Ben Elliot a fait de son avatar une œuvre d’art

Artiste, influencer ou marque à lui tout seul : l’artiste contemporain Ben Elliot puise dans les algorithmes et les data d’internet la matière de son œuvre tout en brouillant les pistes entre réalité et virtuel.

par Patrick Thévenin
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15 Avril 2021, 3:08pm

Ben Elliot a grandi avec internet et a fait des réseaux sociaux - et particulièrement Instagram - un lieu d’expression artistique où il trouve son inspiration. Empruntant aux influenceurs et influenceuses leurs techniques de communication, se transformant en avatar sur son compte où il distille un mode de vie fantasmé entre piscine, hôtels de luxe, plages de sable fin et maisons de rêve ou collaborant avec des marques, le jeune artiste a fait de son nom un logo. Un logo qu’il brande sur des fêtes où le gratin des VIP s’invite, sur une eau minérale qui porte son nom, via un concept-store fantasmé par ses soins, un livre regroupant ses statuts Instagram ou des toiles se focalisant sur des détails de l’application de maquillage virtuel Perfect365. Passionné des mutations de l’internet, des data aux crypto-monnaies en passant par les NFT ou la monétisation de notre image, Ben Elliot est un artiste qui regarde le futur droit dans les yeux.

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Courtesy of Winter Vandenbrink - Styliste Nassim Derbikh

Qui est Ben Elliot ? 

Je suis un artiste mais j’emprunte aux créateurs de contenus et aux influenceurs la manière dont ils travaillent, car ils sont en phase avec leur époque et se servent des stratégies actuelles pour créer et en faire un business. Si certains sont plutôt spécialisés beauté ou sport, c’est tout ce qui tourne autour des technologies émergentes, aux modes de vie de demain, qui m’intéresse. J’ai toujours été attiré par la nouveauté, la science-fiction, générer des idées et les transformer de manière créative. Maintenant que je travaille dessus c’est devenu un objectif, j’ai envie d’aller plus loin dans cette démarche.

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Tu entretiens volontairement le flou sur ta personne avec ton avatar ? 

Une partie de mon travail se construit autour de moi ou plus exactement de ce que je vais générer, que ce soit mes selfies, mes stories, mes collaborations, donc j’essaye de rester cohérent avec les idées que je veux défendre. Mes origines passent au second plan, ma vie personnelle est à la fois exposée, utilisée pour créer mes œuvres, mais tout ne rentre pas en compte. J’utilise mon visage pour les réseaux sociaux et certains projets et c’est devenu plus pratique d’utiliser un avatar. Ça fait aussi partie de mon statement : “On devient tous des avatars“. Je ne suis pas le premier à le faire mais c’est un outil d’expression utile et intéressant. Depuis la Covid, le digital explose, sa monétisation également avec la crypto et les NFTs, il y a un shift intéressant où on est passé de l’incapacité à vendre de l’art digital à des records de vente.

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Ton avatar, c’une manière d’entretenir une forme de fluidité ? 

J’essaye d’estomper les frontières que l’on met souvent entre le réel, le virtuel et l’artificiel. J’adore la théorie de l’Uncanny Valley dans la robotique, ce malaise que l’on peut ressentir quand on est face à quelque chose de non-humain mais qui y ressemble. Je prends également le parti pris de l’artificiel alors que l’inverse est souvent valorisé aujourd’hui sur les photos ou les post Insta, par exemple.

Qu'est-ce qui te plaît chez les influenceurs ?

Ils font partie des acteurs de notre société qui s’adaptent le plus vite et de manière très fluide aux changements, ils épousent presque tous les systèmes qui émergent avec internet et le digital. Je suis fasciné par l’idée de faire de sa personne un business, de générer des contenus monétisables et tout ce qui en découle actuellement avec les data, la crypto et la blockchain. C’est l’étape suivante et c’est pour ça que j’ai annoncé ma social money - $BENELLIOT - que je lance dans quelques mois. 

Quels sont les influenceurs que tu aimes ? 

Curieusement aucun en particulier, j’aime bien le modèle des Kardashians et Kylie Jenner, les influenceurs robots comme Lil Miquela ou les intelligences artificielles comme Sophia the Robot. Mais c’est plutôt le système en général qui m’intéresse, j’aime aussi la télé-réalité sans pour autant la mettre dans mon travail. 

Quand tu fais un partenariat avec une marque ce qui t'intéresse c'est d'imposer ta vision ?

Non au contraire, c’est de collaborer avec la marque qui va épouser parfaitement mon regard sur un sujet en particulier, sinon il n’y a pas vraiment d’intérêt pour l’un comme pour l’autre.  J’aime mettre en valeur ce qu’elles représentent et les idées qu’elles véhiculent. L’exemple c’est ma collaboration avec Perfect365, une application de make-up sur smartphone qui génére différentes synthèses de peau qui sont les teintes les plus utilisées sur le marché digital définies en utilisant la réalité augmentée et l’intelligence artificielle. Ça reprend plusieurs sujets qui m’intéressent et j’en ai fait une série d’œuvres sous forme de peintures.  

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Comment le milieu artistique t'accepte ?

Ça mis un peu de temps mais certaines personnes me soutiennent aujourd’hui. Je me sens toujours différent et je trouve également mes intérêts ailleurs comme dans le digital, je ne me limite pas au milieu artistique même si c’est mon activité principale. J’essaye de construire mes projets pour qu’ils raisonnent dans d’autres milieux. Je fais aussi des œuvres plus accessibles artistiquement comme de la peinture, c’est un moyen de communication qui me permet de toucher le milieu de l’art contemporain, plus conservateur qu’on ne le pense. Il est important de se diversifier et de s’exprimer de différentes manières pour toucher plus de gens.

Tu travailles sur quoi en ce moment ?

Sur mon virtual pet My Little Friend, un petit compagnon cute et non humain. J’explore toutes les technologies émergentes comme la réalité augmentée et virtuelle, l’intelligence artificielle, la crypto, les NFT, etc. Je travaille aussi sur mes Perfect Paintings, une série de peintures créées à partir de data du marché de l'art qui prennent en compte les œuvres les plus cotées, les couleurs, les tailles. Ce sont des process énormément appliqués aujourd’hui dans la création d’une entreprise ou dans le marketing émotionnel, le bleu et le vert sont par exemple très populaires car ils renvoient à des choses positives pour les gens. 

Tu passes beaucoup de sur ton iPhone ?

Environ 5h10 par jour selon Screen Time, plus la même durée à peu près sur mon ordinateur.

Le vêtement dont tu ne peux pas te passer ?

Mes survêtements.

La pièce mode la plus chère de ton dressing ?

Des Nikes.

L’objet fétiche dont tu ne peux pas te séparer ?

Mon iPhone.

La ville où tu rêverais d’habiter ?

Dubaï.

Le film que tu peux revoir encore et encore alors que tu l’as déjà vu cent fois ?

Matrix

Le groupe dont tu connais toute la discographie ?

PNL

Les choses dont tu aimerais te débarrasser ?

Je ne garde déjà que l’essentiel, je suis très minimal. 

Quelle est ta devise dans la vie ?

+=+

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