Extrait du film 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick

15 titres (cosmiques) pour marcher sur la lune

Il y a tout juste 50 ans, l'homme posait un pied sur la Lune pour la première fois. 2019 marque aussi les 10 ans de la disparition du roi de la Pop et créateur du « moonwalk ». L'occasion idéale pour un petit tour en orbite.

Extrait du film 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick

1969 : pour la première fois dans l’histoire, un homme marche sur la Lune. 50 ans plus tard, films, documentaires et théories conspirationnistes ont essaimé. Parfois jusqu’à en faire oublier le mérite musical : inspirer, par le mythe qu’elle suscite, des morceaux en lévitation et un pas de danse dont l'histoire se souviendra sous le nom de « moonwalk ». Son inventeur, Michael Jackson, disparaissait il y a pile dix ans. L’occasion parfaite pour vous proposer un décollage en musique, garanti sans empreinte carbone.

Jamie XX - Gosh

En 1990, la sonde Voyager 1 est lancée dans l'espace et y amasse quelques images. Sur l'une d'entre elles, dans l'obscurité de l'infini, un petit point bleu luit doucement, éclairé par un rayon du Soleil. Il s'agit de la Terre. De nous. Une poussière. À la même période, le scientifique Carl Sagan écrit : « Nos gesticulations, l'importance imaginaire que nous nous donnons à nous-mêmes, l'illusion que nous occupons une place privilégiée dans l'Univers, sont mises à mal par ce point ténu de lumière. […] La Terre reste le seul monde que nous connaissions qui abrite la vie. Il n'y a aucun endroit, au moins dans un futur proche, où notre espèce pourrait émigrer. Explorer, oui. S'installer, pas encore. Que nous le voulions ou non, pour l'instant nous n'avons que la Terre. » 25 ans plus tard, l'artiste suédois Erik Wernquist inspiré par Sagan, réalise une vidéo pour le titre « Gosh » de Jamie XX. Il y présente la possibilité d'une nouvelle planète. Prêt pour le départ ?

Jean-Michel Jarre - Fourth Rendez-Vous

Entre le sas d’oxygène, le nuage de coton ou la goutte d’eau, on n’a toujours pas tranché sur ce que nous inspirait la musique de Jean Michel Jarre, ce (grand) compositeur dont l’entière discographie semble avoir été créée sur la Lune. Parce que le morceau ouvre sur le discours prononcé en 1962 par Kennedy, invitant les Américains à soutenir le programme Apollo, nous avons choisi de vous faire (ré)entendre « Fourth Rendez-vous », petite fusée auditive en forme d’invitation au voyage.

Gil Scott Heron – Whitney on the Moon

Un an après que Neil Amstrong ait posé un pied sur la surface calleuse de la Lune, Gil Scott Heron fait le bilan de cette nouvelle conquête dans un poème. En direct sur le sol lunaire, le 21 juillet 1969, le célèbre astronaute prononce une phrase bien calibrée, gravée à jamais dans l'Hitoire : « C'est un petit pas pour l'homme, mais un pas de géant pour l'humanité. » À travers ces mots, Amstrong tente de rappeler la portée universelle de la mission Apollo 11, mais Gil Scott Heron, lui, n'est pas dupe. La conquête états-unienne de l’espace aura avant tout profité la classe politique et coûté extrêmement cher à la population américaine. Et tandis qu'à l'époque, l'élite américaine se targue de cette nouvelle victoire scientifique (sur l'URSS surtout), la situation sociale, les inégalités raciales, la précarité, les violences institutionnelles, elles, n'évoluent pas sur Terre. Mais qu'importe, puisque « l'homme blanc est sur la Lune. »

John Maus – Hey Moon

Avant même d’imaginer aller se poser sur la Lune, peut-être faut-il créer une relation avec elle. Lui parler, s’y attacher, la comprendre, s’en faire une amie pour ne pas avoir de surprise une fois le pied posé dessus. C’est exactement ce que fait John Maus sur « Hey Moon », l’incroyable balade du tout aussi fabuleux album We Must become the Pitiless Censors of Ourselves. Backé par la douce voix de Molly Nilsson (à qui l'on doit le morceau original), John Maus déclare sa flamme à sa « vieille amie », celle qui reste quand tout le monde dort. Voyez ça comme les préliminaires : une fois que son visage pâle a répondu à vos avances, vous pouvez sauter dans la fusée.

Blind Willie Johnson – Dark was the night, Cold was the Ground

À cet instant précis, quelque part dans l'univers, le Voyager Golden Record poursuit son chemin vers les étoiles. Pour ceux qui ne connaissent pas l'existence de cet objet, il s'agit d'un magnifique disque gravé et lâché dans l'espace en 1977, à destination de populations extraterrestres. Le disque comporte des images de la Terre (des clichés de la muraille de Chine, d'un éléphant ou la structure de l'ADN) des sons (l'harmonie des sphères, le bruit d'un tracteur, le son d'un baiser), la liste de toutes les langues parlées sur notre planète et 90 minutes de musique, dont un morceau de blues, « Dark was the night, Cold was the Ground » interprété par le guitariste et chanteur de gospel texan Blind Willie Johnson. Selon la NASA, le disque, qui atteindra passera à proximité d'une étoile d'ici 40 000 ans, vivra plus longtemps que la Terre et le Soleil. Et le chant de Willie Johnson avec elle.

Desireless - Voyage Voyage

Tube éternel fait d’envolées mélancoliques et de désir d’infini, « Voyage Voyage » est sans doute le meilleur morceau pour vous élancer vers la fusée qui vous emmènera sur la Lune, « plus loin que la nuit et le jour ». Cheveux au vent, yeux mouillés, vous voilà prêt à quitter la Terre. Retournez-vous et jetez un dernier regard vers celles et ceux qui ont peuplé votre vie terrestre, vous ne reviendrez peut-être jamais.

Ash Kidd- Nostalgie

Si je vous dis qu’il y a cinq ans, un jeune rappeur alsacien reprenait « J’ai demandé à la Lune » d’Indochine (pas facile, déjà) pour en faire un morceau magnifique, vous me croiriez ? Si vous connaissez Ash Kidd, bien sûr que oui. Avec le bien nommé « Nostalgie », le rappeur reprend le titre culte à son compte, et demande des choses à cette Lune qui lui répond qu’elle n’a « pas l’habitude de croiser des négros comme [lui] ». Dans un le clip où le ciel orangé finit par laisser la place à la pleine lune, justement, Ash défile sa vie, ses amours, déboires, rêves et cauchemars. Parce que, John Maus l’a bien compris aussi, personne n’écoute mieux que la Lune.

Beach House – Dive

Décoller pour la Lune, c’est avant tout plonger dans l’inconnu. Oui, l’espace est théorisé par tout un tas de grosses têtes de la NASA depuis des décennies, mais pour nous communs des mortels, ça reste l’inconnu soyons honnêtes. « Plonger », c’est « Dive », en anglais. Ce morceau, c’est un plongeon dans la stratosphère : ce que Beach House sait faire de mieux. Le passage du doute, de l’hébétement du début, à la puissance des réacteurs que la deuxième partie du son cogne en riffs de guitare énervés, mode : ça y est on y est, plus rien à perdre, laissez-moi prendre ma montée.

Travis Scott – Stargazing

Avec un dernier album appelé Astro World, qui a en plus secoué la planète rap (et bien au-delà) l’été dernier, Travis Scott se devait de figurer dans cette playlist. Et pas besoin d’aller très loin pour trouver bonheur. L’opus s’ouvre sur « Stargazing » (« l’observation des étoiles », en français), virée stratosphérique et psychée qui donne le ton des expérimentations du reste de l’album. Travis Scott étant Travis Scott, le morceau raconte, en gros, un trip psychédélique imprévu – mais pas forcément désagréable. Et en effet, parfois la drogue s’avère être la meilleure manière de marcher sur la Lune à « bas » coût. Mais on n’a rien dit.

Flavien Berger – Gravité

« Dans la nuit sous la lune, » Flavien Berger attend « que l’amour inverse la gravité ». Voilà, tout est dit. « Gravité » fait justement partie de ces morceaux que l’on croirait en lévitation, d’une légèreté assez folle, qui nous permettent de faire abstraction de tout le reste, de se perdre dans une bulle hors-temps et hors-espace. C'est en fait un vol parabolique, mais qui reste rassurant, parce qu'ici, Flavien nous rappelle que si l’on n’a pas les moyens se payer les croisières sur la Lune qui risquent de devenir à la mode ces prochaines années, il nous restera toujours l’amour pour espérer flotter comme un idiot dans les airs. Et ça, ça fait du bien de l’entendre.

Pink Floyd – Shine On You Crazy Diamond

Franchement, est-ce que, encerclés par les cratères, par un désert gris avec vue sur la Terre, vous vous imaginez écouter autre chose que le merveilleux « Shine On You Crazy Diamond » de Pink Floyd. Oui ? Mauvaise réponse. La grande majorité de la discographie de Pink Floyd semble adaptée à un voyage lunaire, tout simplement parce qu’elle semble avoir été enregistrée sur la Lune. Alors on aurait facilement pu piocher dans The Dark Side Of The Moon (1973), mais on lui a préféré un morceau sorti quelques années après (1975) que le groupe ait visité la Lune. Et il semble en être revenu avec une connaissance extraterrestre, à en voir la perfection de « Shine On You Crazy Diamond ». Ce morceau est une carte postale de la Lune, alors écoutez-le en arrivant, ne serait-ce que pour vérifier qu’il est fidèle à la réalité.

Kalash – Mwaka Moon feat. Damso

« Mwaka Moon » peut se traduire par « la lune des Antillais », mais des Antillais qui vivent dans l’hexagone, dont le martiniquais Kalash fait partie. Un peu comme le « Englishman in New York » de Sting décrit le décalage extraterrestre d’un Anglais outre-Atlantique (oui, la comparaison est capillotractée), « Mwaka Moon » peut être vu comme un hymne aux Antilles, et surtout aux Antillais loin de chez eux – sur la Lune. On arrêtera là les projections lexicales, le morceau ne brille pas forcément pas le texte, mais par l’ambiance flottante, les flows ralentis et le clip qu’on croirait littéralement tourné sur la Lune. Et puis, un morceau avec Damso, c’est toujours un peu lunaire, confère : « Si j’urine dans la ville, c’est que je suis sur les Champs. » Dont acte.

Robert Miles - Children

Quatre accords, un air qui rentre dans la tête et résonne dans tout le corps : un morceau pour se rappeler la soirée qu’on vient de vivre et toutes celles qui nous attendent. Avec ce titre, Robert Miles initie un sous-genre musical resté prisonnier des années 1990, connu sous le nom de « dream trance » qui aurait, d'après Wikipédia, été créé pour « "calmer" les esprits survoltés sur la piste de danse en fin de soirée, de manière à revenir en douceur à la réalité - d'où le nom de dream » . Une manière policée de dire que ce morceau apaise les redescentes trop violentes - au cas où certains seraient tentés de rester dans la lune.

Amon Tobin - Dark Jovian

Les conclusions scientifiques sont formelles : sur la lune, il n’y a pas de bruit. On y aurait pourtant bien imaginé les empilements sonores du brésilien Amon Tobin, qui livrait en 2015 Dark Jovian, un EP inspiré par son visionnage compulsif de films sur la conquête spatiale. Le résultat – hypnotique – oscille entre mysticisme, ASMR et lévitation.

Georgio Moroder - Chase

Ceux qui ont vu Midnight Express entendront toujours « Chase » comme le morceau accompagnant le personnage de Bill Hayes dans sa descente aux enfers, détenu d’une prison turque pour avoir voulu ramener un peu de shit de retour de son voyage. Pour ceux qui sont passés à côté du film ou préféreraient y échapper, écoutez-le plutôt comme la soundtrack d’une chasse au trésor sur la Lune. Et un prétexte pour revenir à l'hommage rendu par Daft Punk au maître du disco. D’une voix calme et rassurante, Giorgio y revenait sur l’instinct qui l’avait poussé à s’emparer d’un synthétiseur. Son intuition ? Il contenait peut-être le « sound of the future ». 50 ans plus tard, le futur lui donne toujours raison.

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