Images courtesy of Jil Sander, Marni and Ambush.

Le meilleur de la Fashion Week de Milan AW22: Jil Sander, Marni and Ambush

Notre guide des shows italiens importants de la saison.

par Mahoro Seward, Osman Ahmed, et Felix Petty
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01 Mars 2022, 4:56pm

Images courtesy of Jil Sander, Marni and Ambush.

Ciao, amori ! Eh oui, après une belle série de défilés londoniens, nous voilà dans la ville la plus glamour du nord de l’Italie, Milan ! La capitale de la Lombardie a vu émerger certains très grands noms de la mode comme Prada, Versace, ou Fendi (qui, techniquement, vient de Rome, mais qui présente toujours ses collections à Milan), et sa Fashion Week donne souvent le ton de la saison à force d’événements spectaculaires et de moments iconiques. Cette année ne devrait pas faire exception à la règle, au contraire, puisque deux poids lourds de la planète mode, Gucci et Bottega Veneta, ont choisi Milan pour leur grand retour après deux ans de présentations délocalisées dans de lointaines contrées ou passant par d’autres formats comme des films indépendants.
Tout comme la Fashion Week de Londres, Milan AW22 est à l’honneur ici-même : au fil de la semaine, on vous déniche toutes les infos sur les défilés — et leurs coulisses. Alors restez connectés et andiamo !

Bottega Veneta

L’avant-dernière soirée de la Fashion Week de Milan a vu se tenir le premier défilé de Matthieu Blazy pour Bottega Veneta. La maison connue pour ses pièces en cuir est l’une des perles de l’empire Kering, et ce n’était pas un mince défi pour le créateur franco-belge d’y être nommé directeur artistique à la fin de l’année dernière, d’autant plus qu’il y était précédemment le bras droit de son prédécesseur à ce poste, Daniel Lee. Mais à force de réflexion et de travail, il s’est débrouillé pour renouveler l’offre de la marque, vers une certaine légéreté, claire et sobre, et vers une multiplicité d’individualités, relativement indépendantes de tout concept ou référence trop marqués. Cela contribuait largement à rendre les pièces plus accessibles — quoique qu’elles démontraient un niveau de savoir-faire artisanal absolument stratosphérique, propulsant la marque au firmament de la mode et justifiant le slogan « Luxury in motion » [Le luxe en mouvement]. Le défilé était un pur moment de Mode avec un « M » majuscule, marqué par des silhouettes inoubliables et une extrême attention aux détails. Matthieu expliquait d’ailleurs en partie la collection par « un désir de retrouver une certaine énergie, des silhouettes qui expriment le mouvement, le dynamisme. Bottega est d’abord une maison de maroquinerie, et quand on a un sac, on ne reste pas chez soi, on va ailleurs ». OA

Bottega Veneta AW22
Bottega Veneta AW22
Bottega Veneta AW22
Bottega Veneta AW22
Bottega Veneta AW22
Bottega Veneta AW22
Bottega Veneta AW22
Images courtesy of Bottega Veneta.

Ambush

Sous l’étendard de son label basé à Tokyo, Ambush, Yoon Ahn s’est taillée une solide réputation de créatrice qui aime et maîtrise le côté tech de la mode. Non seulement du point de vue des habits qu’elle produit, lesquels font souvent bon usage de techniques à la pointe de l’innovation, mais aussi par rapport à des avancées technologiques auxquelles elle s’intéresse la première, bien avant d’autres acteur·rice·s de la mode plus frileux·ses… Elle a ainsi lancé sa première édition limitée de NFT il y a quelques semaines, intégralement vendue en quelques heures, et elle s’implique actuellement dans la création d’un métavers pour Ambush.

Si elle s’investit donc beaucoup dans les perspectives techno-numériques que peut offrir l’avenir, la collection qu’elle a présenté à Milan — son premier show non-virtuel à la Fashion Week lombarde — s’inscrivait résolument dans l’époque actuelle. Et l’attention rigoureuse qu’apporte Yoon à la dimension artisanale de ses silhouettes ancrait le défilé dans notre réalité concrète. Dans cette parade en forme d’étude des personnages de l’univers Ambush, on pouvait voir de généreux cols et ourlets en fourrure et de pelucheux chapeaux géants contraster avec de fines cuissardes en cuir attachées par de petites lanières horizontales montant tout le long du tibia, ou des tenues de soirée à taille de guêpe. Une mini-robe se composait de fils effrangés, dont certains étaient enclos dans des perles, rebondissant dans tous les sens à chaque pas de la mannequin ; les maillons d’une tunique en cotte de maille métallique reprenaient l’initiale « A » de la marque (technique aussi déclinée en version cuir) ; des chaps de cow-boy en cuir de vache s’ornaient d’une découpe en forme de cœur à l’entrejambe — une décision visant à libérer l’énergie positive des chakras, nous expliquait Yoon en amont du défilé. Et si vous voulez en savoir plus, allez écouter la créatrice elle-même dans notre épisode spécial Milan de Fashion Show + Tell ! MS

Ambush AW22
Ambush AW22
Ambush AW22
Ambush AW22
Ambush AW22
Ambush AW22
Ambush AW22
Images courtesy of Ambush.

Marni

Souvent, il faut faire preuve de patience pour être récompensé des meilleures choses de la vie. C’était le cas pour le défilé AW22 de Marni, puisqu’après quarante-cinq minutes de retard sur l’horaire annoncé, le spectacle n’avait toujours pas commencé dans le vaste et sombre entrepôt des quartiers nord de la périphérie de Milan où l’on ne pouvait pas s’asseoir. Mais si la rave party qu’aurait pu accueillir le lieu n’a jamais débuté, le défilé a fini par démarrer et notre attente s’en est trouvée en effet largement récompensée. Les mannequins se sont mis à déambuler lentement autour et au milieu du public, avant de gagner un catwalk en pierre sans apprêt dans un décor de sous-bois ténébreux. Des porteur·se·s de flambeaux les suivaient ou les encadraient, arborant des tenues caractéristiques du style bourgeois-bohème raffiné et ouvragé sur lequel Francesco Risso base son travail créatif pour la maison italienne.

Comment donner une nouvelle vie aux choses en réparant, en restaurant, en reprisant ? Comment transfigurer ce qui semble obsolète en quelque chose d’inédit ? Voilà ce qu’explorait cette collection, animée d’un esprit joueur et joyeux. Des sortes de coiffes, cagoules et couronnes procédaient d’agrégats de chutes de tissu dépareillées ou de bouts de peluches, évoquant les tâtonnements ludiques d’un·e amateur·rice ou d’un·e enfant. Cette esthétique était au cœur du défilé, amplifiant par contraste l’extrême attention portée aux détails et à la fabrication, évidemment visible dans la qualité flagrante des velours chatoyants utilisés pour de longs pantalons à jambe très large plissant de partout, dans la coupe généreuse des grands cols en shearling ou des manteaux Crombie en laine, longilignes cette saison, et dans la maille à très gros point, rassurante et réconfortante, d’un pull en patchwork dont les manches traînaient jusqu’au sol — porté sur le catwalk par Francesco lui-même. Des costumes amples et tout à fait dandy avaient été confectionnés entièrement à la main en collaboration avec l’atelier italien Attolini, riche d’une longue histoire, tandis que les  jeans baggy et les robes en soie avaient été déchiquetés jusqu’à pendre en lambeaux ou presque, le tout accompagné de mocassins et bottes de pluie Wellington en noir, argent ou jaune bouton d’or, cloutés de pointes en caoutchouc.

Si tout cela sonne extravagant à vos oreilles, un fil d’Ariane restait évident aux yeux de toutes et tous : ces vêtements ont été créés avec la satisfaction de tous les sens en ligne de mire. Cette ambition multi-sensorielle se fit sentir de plus belle à la toute fin du défilé, quand le public, après plus d’une heure passée dans la pénombre du spectacle, sortit un·e par un·e du hangar et se retrouva devant un banquet alléchant dans une cour baignée de soleil, en compagnie des mannequins à peine sorti·e·s des coulisses. La tension qui glace souvent l’ambiance de nombreux défilés de mode se dissipa en un clin d’œil grâce à ce changement de décor, et l’on put apprécier le plaisir simple de déguster un morceau de fromage, un verre de vin, une gelée ou un fruit, le visage caressé par le soleil, entouré de vêtements magnifiquement conçus. Et en fin de compte, avoir attendu une heure pour tous ces ravissements se révélait avoir été un excellent investissement. MS

Marni AW22
Marni AW22
Marni AW22
Marni AW22
Marni AW22
Marni AW22
Marni AW22
Images courtesy of Marni.

Gucci

One of the most striking things about witnessing Alessandro Michele’s latest show for Gucci — the first physical one in over a year — was how much it tapped into a particular moment of the current zeitgeist for the early 2010s, and so-called Indie Sleaze. If you haven’t already heard, there is a vibe shift coming! Through rose-tinted spectacles, that confusing, early SoMe era is coming back into the fore as a fashion reference. For this writer, who spent their youth trawling thrift shops along Brick Lane in London and Williamsburg in Brooklyn, here was a distinct sense of a kaleidoscopic undertaking of a classic 2010s thrift store: colourful 80s sportswear (adidas x Gucci, as it happens), ratty old furs, questionably oversized tailoring and plenty of heavyweight surplus military garb. All of these things comprised the secondhand destinations that defined that era of early-Tumblr hedonism, long before we could find it all online on slick resale platforms. And before it was considered sustainable to shop vintage, it was simply considered cool. For everything you need to know about the show, including the new adidas x Gucci collaboration, read our full review here. OA

Gucci AW22
Gucci AW22
Gucci AW22
Gucci AW22
Gucci AW22
Gucci AW22
Gucci AW22
Images courtesy of Gucci.

Onitsuka Tiger

Jusqu’ici, les collections d’Andrea Pompilio pour Onitsuka Tiger exploraient à fond le côté pop du sportswear, exploitant la couleur éclatante voire criarde de tenues variées aux lignes franches et graphiques. Son défilé AW22 s’aventure dans des eaux plus troubles : pour cette première présentation publique depuis le début de la pandémie, les silhouettes de la marque japonaise se font monochromes ou presque. On y voyait l’écho de toute une génération de créateur·rice·s qui a mis l’archipel nippon sur la carte de la planète mode, de Rei Kawakubo à Yohji Yamamoto, suscitant l’admiration de l’Occident et au-delà dans les années 1980 — et figurant toujours au premier plan de l’actualité de l’industrie aujourd’hui. Vêtues de laine enveloppante et de manteaux techniques rembourrés, les sombres silhouettes d’Andrea étaient quand même adoucies de multiples touches de polaire duveteuse. Même jeu de contrastes avec les pièces en tricot couleur anthracite aux ourlets comme mangés par les mites, floquées de motifs de flammèches blanches, ou avec les robes et jupes aux fronces discrètes, portées en couches superposées, munies de cordons de serrage ceignant la taille, entre autres détails sportswear. MS

Onitsuka Tiger AW22
Onitsuka Tiger AW22
Onitsuka Tiger AW22
Onitsuka Tiger AW22
Onitsuka Tiger AW22
Onitsuka Tiger AW22
Onitsuka Tiger AW22
Images courtesy of Onitsuka Tiger.

Prada

« Qu’est-ce que Prada vous fait ressentir ? » : voilà l’une des questions que se posent actuellement Miuccia Prada et Raf Simons — et qu’iels nous adressent directement à travers leurs publicités. Difficile d’y répondre, d’autant plus que Prada n’a jamais pu se résumer à une chose ou une autre. Pas de symbole absolu comme la veste Chanel ou la silhouette en sablier de Dior, mais plutôt une posture, une attitude. Une harmonie délicate entre des tenues dépouillées et de riches éléments décoratifs, entre le raffinement du cachemire et l’accessibilité du nylon, entre l’avant-garde et l’air du temps — comme avec la tendance ugly-chic que Prada maîtrisait avant tout le monde. Depuis que les deux créateur·rice·s ont uni leurs forces en 2019, iels ont mis à profit leur écart générationnel et leur différence de genre pour expérimenter l’un et l’autre autour de leurs codes respectifs (qu’iels nomment même « idéologies » à l’occasion de cette collection). Cette grande question originelle, donc, n’a pas encore de réponse unique — et peut-être n’en aura-t-elle jamais ! —, mais on peut néanmoins se réjouir franchement des efforts du duo. Leur collection AW22 s’affirme comme leur meilleure proposition à ce jour, en forme de méditation sur le passé de la maison, revitalisé par son dynamisme actuel. Avec une extravagance jamais vue jusqu’ici, chacune des silhouettes semblait encourager chaque membre de l’assistance à découvrir par soi-même ce que Prada peut nous faire ressentir, et pourquoi pas, tout simplement, en revêtant ses créations.

Prada AW22
Prada AW22
Prada AW22
Prada AW22
Prada AW22
Prada AW22
Prada AW22
Images courtesy of Prada.

MM6

Les collections de MM6 Maison Margiela sont souvent l’occasion de détournements plus ou moins radicaux de situations de la vie quotidienne : la saison dernière, les silhouettes présentées, et en particulier leurs motifs imprimés déformés, évoquaient de manière décalée la frénésie qui s’est emparée de nous à mesure que l’on pouvait à nouveau sortir dans la rue. Mais ce que le collectif de créateur·rice·s a présenté hier à Milan signale une approche bien plus sobre pour AW22. Le quotidien n’est plus quelque chose à détourner ou déguiser, mais se retrouve au cœur même de la collection. Un long manteau en laine couleur encre de Chine était ainsi associé, malgré son allure formelle, à des sneakers ultra-modernes conçues en collaboration avec Salomon, la marque française d’équipements sportifs. Ce mélange des genres faisait écho à celui que pratiquent les travailleurs en col blanc des grandes villes, dépareillant ingénieusement voire outrageusement les dress codes. De même, les blazers, vestes aux épaules carrées et vestons présentés par MM6 étaient taillés dans du cuir retourné élimé par endroits, comme un rappel de ce que pourraient porter les punks qui traînaient à Camden à Londres ou dans l’East Village à New York.

Mais MM6 Maison Margiela ne serait pas ce qu’elle est sans un certain esprit de subversion, et la collection AW22 n’était pas totalement dépourvue d’espièglerie. Les pièces les plus habillées jouaient de leurs épaules rehaussées et de leurs grandes manches à forme boomerang. De même, des marques d’usure volontaire ornaient le dessus de derbies en cuir à grosse semelle, les nœuds de taffetas formant des hauts et des robes supposément bien sages se révélaient joyeusement mal fagotés. Bref, les silhouettes se faisaient boudeuses voire avachies, comme un antidote salutaire à leur potentiel urban-chic. La collection inaugurait aussi un nouveau système de manches sur un perfecto, un pardessus vert forêt, un blazer et un sweat à capuche, au principe assez surprenant : les manches sont en fait inexistantes, remplacées par une seule grande ouverture pratiquée à l’intérieur du dos du vêtement, transformant la pièce en une sorte de gilet à dos ouvert. Quand il est sur un cintre, c’est le genre d’habit qui fait un peu tiquer. Mais une fois qu’on l’a revêtu, on saisit toute l’inventivité du design. Ce n’est pas du prêt-à-porter, non, mais plutôt de l’à-porter-pour-être-prêt. MS

MM6 Maison Margiela AW22
MM6 Maison Margiela AW22
MM6 Maison Margiela AW22
MM6 Maison Margiela AW22
MM6 Maison Margiela AW22
MM6 Maison Margiela AW22
MM6 Maison Margiela AW22
Images courtesy of MM6 Maison Margiela.

Emporio Armani

Tout comme l’obscurité du ciel nocturne nous permet d’apprécier l’éclat des étoiles, le côté glamour d’un talent exubérant et pétillant resplendira d’autant plus s’il s’adjoint un contrepoint plus mesuré dans ses effets. C’est ce qui guide cette saison l’équipe d’Emporio Armani : elle présente une collection à plusieurs mains qui se veut « un équilibre — électrique — de contraires », selon un communiqué. Côté mode féminine, des broderies ornaient des manteaux légers, des blouses en soie printanières et des twinsets de pièces en maille aux couleurs pastels. Un esprit glamour lumineux et coloré s’en dégageait, alors même que les silhouettes masculines déclinaient à l’infini leurs teintes grises et froides, en costumes trois-pièces à la coupe très droite, grands manteaux très amples, et paires de pièces à imprimés graphiques. Cet effet de contraste se rejouait dans le choix des textures utilisées cette saison : de hautes bottes enserrant le mollet heurtaient leur cuir lustré à du shearling duveteux, des pièces en tweed aux ourlets lâches côtoyaient des pièces en jersey technique, et des perles étincelantes venaient décorer de sombres pans de velours. MS

Emporio Armani AW22
Emporio Armani AW22
Emporio Armani AW22
Emporio Armani AW22
Emporio Armani AW22
Emporio Armani AW22
Image courtesy of Emporio Armani.

Blumarine

S’il y a une marque qui a surfé avec bonheur sur le retour des late nineties et de l’an 2000, c’est bien Blumarine. Son directeur artistique Nicola Brognano a su prendre la vague et redonner une nouvelle vigueur au label italien, conjuguant ses paillettes à une tendance nostalgique dont raffolent les membres de la Génération Z. S’appuyant beaucoup sur les archives de l’âge d’or de la marque au début des années 2000, et sur les doigts de fée de la styliste et correspondante mode d’i-D, Lotta Volkova, Blumarine a su retrouver son trône. N’allez pas plus loin si vous voulez retrouver les incontournables de l’an 2000 dans toute leur ringardise délicieuse, comme des bustiers à découpe papillon laissant très nu le nombril, des mini-jupes à taille basse, ou encore des jeans incrustés de strass. Rien d’étonnant pour une marque qui a toujours été l’alliée des jolies filles sans complexes. D’ailleurs, on n’aurait pas pu rêver mieux comme ambassadrice pour Blumarine que l’actrice Chloe Cherry, qu’on a pu découvrir dans Euphoria avant de la retrouver sur le catwalk cette saison, en jeune femme pleinement épanouie.

Justement, Nicola a pensé la collection AW22 pour de telles amazones : « La femme Blumarine est devenue adulte, affirmant sa confiance en soi et une sensualité puissante, sans compromis, loin de tout préjugé sur telle ou telle apparence physique. Elle sait que la séduction est d’abord et surtout une question d’attitude ». Le côté sexy et très féminin qui a longtemps défini la marque n’a pas du tout disparu, au contraire, mais se déploie avec une force renouvelée. Ainsi les manteaux aux grands revers crantés en laine noire ou écarlate apportaient-ils leur rigueur formelle à l’ensemble, qui gagnait en excentricité et en jeux de volumes grâce à d’envahissantes fausses fourrures couleur mauve ou rouge cramoisi s’accordant à de petits hauts à nouer et des corsages en PVC polis comme des miroirs. On pouvait aussi voir s’équilibrer l’adorable et l’élégant, entre des tenues mignonnes à croquer et de longilignes robes du soir en velours — Eva Herzigova mit le clou au spectacle habillée d’un modèle ajouré sous le sternum. Une polyvalence idéale pour permettre à la femme Blumarine de promener son sex-appeal du matin au soir dans les rues milanaises et au-delà. MS

Blumarine AW22
Blumarine AW22
Blumarine AW22
Blumarine AW22
Blumarine AW22
Blumarine AW22
Blumarine AW22
Images courtesy of Blumarine.

Moschino

Ce que je préfère chez Moschino, c’est que lorsque Jeremy Scott a une idée — par exemple, s’inspirer de l’opulence poussiéreuse des maisons de campagne… — il la pousse tellement loin que même les sceptiques les plus sourcilleux·ses du monde de la mode ne peuvent s’empêcher de se fendre d’un sourire. Voilà l’un des rares créateur·rice·s avec un sens de l’humour bien particulier chevillé au corps, et l’on retrouve une certaine ironie dans la majorité de son travail. Mais cela doit en fait se comprendre à la lumière d’une conviction profonde : pour Jeremy, la mode a le pouvoir d’apporter de la joie au monde, même lorsque l’actualité se fait déprimante. Lors de son dernier défilé, au décor inspiré par le film de Kubrick 2001, l’odyssée de l’espace, les mannequins les plus célèbres de la planète esquissaient des pas de voguing ou émulaient les clichés d’Irving Penn, vêtues d’ensembles aux accents franchement humoristiques, qui semblaient tout droit sortis de La Belle et la Bête. On pense en particulier à la séquence « C’est la fête ! » du film Disney, où tout et n’importe quoi se matérialise pour peu qu’on l’évoque à voix haute… « Maisons de campagne ! », « Riches intérieurs ! », « Abat-jours et argenterie ! », a dû crier Jeremy Scott, avec pour point de départ les collections 1989 et 1990 de Franco Moschino où le prêt-à-porter s’ornait de couverts montés en broches et autres décorations faites de robinets d’eau chaude ou froide.

Jamais en reste pour l’hyperbole, Jeremy poussa le bouchon en convoquant tous les accessoires typiques d’intérieurs de la bourgeoisie traditionnelle : tapisserie ou velours mœlleux pour de longues jupes ou robes, horloge victorienne inspirant une robe fourreau, fauteuils Louis XV et heurtoirs de porte en or pour décorer des vestes coupe droite et costumes de soirée, plateaux en argent en guise de bustier-plastron (arborant des moulages de seins). Une mannequin était même tout simplement vêtue de… paravents en laque, portés comme une robe parallépipédique ! Et quand Kara Walker a fait son entrée sur la scène, elle était n’était habillée de rien de moins qu’une robe dorée flanquée d’une harpe géante, dont les cordes de cristal étincelaient sous les flashes répétés des photographes. Les cerises sur les gâteaux, pour ainsi dire, étaient assurées par les imposants chapeaux créés par Stephen Jones : abat-jours, plumeaux avec leurs moutons de poussière en tulle, vases de porcelaine, cages à oiseaux dorées, lampes de pupitre de bibliothèque. Enfin, Moschino ne serait pas Moschino sans la présence de quelques slogans pleins d’esprit susceptibles de titiller le public : un uniforme de femme de chambre française barré du jeu de mots « Maid in Italy », tandis qu’on voyait aussi défiler « Gilt Without Guilt » [Doré sans regrets]. On n’aurait pas trouvé mieux. OA

Moschino AW22
Moschino AW22
Moschino AW22
Moschino AW22
Moschino AW22
Moschino AW22
Moschino AW22
Moschino AW22
Images courtesy of Moschino.

Diesel

Nous l’avons déjà dit, mais il faut le redire haut et fort : Glenn Martens est vraiment le créateur du moment. Après deux défilés éblouissants à la Fashion Week de Paris pour Y/Project en mode masculine et Jean Paul Gaultier en haute couture, le créateur belge a réussi le triplé avec son premier défilé public pour Diesel, la marque italienne lifestyle pour laquelle il avait produit une première collection lors de la saison précédente. Ce fut du grand spectacle : imaginez du tapis rouge dans tout un espace aux allures de caverne dans les quartiers extérieurs de la ville, et d’immenses poupées gonflables aguicheuses, le dos courbé de manière suggestive et soulignant leurs micro-minis jupes et le Y de leurs strings.

Une partie de cette énergie se retrouvait dans la collection elle-même, grand buffet à volonté saveur An 2000. On pouvait déguster plusieurs très petites jupes en denim en forme de sangle (aussi déclinées en cuir, monogrammées d’un « D » géant, version qui aura certainement du succès auprès des fous du logo nostalgiques des années 1990 que Diesel courtise), un ensemble moulant en jean gris décoloré porté avec des cuissardes en PVC, et des vestes en jean dans tous les sens. Cette sensualité plus qu’affirmée était contrastée par le côté plus fonctionnel et pointu des salopettes, des combinaisons de motocross ou d’aviation des tenues et blousons de pilote à col en fourrure teinte, et des pantalons de parachutistes se permettant des clins d’œils aux déjà iconiques joots — des boots en jean, bien sûr — vues quelques silhouettes plus tôt. Comme toujours avec Glenn Martens, il était tout naturel que la collection inclue aussi des moments d’expérimentation totalement démente. Prenez des hauts en denim et une jupe finement plissée ouverte sur la hanche d’une grande fermeture éclair, et couvrez-les de peinture bleu royal ou bouton d’or, et vous obtiendrez des silhouettes qu’on pourrait tout à fait voir dans un défilé Y/Project. Ou bien faites entrer plusieurs énormes manteaux en pseudo-fourrure faite de denim déchiqueté teinte en couleur fluo, et vous ajouterez une belle dose d’extravagance au cocktail. Il était clair que Glenn avait pris beaucoup de plaisir à créer cette collection, et il est tout aussi certain que nous nous sommes régalés en la voyant prendre vie sur ce tapis rouge. MS

Diesel AW22
Diesel AW22
Diesel AW22
Diesel AW22
Diesel AW22
Diesel AW22
Diesel AW22
Images courtesy of Diesel.

Fendi

Mousseline et béton ! Costumes en cuir épais et lingerie ! Robustesse artisanale et douce délicatesse ! Louange à la dualité de la féminité !  La dernière collection de Kim Jones pour Fendi célébrait l’union de contraires absolus : la dure rigueur du tailoring et l’intime douceur de la lingerie ; les codes du vestiaire masculin et des éléments extrêmement féminins ; le passé et le présent d’un maison de couture sur le bord du précipice d’un nouvel avenir. À l’origine de la collection, on trouve Delfina Delettrez, qui s’occupe de la joaillerie chez Fendi et dont la famille porte la marque depuis quatre générations. Un jour, elle rentre dans le studio de couture vêtue d’un chemisier subtilisé à sa mère, Silvia Venturini, qui se révèle dater de 1986 et d’une collection de Karl Lagerfeld que le créateur aujourd’hui disparu avait semé de références à sa propre collection de meubles et d’objets design du groupe Memphis. C’est tout naturellement que Kim l’a mis au goût du jour, avec un détour clairvoyant par l’An 2000. OA

Fendi AW22
Fendi AW22
Fendi AW22
Fendi AW22
Fendi AW22
Fendi AW22
Fendi AW22
Images courtesy of Fendi.

Del Core

Milan n’est pas forcément la ville où l’on va pour dénicher de nouveaux talents. Pourtant, au cours de ces dernières saisons, on a vu un créateur en particulier faire mentir cette idée reçue. Après une première collection il y a tout juste un an, Del Core, le label éponyme du créateur Daniel Del Core, auparavant chez Gucci, continue d’éblouir le public des défilés avec son interprétation résolument contemporaine d’un certain glamour à l’italienne, tout en excentricité. Intitulée « Chrysalis Corrosion » [Corrosion de chrysalide], la collection AW22 de la marque, confirmait ce développement-éclair, en un hommage tous azimuts à l’artisanat de luxe. Del Core ne s’est rien interdit : des tenues formelles aux épaules rectilignes voire rectangulaires, une combinaison intégrale en maille à l’imprimé kaléidoscopique, un grand manteau en laine à la longue traîne fendue en deux et aux emmanchures aussi volumineuses que les épaulettes des protections de football américain, ou encore des robes de mousseline aux manches bishop serties de pierreries bouffant avec démesure avant le poignet. Ces accents d’ivresse toute romantique étaient tempérés par des silhouettes plus rugueuses mais toujours cool : mini-robes aux attaches façon bretelles (d’où pendaient parfois de larges ourlets supplémentaires), un manteau long en PVC pour Dominatrix en puissance, des cuissardes en cuir à lanières ou non… Et les mannequins-stars qui défilaient — parmi lesquelles nos chouchous Mona Tougaard et Adut Akech — ajoutaient leur éclat à celui des tenues, pour un défilé brillant à tous points de vue. Del Core se révèle déjà comme un véritable phare pour les nouveaux talents milanais, et le futur s’annonce décidément radieux. MS

Del Core AW22
Del Core AW22
Del Core AW22
Del Core AW22
Del Core AW22
Del Core AW22
Del Core AW22
Images courtesy of Del Core.

Gucci Love Parade Campaign

Gucci au programme de la Fashion Week de Milan. Et si personne n’avait la primeur de ce qui serait présenté lors de leur défilé principal, on pouvait tromper sa faim en dévorant le lancement, sur l’Hollywood Boulevard de Los Angeles, de l’ultime collection de la campagne « Love Parade », en point d’orgue de l’année du centenaire de la marque.

Réalisée par le duo Mert Alas et Marcus Piggott, la vidéo de l’événement redouble l’argument de la collection et du défilé — le cinéma dans toute sa splendeur —, constellée des stars faisant figure de demi-dieux et déesses du panthéon Gucci : Beanie Feldstein, Deng Lun, Jared Leto, JJ Lee, Liu Wen, Miley Cyrus, Snoop Dogg… Toutes et tous se sont prêté·e·s à de multiples photos sur le vif au cours d’une soirée mémorable. Et cette grandiloquence festive est loin d’être finie : le grand rendez-vous de vendredi promettant autant, sinon plus ! MS

Gucci Love Parade AW22
Gucci Love Parade AW22
Gucci Love Parade AW22
Gucci Love Parade AW22
Gucci Love Parade AW22
Gucci Love Parade AW22
Gucci Love Parade AW22
Images courtesy of Gucci.
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