Photographie: James Tolich

j'ai photographié les surfeurs australiens de bondi beach

À travers la série « Bondi », James Tolich bouscule le cliché du surfeur australien pour en livrer une approche plus tendre, tout en noir et blanc.

par John Buckley
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23 Janvier 2019, 9:29am

Photographie: James Tolich

Fils d’un négociant en bétail, James Tolich a grandi dans l’arrière-pays néo-zélandais au sud d’Auckland – à un océan de distance des plus célèbres plages australiennes. Sa perspective d’outsider lui a permis de saisir un autre aspect de Bondi Beach, plus connue pour ses machos musclés que pour la tendresse cachée derrière son vernis d'hypervirilité.

Après plusieurs visites à Bondi, James Tolich a fini par gagner la confiance des locaux et celle des touristes, donnant lieu à une série en noir et blanc empreinte de délicatesse. Des images qui devraient être réunies par Palm Studios dans un livre l'an prochain. En attendant, i-D a rencontré le photographe à l'origine de ce nouveau regard sur la plage de Bondi.

James Tolic Bondi series

J’ai toujours cru que tu étais Australien, mais ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ?
C’est exact. Quelque part, je dois l'être un peu, parce que c’est ici que j'aimerais habiter. J’ai grandi au sud d’Auckland. Nous vivions au bord de la campagne où mon père achetait du bétail. C’était incroyable à bien des égards, parce que quand tu es gosse, en Nouvelle-Zélande, tu as énormément d’endroits à explorer. Je suppose que c’est une vie relativement facile, mais en grandissant, j’ai commencé à me sentir isolé.

À quel âge as-tu quitté la Nouvelle-Zélande ?
La première fois que je suis venu à Sydney, j’avais 18 ans – peut-être un peu plus. A l’époque, je travaillais quelques mois dans un studio quand j’avais des vacances à l’université. C'est comme ça que je me suis familiarisé avec l’industrie de la photo. Le milieu était alors différent, plus excitant et plus ouvert – il se passait déjà beaucoup de choses. J’ai beaucoup appris en travaillant dans ce studio.

James Tolic Bondi series

Tu as toujours voulu être photographe ?
J’étudiais le graphisme à l’université mais après avoir travaillé dans un studio à Sydney, je me suis davantage intéressé à la photo. Malheureusement, mes profs et l’environnement ne se sont pas révélés aussi inspirants que je l'espérais. Ce n’est que lorsque j'ai assisté à une conférence sur le design dans laquelle Derek Henderson - qui m'était vaguement familier - intervenait que j'ai eu une sorte de révélation. Je ne me voyais pas vraiment devenir informaticien ou travailler dans une agence avec mon cursus de graphisme : j’ai toujours beaucoup peint, et je voulais faire quelque chose de plus créatif. Du coup, je me suis lancé dans la photo.

James Tolic Bondi series

Qu’est-ce qui t’a poussé vers la photographie documentaire ?
Quand j’étais à l’université, j’ai emprunté un reflex Hasselblad et je suis parti photographier des inconnus à travers le pays. Ce qui me plaisait le plus, c’était le fait de pouvoir approcher des gens que je ne connaissais pas. Petit, j’étais quelqu'un de très calme et plutôt réservé, j’ai donc dû me faire violence pour aller vers les gens. Pour autant, je ne qualifierais pas cette série – ni la majorité de mon travail actuel – de « documentaire » : je réfléchis beaucoup à l’esthétique de mon approche, j'essaie de faire davantage que capturer ce que je vois.

Venons-en à ton actualité – pourquoi choisir Bondi comme cadre ?
Il me semblait que ça avait du sens de photographier ces gens à Bondi Beach d’une façon dont on n'a peut-être pas l’habitude de les voir. Prendre des photos m’a toujours aidé à trouver un sens aux choses ; mais aussi aux gens et aux endroits. J'ai commencé par prendre un type en photo avant de partir pour Paris il y a un an ou deux, et je pensais qu’il n’y aurait que celle-là. Mais en revenant, cette photo est devenue l’une de mes préférés et je me suis dit que je pourrais facilement en faire une série. J’ai donc décidé de continuer à aller à Bondi, environ deux fois par semaine, juste pour prendre des photos.

James Tolic Bondi series

Peux-tu me parler des personnes que tu as photographiées ?
Le mec qui regarde la mer avec le dos hyper sculpté est un peu le chef de la bande. JJ em'y attendais pas mais il s'est montré très enthousiaste à l'idée de me montrer les alentours et de se faire prendre en photo. Il a beaucoup aimé le portrait de lui et m'a en quelque sorte permis d’entrer - c'est grâce à lui que nous avons pu photographier certains de ses amis. C’était génial. Il y a un vraie bande qui traîne là-bas, ils sont ouverts, très différents, et dans, disons, cinquante ans, je pense que ce sera vraiment agréable de revoir ces photos. Ce sont des gens qui valent la peine qu'un objectif s'attarde sur eux.

James Tolic Bondi series

Ton approche de la couleur et du ton est très distinctive ; peux-tu m’en dire plus à ce sujet ?
Pour moi, c’est toujours une décision importante. Si je shoote en noir et blanc, je pense en noir et blanc. Si je shoote en couleur, je pense en couleur. Dans le cas de cette série, je n’ai pas ressenti le besoin de couleur pour raconter les histoires de ces gens. Je trouve que les clichés sont plus directs en noir et blanc - ce n’est pas comme si je recherchais quelque chose de plus élégant ou plus artistique – quand on voit ces corps graphiques devant l’horizon, il y a quelque chose de plus direct.

Cette série bouscule les stéréotypes qui entourent cette communauté. Était-ce ton intention ?
J’essaie toujours d’aller au-delà des apparences, c'est le fondement de chaque photo que je prends. Dès le début, je savais que je ne voulais pas aller dans le sens de ce qu’on peut voir habituellement : je ne voulais pas glorifier de magnifiques corps sculptés, et leur tendance à l’ostentation. Il y a des personnages fantastiques que l’on ne s’attend peut-être pas à voir là-bas, et je pensais vraiment qu’ils devaient être photographiés. J’ai cherché à voir au-delà des apparences, à capter la sensibilité, et je pense que ça se ressent dans mes photos.

James Tolic Bondi series

Est-ce que cette série donnera lieu à un livre ?
Oui, complètement. En ce moment, je travaille avec une équipe pour tourner un court-métrage sur les personnages de Bondi Beach, mais nous ne sommes qu’en phase de réflexion. Je travaille aussi avec Palm Studios pour réunir ces clichés dans un livre. Ce serait vraiment agréable de pouvoir le montrer à tous les gens que j’ai photographiés, ça laisserait une trace matérielle de tout ce qui s’est passé là-bas. J’espère concrétiser ce projet l’an prochain.

Cet article a été initialement publié dans i-D AU.

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