en birmanie, les emo-punks sont bouddhistes

Le documentaire d'Andreas Hartmann, My Buddha is Punk, suit les traces d'une bande de kids birmans, bien décidés à faire de la musique une nouvelle arme politique et pacifiste.

par Colin Crummy
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17 Novembre 2016, 9:41am

Pour My Buddha Is Punk, le réalisateur Andreas Hartmann a filmé le musicien birman Kyaw Kyaw. Le punk est sa raison d'être et le médium qui lui permet de transmettre à sa génération un message politique et libertaire - fait rare et précieux dans un pays sous dictature. Le film, présenté à Londres cette semaine, révèle le pouvoir immortel et inébranlable d'une contre-culture toujours d'actualité à l'autre bout du monde. Celui qui en parle le mieux est encore Hartmann, le réalisateur qui croit à la jeunesse, à sa force et sa hargne.

Comment es-tu arrivé jusqu'en Birmanie et qu'est-ce qui t'a mené à rencontrer ce jeune musicien, Kyaw ?
Courant 2011 et après 50 ans de règne militaire, le paysage politique et social de la Birmanie aurait pu changer. Mais la violation des droits de l'homme persistait dans le pays, la guerre civile était loin d'être finie et les minorités ethniques étaient toujours persécutées. Je voulais en savoir plus sur l'avenir du pays et le quotidien que vivait sa jeunesse. À l'époque, Kyaw Kyaw rêvait de voir la scène punk évoluer, grandir. Il faisait tout son possible pour que ses rêves se réalisent. Sa philosophie mêlait les grands idéaux de la culture punk et ceux, en apparence incompatibles, du bouddhisme.

Pourquoi selon vous, a-t-il choisi le punk pour divulguer ses messages ? Et quels sont-ils ?
Ses amis et lui ont grandi et vécu une bonne partie de leur vie sous un régime militaire dictatorial. Ils ont trouvé un moyen de s'exprimer, de se battre et se rebeller contre le système via la musique et le punk. La Birmanie est un état à part, fermé. La culture punk est née 20 ans plus tard qu'en Angleterre. Pour Kyaw Kyaw, cette apparition date des années 1990. Un marin serait revenu sur le territoire après un tour du monde et aurait rapporté des Cds de groupes punk hardcore. Ko Nyan Lin, un bon ami de Kyaw Kyaw, s'est mis en tête d'étudier le mouvement. Avant l'an 2000, on peut dire que le punk se résumait à une petite scène underground en Birmanie. Aujourd'hui, elle grandit et se développe. Kyaw Kyaw et sa bande se sont motivés pour créer leur groupe, Rebel Riot en 2007, alors que les manifestations, conduites par les moines bouddhistes, se sont multipliées pour protester contre le gouvernement militaire en place.

Quels liens fait la jeunesse entre punk et bouddhisme ?
Kyaw Kyaw ne s'intéressait pas au bouddhisme en tant que religion. De mon point de vue, le bouddhisme et le punk faisaient partie de sa vie. Pour lui, il existe deux types de liberté : la première est physique, ou disons matérialiste. La seconde est la vraie liberté, mentale. Kyaw Kyaw a ressenti une certaine liberté physique lorsque le gouvernement a basculé dans la démocratie. Il a tenté d'atteindre la liberté de l'âme à travers la méditation. 

Qu'est-ce qui t'a le plus surpris dans ce mouvement ? Le mantra 'anti-drogues', par exemple ?
Disons que c'était quelque chose d'être à ce point sobre. J'avais une image du punk complètement différente évidemment et j'ai changé mon fusil d'épaule en trainant avec eux. Franchement, leur démarche m'a impressionné : ils sont dévoués à leurs idéaux, leur philosophie. Pour eux, la drogue ou l'alcool en grandes quantités est incompatible avec leur idéal de vie. Bon, évidemment, certains dérogeaient à la règle et les conflits à l'intérieur de la communauté venaient en partie de cette problématique. Mais ce qui m'a surpris, c'est surtout leur activisme. Kyaw Kyaw et sa bande sont à l'origine du Food Not Bombs birman, ce mouvement international né dans les années 1980 aux Etats-Unis qui oeuvrait à la redistribution des biens et surtout, de la nourriture.

As-tu rencontré des difficultés pendant le tournage ? Les autorités étaient-elles à l'aise avec ton film ?
J'ai tout filmé sans autorisation. Le pays était rempli de touristes et de journalistes à l'époque, à cause des changements politiques survenus en 2012. Donc je suis passé inaperçu. Mais si j'avais demandé la permission, je me serais fait jeter.

Quelle importance a le style vestimentaire dans cette contre-culture ?
Kyaw Kyaw et quelques-uns de ses amis ont traversé le pays pour prôner leur vision du monde, de la musique et rencontré des jeunes de leur génération qui voulaient en savoir plus sur le punk. Étrangement, la plupart des kids qu'ils ont rencontrés étaient plus intéressés par le style vestimentaire du punk que par la musique. Ils étaient hyper surpris d'entendre ce genre de trucs sur la philosophie punk, ses idéaux politiques et sociétaux.

Quelle est ta vision personnelle du punk ?
J'aime leur musique et je suis profondément touché par les messages qu'elle transmet. La musique est le medium nécessaire à la propagation d'un message inspirant.

Rendez-vous sur le Facebook du film pour en savoir plus sur les sorties en Europe. 

Credits


Texte : Colin Crummy

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