ce qu’ils pensent quand on leur demande : « mais d’où tu viens vraiment ? »

Alors que les élections présidentielles approchent, il est temps de reconsidérer nos différences et de les inscrire dans un dessin commun. i-D est parti à la rencontre de 6 jeunes pour leur demander ce qu'ils ressentent lorsqu'on leur demande d'où ils...

par Micha Barban Dangerfield
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11 Avril 2017, 9:05am

« D'où viens-tu ? » Voilà une question on ne peut plus simple. Anodine presque. Mais lorsque la réponse ne suffit pas et que la question enchaîne sur « non, mais vraiment, tu viens d'où ? », c'est tout un autre écueil qui se profile. Nous avons tous grandi en croyant aux grands mythes du roman national, celui qui fait de la France une terre d'accueil et de respect. Pourtant, les débats identitaires, les bavures policières, le racisme ordinaire révèlent ensemble le côté sombre de ce que la formule « être français » implique et occulte à la fois. Le désir assimilationniste français en est le gage : pour être français, il faudra renoncer à ses origines, son patrimoine, son histoire et prêter allégeance à la grande Histoire - annihilante. Et tandis que les élections approchent, il est urgent de reconsidérer nos différences. D'en faire nos armes et de se rapprocher de ce que la France a toujours rêvé d'être. i-D est parti à la rencontre de 6 jeunes - français ou pas - pour parler de leurs origines, de discriminations et de futur.

Faty Alami, 24 ans

i-D ce qu'ils pensent quand on leur demande mais d'où tu viens vraiment

Tu fais quoi dans la vie ?
Je suis styliste.

Tu viens d'où ?
Je suis marocaine. Je suis née à Casablanca et je suis arrivée en France à 18 ans.

On te pose souvent cette question?
Oui mais les gens pensent que je suis née ici. Ils pensent que je suis une « rabza de France ». Ça les étonne. Ça me fait plaisir que les gens voient que je suis étrangère et me pose la question. J'adore qu'on s'intéresse à mon pays.

On te traite différemment ?
Souvent, quand je ne suis pas d'accord avec quelque chose, les gens pensent que je ne comprends pas. On me dit « non mais tu ne comprends pas, en France c'est comme ça ». Même des amis parfois sortent des propos racistes culturels. Genre « dans ton pays c'est pas pareil, tu ne peux pas comprendre » comme si on n'était pas assez évolués pour comprendre. « Ils pensent que culturellement, je ne suis pas à même de saisir la France. C'est très péjoratif pour moi. Parfois j'ai envie de leur dire « mais tu crois qu'il n'y a pas l'électricité dans mon pays ou quoi ? » C'est un racisme intellectuel. Ça relève de l'héritage. C'est souvent inconscient.

Tu te sens discriminée ?
Oui, surtout dans le monde professionnel. On m'a déjà dit par exemple que mon nom n'était pas assez « mode ». Lors d'un entretien pour être vendeuse, on m'a dit que mon physique était trop « atypique » pour le job. Et puis je suis une menace pour les racistes parce que je ne suis pas une racaille, je suis gentille et aimable - ils ne comprennent pas. Un jour, j'ai voulu aider une vieille dame dans une laverie, elle avait fait tomber ses habits. Elle m'a hurlé dessus en disant que je salissais ses fringues et que les gens comme moi envahissaient son pays. Elle n'est pas raciste, elle est juste malade et son héritage sortait ses griffes. Ces gens, je les vois comme des exceptions. Ils ne se rendent pas compte qu'ils sont aussi étrangers à mes yeux mais je leur montre beaucoup d'empathie. J'en ai même pour cette vieille dame.

Comment appréhendes-tu les élections ?
Ce qui m'inquiète, c'est la politique étrangère que proposent les candidats. Si Le Pen passe, je m'en vais. À ce moment-là je dirais que la France est un pays raciste. Je pense que je ne serai pas la seule.

Penses-tu qu'il existe un racisme institutionnel aussi ?
Oui, et c'est une grande humiliation à chaque fois que je dois renouveler mon visa. Essayer d'avoir un bout de papier, c'est l'enfer. Souvent, quand je vais demander mes papiers, les gens de l'administration me demandent « à quoi tu sers en France ? » ou alors « vous réalisez tout ce que vous pompez ? » La dernière fois, un monsieur m'a carrément dit « bon il va falloir préparer votre départ. Dans votre pays émergent, il y a plein de marques de mode, il y a bien un Zara non ? » En fait, il refusait de me donner du pouvoir. Mais je paye mes impôts, j'organise des événements, j'essaye de créer des émulations. Maintenant, on me demande de gagner 130% du SMIC pour que je puisse devenir française. Sinon je devrais partir. Je suis en thèse, tu te rends compte ? Et puis je ne peux pas rentrer au Maroc. Je suis toujours « trop » étrangère.

C'est quoi ton rêve?
Je rêve juste d'être libre sans papiers.

Si tu pouvais jouer un morceau au monde entier, ce serait quoi ?
Rachid Taha - Ya Rayeh.

Magueye Diouck, 24 ans

Tu viens d'où ?
Je suis né à Paris, mes parents sont sénégalais.

On te pose souvent cette question ?
Oui et non. Certaines personnes ressentent le besoin de me la poser, comme si je venais obligatoirement d'ailleurs. D'autres me demandent directement d'où viennent mes parents. Ils comprennent tout de suite. Moi je viens d'ici mais mes parents sont étrangers et je ne suis pas étranger à leur pays. Je suis fier des origines de mes parents et je les connais très bien. Mon pote Dourane partage les mêmes idées. Il a eu une éducation sénégalaise lui aussi, axée sur l'hospitalité et l'humanisme. On subit souvent le même regard. Ça nous a beaucoup rapprochés.

Quand tu vas au Sénégal, ça se passe comment ?
En Afrique, quand tu viens d'Occident, t'es aussi étranger. Même quand tu parles la même langue qu'eux, t'es un blanc. Moi ils m'appellent « le parisien ». Mais là-bas, ils ne t'en veulent pas d'être étranger, ils sont très ouverts et respectueux des autres. Leur approche de l'altérité et tout à fait différente de celle en France. Tu dois le respect à l'autre.

C'est comment d'être jeune en France ?
J'ai eu la chance de grandir dans l'est de Paris où le racisme se fait rattraper par la mixité des quartiers. Je sens parfois la différence quand je bouge dans paris ou quand je vais ailleurs en France parfois. Ça dépend où, mais il arrive que le racisme ne soit pas le même.

Tu penses que la France est un pays à tendance raciste ?
Je ne sais pas. Une partie oui, mais il y a des cons partout, dans tous les pays. Il faut les accepter, pour pouvoir les dépasser et être solidaires. Montrer que ce n'est pas que ça la France.

Que penses-tu de la vision assimilationniste et identitaire de la France ?
Ici, on a du mal à envisager la différence comme une richesse. C'est ça qui fait le racisme. On fustige ces écarts. Il n'y a qu'à regarder le passé pour se rendre compte que ce sont ces différences qui ont écrit l'histoire.

Tu te sens souvent discriminé ?
Oui souvent, mais je préfère ne pas y faire attention. Ce n'est pas seulement ma couleur de peau, c'est aussi mon look qui dérange. Le racisme est une forme d'intolérance et il en existe plein d'autres. Sur le moment je réalise rarement, je refoule directement. Puis j'ai une haine qui monte en moi. Puis j'en parle, je partage et ça finit par passer parce que je me concentre sur les bonnes personnes qui m'entourent et je me dis que les racistes sont minoritaires.

Tu as un rêve ?
J'aimerais pouvoir partager tout ce que je peux avec les autres. Le plus possible pour montrer tout ce qu'on peut faire en échangeant et ainsi faire regretter aux racistes leur réticence face à l'altérité.

Comment appréhendes-tu les prochaines élections ?
Je suis anxieux. Je n'ai aucune idée de ce qui va se passer, je sais juste que ça peut être catastrophique. Macron et Le pen au second tour c'est l'horreur dans les deux cas. Même si c'est à des degrés différents. Je rêve que Mélenchon passe. Ça nous ferait beaucoup de bien à tous.

Si tu pouvais jouer un morceau au monde entier ce serait quoi ?
Zimbabwe de Bob Marley, ce grand homme.

Sarah Maison, 27 ans

Tu fais quoi dans la vie ?
Je suis musicienne - auteure, compositeur et interprète. Je fais aussi des petits jobs alimentaires.

Tu viens d'où ?
Je suis née à Hyères les Palmiers dans le sud-est de la France.

Tu as des origines étrangères ?
Oui ma mère est marocaine berbère, née à Casablanca et mon père est auvergnat du Cantal. J'aime bien dire que je suis cantalo-berbère.

On te demande souvent d'où tu viens ?
Oui assez régulièrement. Parfois les gens pensent que je viens du Mexique. Ils ne comprennent pas directement mon métissage. Dans ma musique, je mélange les genres et puise dans mon héritage oriental. Du coup les gens comprennent assez vite que j'ai des origines marocaines.

Est-ce que tu as déjà été discriminée ?
Pas vraiment non. Mais j'ai déjà reçu des remarques hyper dérangeantes. Surtout quand j'étais enfant où on me traitait de « sale arabe » par exemple. Je me souviens d'un garçon dans mon école qui n'arrêtait pas de me dire ça. Il répétait ce qu'il entendait chez lui en réalité. Un jour, je suis arrivée à l'école avec un super yoyo qui faisait de la lumière. Il voulait que je lui prête, du coup je lui ai fait promettre de ne plus jamais me traiter de « sale arabe ». Il ne l'a plus jamais fait.

Tu considères la France comme un pays à tendance raciste ?
Ou plutôt. Les gens ont peur des autres généralement. Et le racisme ordinaire est très fréquent. Il y a quelques jours, j'étais dans le métro et je suis passée devant une famille syrienne qui mendiait. Une femme m'a bousculée et a crié « mais rentrez dans votre pays ! » à la famille. Ça m'a dévastée et j'ai ressenti une colère incroyable. C'est terrible parce qu'il ne faudrait pas être violent face à des gens comme ça mais instinctivement, on a nécessairement envie de leur renvoyer leur violence à la figure. Et puis la parole raciste est de plus en plus décomplexée. Avant c'était honteux de parler comme ça. Aujourd'hui, c'est ok.

Comment tu appréhendes les élections présidentielles ?
J'ai un peu peur. J'ai l'impression que l'élection de Trump a permis à tous les guignols de se dire « ouais moi aussi je peux le faire. »

Si tu pouvais changer une chose au monde ce serait quoi ?
J'aimerais juste que les gens comprennent qu'on gagne bien plus à partager qu'à craindre. Il suffit simplement que les gens comprennent ça pour que les choses changent vraiment. On peut vivre bien avec les autres. C'est tout à fait possible.

Si tu pouvais jouer un morceau au monde entier, ce serait quoi ?
Je ne sais pas Je vous souhaite tout le bonheur du monde, non je rigole. Je jouerais La Damnation de Léo Ferré.

Dourane Fall, 22 ans

Tu fais quoi dans la vie ?
Je fais du stylisme, du mannequinat, du casting, et je monte un projet de création textile avec des amis.

Tu viens d'où ?
Je suis parisien. Je viens de Stalingrad mais je préfère dire Stalincrack. Je suis enfant de métis eux-mêmes enfants métis. Ma mère est née en France et mon père au Sénégal. Du côté de mon père, mon grand-père est sénégalais wolof et ma grand-mère est béninoise française et nigériane. Du côté de ma mère, ma grand-mère est sicilienne pied noir et mon grand-père est kabyle.

On te pose souvent cette question ?
Oui énormément. J'y réagis différemment selon les contextes. Lorsqu'on me demande « tu viens d'où » je trouve ça vague. Je réponds que je viens de Paris. Les gens sont souvent déstabilisés et enchaînent « ah non je voulais tes origines ». Je préfère quand la question porte sur mes origines. C'est une question de précision.

Tu t'es déjà senti discriminé ?
Oui complètement. Je suis métis donc physiquement je n'ai pas l'air d'être français de souche. Mais je suis aussi homo et queer. Ma sexualité pose souvent problème. Déjà petit on m'emmerdait avec des questions du genre « t'es une fille ou un garçon ? », « t'es pd ou travestis ? » J'avais 6 ans. Je ne me suis rendu compte de l'importance de ces questions que plus tard quand j'ai rencontré des amies afro-féministes qui m'ont fait prendre conscience de beaucoup de choses. J'ai alors compris qu'il n'était pas normal que les gens me touchent les cheveux comme s'ils étaient extra-terrestres, me demandent continuellement d'où je viens ou m'imposent des interrogations et des comportements qu'ils n'imposeraient jamais à des personnes blanches.

Tu penses que la France à un problème avec la différence ?
Au-delà d'un problème avec la différence, la France a un problème avec la sincérité. Il y a comme une hypocrisie latente lorsqu'on en vient aux sujets identitaires. On parle d'une France terre d'accueil mais on décide de qui est français. Moi je suis français, je suis né ici. Mes parents aussi. Mon grand-père s'appelle Papi Jo alors que son vrai nom est Hamza. Ça veut dire beaucoup de choses. La France impose des problèmes identitaires qui n'ont pas lieu d'être. Les attentats, l'affaire Théo, l'obsession de la burka sont autant de sujets qui révèlent l'hypocrisie française. On dit à des gens qu'ils sont français. On les adoube. Mais il faut pour ça qu'ils enfouissent leurs identités originales, leurs patrimoines.

Comment appréhendes-tu les prochaines élections ?
C'est la première fois que je peux voter. Je vais le faire par principe même si ne pas voter me tente aussi. J'ai pas l'impression que mon vote compte vraiment en fait. Tu vois, on n'arrête pas de parler de Macron dans les médias. Il était franchement nul pendant les débats mais tous les médias nous disent qu'il est en tête des sondages et nous pousse au vote utile. Les gens voient dans les médias une autorité indéfectible et les médias savent très bien en jouer. L'information est hyper biaisée. J'espère juste que ces élections vont être l'occasion de tout bouleverser. De changer vraiment.

Toi si tu pouvais changer une chose au monde ce serait quoi ?
Les conditions climatiques qui dégringolent et le pouvoir de l'argent. Fuck money et vivent les plantes.

Si tu pouvais jouer un morceau au monde ce serait quoi ?
Bombino What shall I do.

Tewfik Tabouche, 32 ans

Qu'est ce que tu fais dans la vie ?
Je suis architecte mais je viens de reprendre mes études en urbanisme à Sciences Po.

Tu viens d'où ?
Je suis algérien. Je viens d'Oran. Ça fait 9 ans que je suis en France.

On te pose souvent cette question ?
Oui ça m'arrive souvent, mais très gentiment. J'ai été naturalisé il y 3 ans. Ça me semble normal qu'on me la pose. Je ne vois pas trop de vice caché derrière cette question. J'aime partir du principe que les gens sont de bonne foi et bienveillants. Et puis s'il y a un vice, tant pis.

Tu penses que la France devient raciste ?
En fait je pense que l'Occident vit une frénésie générale, un repli commun. Les sondages nous disent que la France est raciste mais moi je ne le vis pas au quotidien. La menace de l'élection de Le Pen accentue cette idée que la France est raciste. Mais les élections sont-elles véritablement représentatives d'un pays ? C'est une question qui nous dépasse. Moi de mon côté, je sais que certains pays arabes sont très racistes de leur côté aussi. Un pays pauvre a-t-il plus le droit d'être raciste ? Il y a plein de questions qui se posent. Mon expérience personnelle me fait dire que la France n'est pas un pays raciste mais qu'elle risque de le devenir.

Comment s'est passée ta naturalisation ?
J'ai pas mal hésité. J'ai commencé à y penser durant la période Sarkozy. Je trouvais les discours dégueulasses et je ne savais pas si j'avais envie de faire partie de ça. Avec le changement de pouvoir, les choses se sont adoucies. Les discours sont un peu plus apaisés aujourd'hui. Mais je vais être sympa et occulté la période du débat sur la déchéance de nationalité. Ça m'a poussé à demander ma naturalisation. La femme qui m'a fait passer mon entretien était odieuse mais j'ai fait comme si elle n'existait pas pour mieux le vivre. J'ai pas fait une soirée apéro bleu, blanc, rouge pour le fêter mais ça s'est bien passé. C'était presque un non-événement.

Comment vis-tu le fait d'avoir deux nationalités ?
C'est pas anodin de rajouter une couche à son identité. Mon statut administratif m'a ouvert beaucoup de portes et donné beaucoup de liberté au niveau des études, des voyages, des frontières, etc. Mais je n'ai pas assez de recul. J'ai l'impression que c'est quand on devient français administrativement que le processus de devenir français commence véritablement.

Comment tu perçois la politique assimilationniste de la France ?
Parfois j'ai presque honte de dire que le racisme ordinaire, je ne l'ai pas vécu. Pourtant il impose une énorme violence à des gens. Mais moi je ne l'ai pas vécu de façon violente. J'ai pourtant conscience de mon altérité. J'en parlais à une amie qui du coup m'a dit « tu vis dans une optique anglo-saxonne de l'identité multiple. » Ça me permet de dépasser la vision assimilationniste de la France. Par contre il y a un truc qui me met vraiment mal à l'aise c'est le discours sur la discrimination positive. Ça nous met dans une position d'imposteur et ça, c'est compliqué à gérer.

Comment tu te sens par rapport aux élections qui viennent ?
Elles sont très importantes pour moi. C'est la première fois que vote pour des présidentielles en France. C'est assez émouvant pour moi. J'appréhende beaucoup. Je ne veux pas voter utile. Il faut voir si j'assumerai jusqu'au bout. Je me rends compte aussi que j'ai une lecture assez particulière des programmes. Quand je vois que Fillon veut restreindre le regroupement familial, ne propose aucune mesure pour les étudiants étrangers, et puis sa politique étrangère qui frôle le programme de Le Pen, ça me révolte.

Quels sont tes rêves ?
Que les discours politiques deviennent sereins et apaisés.

Si tu pouvais jouer un morceau au monde entier ce serait quoi ?
Je jouerais Oran Marseille de Khaled.

Mae Lapres, 25 ans

D'où viens-tu ?
Je suis née et j'ai grandi à Paris. Ma mère est chinoise et mon père canadien.

C'est comment de grandir à Paris ?
Comme dans toute grande ville, grandir à Paris a ses avantages et ses inconvénients. Mais en tout cas j'ai adoré mon enfance ici. Je n'ai aucun regret.

Penses-tu que la France soit un pays raciste ?
Non je ne pense pas mais j'ai voyagé dans des pays où je me sentais mieux qu'ici. Il ne s'agit pas seulement des attaques ou des insultes que tu te prends dans la rue. Parfois cela relève juste du feeling. Je me suis sentie très à l'aise à New York par exemple. Personne ne te demande d'où tu viens parce que tu n'es pas blanc. En Asie c'est l'inverse. Si tu es blanc, tu es catalogué tout de suite. Ça ne relève pas forcément du racisme, c'est plus de la curiosité en fait. Après tout est une question d'éducation. Quand j'étais petite, les enfants de mon école se moquaient de moi parce que j'étais différente. Leurs parents n'intervenaient jamais. Et aujourd'hui, quand je les croise, aucun d'entre eux n'oserait redire des choses pareilles. Gamine, je les détestais. Aujourd'hui j'ai pardonné.

T'es-tu déjà sentie discriminée ?
Oui malheureusement. Petite à l'école puis lorsque j'ai entamé ma carrière de mannequin. Je ne sais pas si on peut parler de racisme dans la mode. Mais on m'a déjà dit plein de fois « le marché de la mode n'est pas tourné vers l'Asie pour le moment ». Ça fait plusieurs années que je défile maintenant et j'ai beaucoup de travail. Mais je suis toujours étiquetée mannequin chinoise.

Comment perçois-tu les prochaines élections ?
Je ne m'intéresse pas beaucoup à la politique. Je ne me sens pas forcément très en danger. Mais je pense qu'il est primordial de stopper la montée du FN.

Si tu pouvais changer une chose au monde ce serait quoi ?
Je pense que le monde doit passer par une énorme prise de conscience. Prendre une claque. Je pense aussi qu'il va falloir s'assurer que les prochaines générations soient hyper éduquées. Il faut montrer le chemin à nos enfants, leur transmettre un certain réalisme tout en les poussant à réfléchir à un meilleur monde.

Quelles sont tes ambitions pour le futur ?
J'aimerais faire pousser mes légumes et élever un tas de poules (rires).

Si tu pouvais jouer un morceau au monde entier ce serait quoi ?
Under pressure.

Credits


Texte : Micha Barban-Dangerfield
Photographie : Roddy Bow

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