Courtesy of Maxime Bony

i-D a rencontré Roni, la DJ qui veut redonner du sens à la fête

Alors que ses mixes sur Rinse France chauffent nos soirées, la DJ Parisienne nous parle de ses débuts en club, son amour de la musique et les idéaux écologiques qui ont guidé le lancement de son label.

par Maxime Delcourt
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27 Décembre 2021, 2:50pm

Courtesy of Maxime Bony

Par tradition, on a l’habitude de penser que n’importe quel ado déambule dans la vie avec la volonté de rejeter le modèle dessiné par ses parents. Rien n’est plus faux concernant Roni qui, dès 12 ans, commence à sortir en boîte aux côtés de sa mère - « une sacrée fêtarde », paraît-il. Cette découverte a l’effet d’une première cigarette. Plus Roni s’y essaye, plus elle a envie d’y revenir. Alors, après avoir fréquenté une multitude de clubs parisiens entre 13 et 16 ans, quitte à y aller parfois seule, Roni finit par atterrir au Pulp. Son monde bascule : le lieu est différent de ce qu’elle connaît, la techno est plus sombre et les DJ’s ne sont autres que Jennifer Cardini, Miss Kittin ou Kill The DJ, des femmes qu’elle voit alors comme de véritables héroïnes.

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​Courtesy of Maxime Bony

À travers sa web-radio, Roni devient à son tour une passeuse, diggue dans tout Paris, mais continue de mixer dans son coin, à distance de l’avis des proches, comme souvent chez ceux et celles qui manquent encore d’assurance. Il faut attendre une rencontre avec Manaré, DJ et directeur des antennes de Rinse France, pour que Roni assume enfin ses goûts et se mette à croire en ses skills. L’idée ? Transmettre dans ses mixes « un sentiment de force qui donne l’impression de pouvoir tout accomplir ». Selon la Parisienne, ce serait une façon pour elle de lutter contre cette hypersensibilité qui la pousse à pleurer facilement dans la rue ou à être submergée d’émotions quand survient la violence. « C’est aussi pour ça que je choisis des fringues aux coupes masculines, parfois inspirées par l’univers de Matrix : c’est une sorte d’armure qui me permet de m’affirmer à l‘extérieur ».

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​Courtesy of Maxime Bony

D’autres musiciens semblent avoir guidé ses obsessions. C’est le cas, par exemple, de Gilles Peterson, dont elle découvre le nom à 14 ans en écoutant son émission sur Radio Nova. « Ça m’a ouvert à la culture anglaise, et à toutes les musiques nées là-bas : la jungle, la drum’n’bass, la 2-step, etc. À l’écoute de ses mixes, on sentait une vraie liberté, ça passait de la salsa à la techno, du jazz à la house, et j’ai eu envie de poursuivre cette ouverture ». Mieux, Roni s’ouvre peu à peu à d’autres artistes, notamment via son label, Nehza Records, lancé en début d’année.  « Longtemps, je craignais de ne rien avoir à apporter aux artistes, de les décevoir. Heureusement, la musique de Neida, ma première signature, a voyagé au-delà de la France, je lui ai réalisé un clip avec le soutien de Paco Rabanne pour les costumes, et il a même fait un remix pour Laurent Garnier. »

Si Roni avoue ne pas avoir le courage de s’essayer à la production, « même si l’idée suit son cours », il y a un sujet sur lequel elle ne tremble pas : faire de son label une structure écoresponsable, avec notamment une « direction artistique orientée autour de la nature, dans l’idée de mettre en valeur sa beauté, mais aussi d’inciter les auditeurs à en prendre soin. D’où l’envie de glisser dans chaque maxi un petit message positif, qui rappelle au passage que l’on a essayé de faire ce produit avec le minimum d'impacts sur la nature. » En plus des EP’s, dont le troisième est prévu pour avril, une compilation de neuf tracks est également annoncée pour février. « Si on ajoute à ça des projets vidéos, l’organisation d’une label night et la sortie en édition limitée d’un t-shirt collector, on comprend que tout commence à prendre forme. Ce qui est excitant. » Au moment de prononcer ces mots, Roni arbore un large sourire. À raison : car, même si elle se dit nostalgique, justifiant ses propos par la présence d’une playlist 100% R&B 90’s dans son portable, c’est bien le futur des musiques électroniques qu'elle tente d'amorcer.

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