Le défilé AMI Paris AH22, une belle célébration de la carrière d’Alexandre Mattiussi

La semaine dernière, le fondateur d’AMI Paris nous a offert un défilé épique inspiré par le métro, magnifié par un casting iconique et reflétant son indéniable joie de vivre.

par Osman Ahmed
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25 Janvier 2022, 3:27pm

AMI Paris est un label parisien nommé d’après le surnom de son créateur, Alexandre Mattiussi. Connue pour offrir une garde-robe simple, composée de pièces élégantes et faciles à porter, la marque s’inscrit dans une approche qui refuse les tendances et les prix exorbitants. La semaine passée nous a vus assister à son plus grand défilé à ce jour, le label profitant de l’occasion pour fêter ses dix années d’existence et l’investissement important de la part d’une entreprise chinoise en 2021. L’année dernière avait également marqué l’arrivée d’une nouvelle boutique AMI à New York, d’autres ouvertures étant déjà à l’agenda pour 2022. Mais en pleine pandémie, ces célébrations étaient essentiellement restées cantonnées au digital et l’on comptait donc beaucoup sur ce défilé automne-hiver 2022 pour rattraper le temps perdu. Nous n’avons pas été déçus. Catherine Deneuve, Carla Bruni, Isabelle Huppert ou encore Isabelle Adjani étaient d’ailleurs présentes pour souffler les bougies.

La boucle est joliment bouclée pour Alexandre, le créateur enjoué qui a fait ses armes chez Givenchy, Dior et Marc Jacobs. C’est en réfléchissant aux aspirations de son entreprise pour sa deuxième décennie que le designer a décidé de consacrer son défilé au Métro et à l'échantillon de style parisien qu’il représente — un symbole, s’il en est, de l’éthique terre-à-terre de la marque. « Il y a 10 ans, j’ai bossé sur un show où j’avais dû construire un faux wagon de métro en bois et en plastique. Si j’aime tant le métro, c’est parce que j’ai l’impression que c’est aujourd’hui le seul endroit dans une ville où tout le monde s’effondre ensemble », nous a-t-il expliqué dans son nouveau bureau (il avait besoin de plus de place pour sa petite entreprise à la croissance fulgurante). « C’est le seul endroit sur terre où l’on ne peut pas choisir son siège et où l’on ne sait pas à côté de qui on va être assis. C’est un lieu où l’on peut se sentir perdu, et observer toutes sortes de personnes différentes. »

Inutile de dire qu’il est toujours l’Alex from the block. L’une des caractéristiques remarquables de ce designer né en Normandie est sa franchise et son optimisme à toute épreuve — l’antithèse de tout ce que l’on s’efforce à nous faire croire sur les fashion people parisiens dans des séries comme Emily in Paris. Demandez à tous ceux qui le connaissent ou travaillent avec lui : ils vous diront à quel point ce type est adorable. En partie parce qu’il a passé ses années de formation à bosser dans les rangs toxiques de l’industrie de la mode et qu’il a décidé de rompre avec ce modèle en créant sa propre marque. « Je ne veux pas être ce créateur de mode typique », souligne-t-il. « Ce n’est pas ce que je veux partager avec les gens. Bien sûr que j’aime la mode, mais je me souviens de ma mère qui a toujours vécu à la campagne, et qui m’a un jour dit que depuis leur télévision là-bas, ils avaient parfois l’impression que la mode était ce “truc parisien”, cette bulle microscopique très snob. »

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Ce sentiment de décalage par rapport à l’image des Parisiens enveloppés de fumée de cigarette, distants et cool (voire carrément froids), c’est ce qu’Alexandre veut combattre. Ses vêtements sont faciles à porter, jamais conceptuels ou fantaisistes, mais ancrés dans la réalité accessible de la vie quotidienne. Un exemple concret : son défilé automne-hiver 2022. Bien que le casting dégoulinait de célébrités — on y trouvait de jeunes New-Yorkaises comme Paloma et Sage Elsesser, des tops emblématiques comme Laetitia Casta, Kirsten Owen et Mariacarla Boscono, et même la méga star hollywoodienne Emily Ratajkowski — les vêtements dégageaient une élégance simple et sobre. Les manteaux classiques en faux python et en cuir de veau léopard, conçus pour avoir l’air d’avoir été piqués à Mémé, évoluaient au milieu de blousons aviateur parfaitement proportionnés, de slip-dress soyeuses et vaporeuses, de beaucoup de larges blazers noirs, de blue-jeans classiques et de tailleurs-jupe en tweed. Sans oublier les smokings déclinés dans des teintes vivifiantes comme le fuchsia, le mandarine, le vert tilleul et le lilas éclatant.

« Comme nous voulions que la confection soit irréprochable, j’ai décidé d’opter pour des tissus que nous n’avions encore jamais utilisés. Il fallait que ce soit très beau à regarder, alors j’ai dit allons-y pour de belles coupes, allons-y pour de belles couleurs », explique Alexandre. « Je voulais que ce soit mode, mais avec de vrais vêtements. De jolies pièces qui dégagent une sophistication facile. »

Alors qu’une grande partie de la mode parisienne se construit autour d’aspirations inatteignables, AMI est davantage le reflet de ce qui existe déjà et de la façon dont les gens s’habillent réellement. D’ailleurs Alexandre ne nourrit certainement pas le désir de passer pour un couturier torturé. Le succès de sa marque, il le doit à sa compréhension du monde et à son exhaustivité. C’est la raison pour laquelle vous avez probablement croisé tant de gens portant des pulls et des bonnets avec ce petit « A » coiffé d’un cœur rouge. « Certains créateurs disent souvent qu’ils veulent “faire rêver les gens”. Mais quel est le rêve qu’ils proposent ? » plaisante à moitié Alexandre. « Je n’attends pas de la mode qu’elle me fasse découvrir qui je suis. Je le sais déjà : j’ai une vie. Des amis. Des amants. Une famille. Je suis heureux comme je suis. »

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Fils à maman jusqu’à la moelle, Alexandre est tout simplement reconnaissant d’avoir pu rendre ses parents fiers, tout en entrant en résonance avec un monde qui s’étend bien au-delà des salons insulaires de Paris. Lorsque nous avons discuté, il était tout aussi enthousiaste à l’idée que sa mère ait aimé la collection que lorsqu’il a découvert que Maricarla Boscono portait ses créations depuis des années. « Je suis ici à faire ce que j’aime le plus au monde, mais je refuse de dire que c’est la mode. Il s’agit d’abord de vêtements », ajoute-t-il. « Il s’agit de réunir, de rassembler des gens dans la même pièce. En tant que petit Français ayant grandi à la campagne, être ici est pour moi un moment unique. J’avance toujours pas à pas, en essayant d’être bien ancré dans l’instant présent. »

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Images courtesy of Ami

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