PhotographieChris Scheurich

les new-yorkais n'ont qu'une seule religion : le style

Dents en or, piercings et face tatoos : 25 ans après Larry Clark, pour sa série « KIDS », le photographe Chris Scheurich a immortalisé le style de jeunes new yorkais.

par Amanda Margiaria
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28 Novembre 2019, 2:58pm

PhotographieChris Scheurich

On peut discuter du film – est-ce un chef d’œuvre ou pas ? - impossible d’enlever à Kids de Larry Clark son impact esthétique. L’écho à la culture skate et au streetwear (à l’époque, une certaine boutique supreme avait fourni aux acteurs quelques pièces) et sa photographie grainée ont façonné 25 ans d’éditos mode et de portfolios.

Mais peut-être que la contribution la plus significative de Kids à la mode réside dans son élévation de l’ordinaire, dans sa célébration d’une jeunesse new-yorkaise à la fois cool et diverse, dans son amour d’un authentique encore vierge de toute récupération. Photographe de mode et de documentaire originaire de Nouvelle Orléans, Chris Scheurich a toujours été fasciné par l’adolescence, par sa capacité d’expression et sa nonchalance brute. C’est ce qui l’a poussé à renouer avec cette période à travers sa dernière série, intitulée KIDS en hommage au film de Clark sorti en 1995. On y découvre une nouvelle génération de garçons évoluant entre les allées bétonnées et les skateparks de New York. Façonnant, encore et toujours, la mode d’aujourd’hui.

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Salut Christopher. Pour commencer, peux-tu nous parler un peu de toi ?
Je suis né et j'ai grandi à la Nouvelle Orléans. La photographie a toujours joué un rôle important dans ma vie : mon père était photographe documentaire et enfant, j’avais l’habitude de le voir arpenter les rues de la Nouvelle Orélans pour y prendre des photos. J’étais encore très jeune, quand j’ai décidé de marcher dans ses pas à travers la photo documentaire. Ensuite, je me suis aussi tourné vers la photo de mode. La photo me permet de rencontrer beaucoup de monde, c’est la raison pour laquelle j’en fais. J’ai toujours adoré le fait de pouvoir rencontrer des gens.

Tu te souviens de la première fois où tu as été touché par un travail de photographe ?
Mon père était photographe et ma mère peintre, j’ai donc eu la chance de grandir dans une maison remplie de livres d’art et de photographie. Je me rappelle avoir été intrigué par le travail d’Helmut Newton. J’étais là, assis, à me plonger dans les étranges mondes qu’il avait créés.

Avec quel appareil as-tu commencé à travailler ?
C'était un Nikon F2. Je l’ai encore aujourd’hui, c'est un appareil génial !

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Parlons de ta dernière série photo, KIDS. Comment est né ce projet ?
Ça fait plusieurs années que je m’intéresse à la jeunesse en Nouvelle Orléans. Un jour, alors que je discutais avec un bon ami qui travaille dans une agence de casting à New York, nous nous sommes mis à parler du style des jeunes new yorkais. Ça l’a fait repenser à des personnes avec lesquelles il avait été amené à bosser. Nous les avons contactées et leur avons donné rendez-vous à Chrystie Park pendant une chaude journée d’été. Une douzaine sont venues.

Qu’as-tu appris à travers ce travail ?
J’ai découvert combien les kids de New York sont concernés par leur style. La plupart d’entre eux apportent des changements assez radicaux à leur apparence pour aller plus loin dans leur expression. Le temps où les tatouages sur le visage, les dents en or et les décolorations flamboyantes appartenaient à la contre-culture sont révolus : aujourd’hui, ce sont des moyens d’expression que l’on rencontre régulièrement.

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Avec ce projet, tu donnes à voir des hommes Américains très différents, avec des parcours très divers. C’était une réelle intention ?
New York présente le plus grand regroupement de personnes des États-Unis. Ça a toujours été le cas. La diversité de ces images est représentative de la ville.

Comment as-tu sélectionné les garçons de KIDS ?
J’ai photographié beaucoup de monde cet été, mais j’ai le sentiment qu’il y a une forme de cohérence dans les styles de chacun des sujets que j’ai sélectionné pour la série. Je voulais mettre en avant des jeunes hommes au sens du style naturel et authentique.

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Dans une industrie saturée d’images, comment fais-tu pour produire quelque chose de frais et d’excitant ?
C’est vrai qu’on est totalement inondés d’images aujourd’hui. Les gens sont tellement stimulés visuellement que ça devient très dur de créer des photos qui retiennent leur attention. J’essaye simplement de trouver de bons sujets, et avant tout de créer des images qui m’excitent, moi, et qui suscitent mon intérêt. J’ose espérer que mon ressenti sera partagé par ceux qui les regarderont. Je dépense beaucoup plus d’énergie à trouver des sujets intéressants qu’à penser à mon équipement, par exemple. Pour moi, l’essentiel en photographie, c’est la personne que tu immortalises. C’est une question de chance, trouver la bonne, au bon endroit et au bon moment.

Pellicule ou numérique ?
Pellicule ! Et numérique quand je n’ai pas trop le choix. J’ai eu la chance de pouvoir investir dans des appareils argentiques avant que ça revienne dans le milieu de la photo et que les prix explosent. Ça ne m’a pas coûté très cher.

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Tu considères que le milieu de la photo est élitiste ?
Non, je ne pense pas. C’est plus facile que jamais de mettre la main sur un appareil et de commencer à créer. Je suis convaincu qu’un bon photographe peut créer de grandes images avec n’importe quel appareil. Parfois, un smartphone peut suffire à faire des photos mémorables.

Qu’est-ce qui fait la force d’une grande photo ?
La connexion entre le photographe et son sujet. S’il n’y a pas de connexion, c’est impossible de transmettre l’essence même de l’individu. Les appareils servent à capturer cette connexion.

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Il y a des histoires inattendues qui se cachent derrière ces photos ?
La plupart des personnes de la série sont restées en contact avec moi. J’ai entendu plein d’histoires inoubliables. Il y en a une qui m’a particulièrement marqué, c’est l’histoire d’une amitié entre deux jeunes mecs. J’ai fait un shooting mode avec eux, juste à côté de chez eux, dans le Bronx. Pour moi, ces images racontaient une histoire magnifique, de fraternité, d’amitié. Je me souviens d’avoir été très touché par le lien qu’ils partageaient dès notre première rencontre.

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Crédits

Photographie Chris Scheurich
Texte Amanda Margiaria

Cet article a initialement été publié par i-D Italy.

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