Dans le radar i-D : Lourdes, mode hybride et intègre

À tout juste 27 ans, Andreas Aresti ne cherche pas la lumière. Avec sa marque Lourdes, il veut proposer une vision moderne et plurielle du luxe, nourrie par son expérience de fils d’immigrés et par sa formation dans l’avant-garde du streetwear.

par Claire Beghin
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26 Novembre 2020, 2:03pm

« Le luxe, c’est simplement le fait d’avoir le choix. Avoir le choix, c’est être libre. » dit Andreas Aresti lors d’un entretien sur Zoom, depuis New York, où est basée sa toute jeune marque Lourdes. Ces paroles peuvent sembler bateau - on les a lues et relues dans les éditoriaux de la presse féminine ou sur des campagnes de pub. Mais une fois mises en relation avec son parcours et son processus créatif, elles prennent un sens on ne peut plus en phase avec le moment. 

Formé chez Gypsy Sport et Hood by Air, deux labels pionniers d’une mode qui porte le folklore américain moderne sur un terrain inclusif et non-genré, Andreas Aresti a appris très jeune qu’on peut faire beaucoup avec pas grand chose, pour peu qu’on se laisse, justement, le choix. Y compris celui d’aller à contre-courant des modèles commercialement sécurisants. « Il faut rappeler ça aux gens. Qu’une veste n’est pas juste faite pour un homme, mais également pour une femme. C’est difficile, parce que les acheteurs et certains clients ne le comprennent pas. Mais ça fait partie des challenges auxquels une marque fait face, essayer d’amener les gens à comprendre. » 

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Andreas Aresti

On comprend vite qu’il sera plus enclin à parler philosophie que nombre de followers. La sienne, il l’a construite auprès de Rio Uribe (Gypsy Sport) et Shayne Oliver (Hood by Air), mais également aux côtés de Nicola Formichetti, qui à l’époque assure la direction artistique de Diesel et la direction créative d’Uniqlo. « Ca a été une opportunité très importante pour moi, car il leur permettait de réfléchir à tous les systèmes de la mode, pas seulement le stylisme ou le design. (…) A l’époque on a fait des choses assez révolutionnaires, on a été les premiers à caster et faire de la pub sur Tinder, ou à caster sur les réseaux sociaux. Ca m’a aidé à réfléchir à la manière dont les marques devraient opérer dans le futur. »

Les moyens avant la fin

À 27 ans, il présente un discours plus nuancé que beaucoup de créateurs de sa génération, notamment en ce qui concerne la place que doivent prendre les réseaux sociaux dans le développement d’une marque. « Personnellement, je les ai toujours rejetés. Mais la connectivité mondiale qu’ils offrent reste un énorme atout. » Lui qui, plus jeune, méprisait les marques qui lui envoyaient des vêtements en espérant un post Instagram en retour, est aujourd’hui obligé de faire de même pour offrir plus de visibilité à Lourdes. Et s’il s’amuse de ces « interactions de karma », il reste attaché à des valeurs qu’il estime plus tangibles qu’une stratégie digitale agressive : l’importance d’avoir des mentors (parmi les siens, on compte aussi Kanye West et Stefano Pilati), et de parvenir à interpréter sa propre philosophie à travers une mode exigeante, autant dans la conception que dans l’exécution. 

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« Je n'essaye pas d’avancer trop vite, de proposer 40 pièces par saison ou d’organiser un défilé. J’essaye de trouver un moyen d’offrir du luxe, de la longévité et de la portabilité. Le processus m’intéresse plus que la gloire.» Un discours qui se ressent dans les deux premières collections Lourdes : des robes drapées dans des vestes de survêtements à des jupes taillées dans des t-shirts, ou des polos mis tête en bas et noués en dos-nu sur le buste, sa vision d’une mode upcyclée ne repose pas simplement sur le joyeux principe de faire du neuf avec du vieux. Andres Aresti en étudie les contours, les volumes, le juste placement d'une manche sur un buste, le tomber exact d’une veste technique qu’on a transformée en robe. Sa mode se veut hybride, mais dans la plus grande minutie, complexe et réfléchie dans sa conception, abordable dans son style.

Une mode hybride et plurielle

Cette tendance à l’hybridation, il la tient de sa propre expérience de fils d’immigrés élevé entre le Queens, à New York, et Woodbridge, une ville moyenne du New Jersey. Né d’un père greco-chypriote et d’une mère péruvienne, et installé dans le quartier décontracté et branché de West Village, Andreas Aresti sait quelque chose de la mixité et des richesses culturelles qu’elle offre. Lorsqu’il parle de Lourdes, nommée en hommage à sa mère, il parle d’ « une lettre d’amour à la ville », et d’expériences partagées. Le temps de les comprendre, de les digérer, et de faire ses armes entre la machine à coudre familiale et les studios les plus avant-gardistes de New York, et Lourdes était née. 

« Travailler pour quelqu’un, c’est s’adapter à une certaine philosophie, née de son point de vue, et la fusionner avec la vision qu’on s’en fait personnellement. Maintenant, c’est ma propre philosophie que je construis. » Et avec, sa contribution à une base solide pour ce que pourrait être la mode à l’avenir : un canal  d’ouverture culturelle qui embrasse et respecte les expériences de sa clientèle. « Longtemps, je n’ai pas su ce que j’avais envie de raconter. Je me contentais d’être jeune et énervé, sans parvenir à y trouver un sens. Aujourd’hui, je me sens prêt à dire ce que j’ai à dire. » 

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