Bridgers « Kyoto ».

Lande nous offre une chanson pour exprimer nos angoisses des élections avec « In the Darkness » que l’on entendra surement encore en 2022 et au delà, alors qu’elle critique le jugement des religions sur la chanson titre. Going to Hell nous emmène loin autant qu’il est terriblement honnête parfois, et son approche thématique, son attention aux détails, à la sincérité des paroles en font un véritable témoignage de notre temps.

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Lo Village, Lost in America

« Et je ne sais pas pourquoi / Nous devons nous battre pour que les choses changent / Je suis malheureuse / Nous ne sommes pas faits pour vivre de cette manière » chante Ama Tabiri sur « Sick », la première chanson de nouvel EP urgent de Lo Village Lost in America. Le projet est succinct, puissant, c’est une réponse aux meurtres de Breonna Taylor et George Floyd, et l’expérience générale d’être noir aux États-Unis. « Nous voulions montrer aux gens que c’est important pour nous, on est pas juste des noirs qui ignorent ce qui se passe » comme Ama l’a expliqué à Audiomack.

Chaque chanson sur Lost in America se concentre sur un aspect différent, et en fait un projet complet pour ce trio originaire du Maryland formé par Ama, MCs Kane et Charles Tyler. La chanson « Terry Crews » souligne l’importance de la solidarité noire par rapport à un individualisme tourné vers l’argent ou l’acceptation par la société blanche, tandis que « Out of Window » se concentre sur les réactions de mauvaise foi face aux manifestations Black Lives Matter de l’été dernier.

« Ça dure depuis trop longtemps / On ne veut plus accepter ça / Nous manifestations suite à un meurtre / Et vous vous inquiétez que l’on casse des trucs » pleure KANE.

Les thèmes sont terribles, mais Lost in America offre aussi des flows doux aux oreilles, des lignes de basse et de batterie mémorables. La musique a toujours été partie prenante de la révolution culturelle et politique, et ce trio pourrait même argumenter que leur disque est nécessaire pour tous ceux qui se battent en faveur d’un monde plus juste.

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Mica Levi, Blue Alibi

Même si c’est le compositeur de musique de films le plus en vue en ce moment, Mica Levi a trouvé du temps pour sortir Ruff Dog en décembre et suivre avec Blue Alibi, une collection de chansons en tous genres du post-punk au hip-hop.

Mica a bien montré avec Monos et Jackie qu’il savait parfaitement comment contraster les textures et cette exploration continue avec Blue Alibi. La première chanson « Whack » mélange des vocaux à la King Krule et une guitare qui donne l’impression d’avoir été branchée à l’ampli avant d’être balancée dans les escaliers. Sur « Om Om Om Om », Mica utilise un grattage guttural et rythmique pour créer un paysage sonore dense et accueillir les rhymes de son compatriote britannique Brother May, toujours prêt à repousser les limites. « Liquorice » est un peu plus vaseux, et les cordes distendues donnent l’impression de mener à un final à la batterie qui n’arrive jamais.

En maniant à merveille son ton, Mica nous donne plus avec une simple ligne de guitare qui le fond certains groupes avec nombreux producteurs à disposition. Et surtout, Blue Alibi nous donne terriblement envie d’entendre ce qu’a fait Mica pour la bande-son tant attendue du film Zola.

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Slowthai, TYRON

Exactement un an après que slowthai ait accosté Katherine Ryan sur la scène des NME Awards, le rappeur de Northampton sort son deuxième album TYRON. Utiliser son prénom comme titre d’album annonce évidemment une certaine dose d’introspection ce qu’il nous donne avec des titres comme « i tried » ou « focus » sur le second disque de l’album. « Slow avec le diable, aucune chance que je m’installe / Pas de deuxième chance, je dois juste faire mieux » dit-il avec résolution.

Depuis ses premières chansons comme « T N Biscuits » ou « Drug Dealer », slowthai rappe avec puissance, comme s’il tirait à la carabine en frappant plusieurs cibles à la fois. Il montre son soutien au personnel soignant d’Angleterre avec le titre « nhs » et pleure la mort de son frère sur « feel away ».

Un développement qui vaut particulièrement d’être mentionné est l’influence occulte de Three 6 Mafia Memphis sur la batterie de « 45 SMOKE », le sample de voix sur le lo-fi « WOT » et le hook de Kwes Darko sur « DEAD », qui sonne comme une sinistre incantation. Avec sa voix toujours bien animée, slowthai accentue le côté théâtral de ces titres, contrastant avec les chansons qui apparaissent plus tard dans l’album.

Le seul raté de l’album pourrait être le titre aguicheur « CANCELLED » avec Skepta, qui serait peut-être inspiré de l’incident aux NME. Sinon TYRON vaut la peine d’être écouté avec un slowthai qui assume (« i tried »), parle de notoriété (« terms ») ou encore s’indigne (« VEX »).

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454, 4 REAL

Pour sa première mixtape intitulée 4 REAL, 454, originaire d’Orlando en Floride, emprunte des éléments familiers, changements de tonalités, autotune, synthétiseurs et 808, pour les utiliser avec intelligence et vous donner l’impression que vous entendez tous ces tricks pour la première fois.

Le rappeur producteur (et skateur) vient d’être signé par l’éclectique label Honeymoon parmi la division MATH, également responsable d’artistes comme Rejjie Snow, Anna of the North, et feu la grande Chynna. Comme les autres membres du label, on sent bien que 454 n’est pas vraiment intéressé par un succès mainstream, même s’il pourrait bien y arriver.

Il y a un côté Playboi Carti dans la manière qu’il a de délivrer des sons courts, répétitifs qui donnent l’impression d’être des credos plus que des vers (« Je ne pense pas vraiment qu’ils m’aiment » répète-t-il sans fin dans « PISCES »). Mais 454 est surtout un parolier de l’introspection, et à plusieurs reprises sur 4 REAL, sa candeur est facile à rater tellement on est hypnotisé par la production.

Voici ce qu’il dit sur le single « LATE NIGHT » : « Paix et prières pour ma famille au ciel j’en ai perdu quelqu’uns / Perdu papa en 2009, ça a transpercé mon coeur / Les miens vous n’êtes pas aveugles ouvrez les yeux, regardez ce qui se passe ».

Il donne tout sur des titres comme « FLORIDA » et « GEORGIA » avec des samples soul travaillés avec créativité pour ressembler plus à de la vaporwave qu’à du cloup rap, avec des 808 bien tunés et bien balancés. Dans ces moments, on entend bien que le potentiel de 454 se situe bien entre Carti et Pi’erre Bourne. 

Cet article a été initialement publié par i-D UK.

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