tout ce que la mode doit à l'iran

À l'heure où l'on préfère construire des murs plutôt que d'ouvrir ses frontières, le moment semble plus que propice pour rappeler l’influence de la culture iranienne sur la mode occidentale.

par Joobin Bekhrad
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27 Février 2017, 9:10am

Givenchy fall/winter 15. Photography Mitchell Sams.

Depuis la révolution de 1979, les conversations autour de la mode iranienne se résument souvent à la question des codes vestimentaires religieux. On en omettrait presque de reconnaître l'énorme influence de la culture persane sur la mode occidentale. Pour s'en rendre compte, il suffit de jeter un œil à nos pyjamas ou à nos paires de chaussures à talons hauts. Un grand nombre des vêtements et accessoires que l'on considère comme essentiels à la mode occidentale - des impressions cachemire aux treillis en passant par les caftans et même les parapluies - trouvent leurs racines dans la culture iranienne.

Ces dernières années, les créateurs de mode occidentaux se sont à nouveau approprié la culture persane dans leurs collections (et n'ont que très rarement rendu hommage à leurs inspirations). En 2013, Hermès présentait sa somptueuse collection « Tabriz », inspirée par des peintures et tapis décoratifs persans (et rendait hommage à la ville iranienne). Lors de la collection automne/hiver 2015 de Givenchy, Riccardo Tisci illuminait ses robes de velours de motifs persans. Enfin, en 2012, pour sa collection printemps/été, Maison Martin Margiela présentait une série de looks fortement inspirés par la culture iranienne.

Ces collections ne sont pas le fruit d'une récente découverte de l'imagerie et de l'esthétique persane ; elles reflètent la vieille fascination de la mode occidentale pour tout ce qui touche à la culture iranienne. Avec en tête de proue le cachemire et les motifs qui lui sont associés. Parfois appelés « Cornichons Persans » (boteh jegheh en persan), les motifs cachemire sont utilisés pour la première fois en 1968 par la maison Etro, ils sont depuis régulièrement associés à l'esprit des années 1960.Pourtant, les premières traces de ces motifs datent de l'ère des Sassanides (224-651 apr. J.-C.).Originellement adoptés pour représenter un cyprès, ils furent ensuite utilisés pour symboliser l'État iranien après les invasions arabes du 7ème siècle.En d'autres termes, même si les Sassanides ont été vaincus par les Arabes, la culture et les traditions iraniennes ont survécu et prévalent aujourd'hui.

Quelques siècles plus tard, pendant le règne de Shah Abbas le Grand, au beau milieu de l'Âge d'Or de l'ère des Safavides (1501-1722), les talons étaient présentés à l'Europe entière par des chevaliers persans en mission diplomatique. Rapidement approuvés par l'Europe occidentale, ces derniers étaient perçus comme des marqueurs sociaux. En plus d'avoir élargi le champ des possibilités vestimentaire dans des pays comme la France, les chaussures à talons ont aussi permis à ceux qui les portaient de se rapprocher des personnages du fameux conte traduit par Antoine Galland au 18ème siècle, Les Mille et Une Nuits.

Une des raisons pour lesquelles les innovations persanes ne sont pas toujours reconnues - dans la mode et dans d'autres domaines - est que celles-ci sont régulièrement attribuées à l'Inde. Une confusion compréhensible car lors du règne Moghol (1526-1857), la culture persane a été adoptée par les élites indiennes. Au 19ème siècle, lorsque les Britanniques ont colonisé l'Inde, ils n'ont pas seulement découvert des terres fertiles et un potentiel commercial important, ces derniers ont aussi découvert pléthore de nouveaux vêtements. Bien qu'ils aient atteint l'Occident en passant par l'Inde, des habits tels que le pyjama (pay-jameh, ou « habit de jambe »), les ceintures larges, les treillis, les pashminas (pashmineh veut dire « en laine »), les châles et le crépon de coton sont de purs produits de la culture persane. Enfin, même s'ils ne plaisent pas (encore) à tout le monde, les turbans (dolband en persan) ont eux aussi vu le jour en Iran.

Malgré toutes ses influences sur le monde de la mode, l'Iran n'est que rarement, voire jamais, crédité par les créateurs et les marques. La politique intérieure du pays à longtemps fait de l'ombre à sa culture, aussi riche et ancienne soit elle. Néanmoins, si on remonte quelques siècles en arrière, les Européens s'extasiaient devant les chaussures persanes. Quelque temps avant la révolution, en décembre 1969, Vogue publiait des clichés d'Henry Clarke qui montraient Lauren Hutton et Marisa Berenson posant dans les rues d'Ispahan et au milieu des ruines de Persepolis.

Alors que l'administration Trump érige de véritables murs entre les États-Unis et les pays à majorité musulmane, le temps est venu de reconnaître l'influence esthétique de l'Iran sur les cultures occidentales. Certes, Marilyn Monroe était aussi américaine que la tarte aux pommes, mais quid des talons hauts qui l'ont rendu célèbre ? Désormais vous saurez qui remercier. 

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Texte Joobin Bekhrad

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