l'ardeur des danseurs du 104

Dans ce lieu culturel du 19ème arrondissement en pleine ascension, les vitraux de l'artiste Daniel Buren et le Emmaüs côtoient une jeunesse qui danse le break, l'électro, le new style ou le krump. Elle s'est approprié une institution et l'a faite...

par Malou Briand Rautenberg
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13 Avril 2016, 8:10am

Dalila Cortes, 33 ans

Tu viens d'où ?
Je suis franco-colombienne.

Ça fait longtemps que tu fais de la danse ?
Depuis que j'ai 5 ans. J'aime ça depuis toujours.

Tu pratiques quel genre de danse ?
À la base, je suis danseuse contemporaine mais je me suis beaucoup ouverte aux danses urbaines : je fais de la house, du krump, je mélange les genres. Je voyage beaucoup, je suis très sensible aux danses africaines. Et comme les danses urbaines découlent de la danse africaine… tout se rejoint.

Et le 104, pourquoi tu y vas ?
Je connaissais le lieu mais je n'étais jamais venue pour m'entrainer avant l'année dernière. En fait c'est un super endroit, très vivant. On peut se poser, regarder les autres, discuter, échanger, comprendre. Personne ne se regarde le nombril, tout le monde s'apporte et s'entraide. C'est cool.

Tu es danseuse professionnelle ?
Oui. En ce moment je bosse sur une conférence dansée, ''le tour du monde des danses urbaines en 10 villes''. Je parle des danses urbaines aux plus jeunes, j'interviens aussi dans les lycées pour leur raconter l'histoire de la danse. C'est un projet qui me tient beaucoup à coeur.

Dans 5 ans, tu seras où ?
Je serai épanouie et je danserai encore.

Tu as un conseil à donner aux jeunes générations qui s'apprêtent à danser ?
Qu'elles ne s'imposent aucune limite et qu'elles n'aient pas peur d'aller très loin.

Raphhaël Bakwene, 16 ans

Tu viens d'où ?
J'habite à Paris, dans le 14ème.

Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Je suis au lycée, en bac pro électricité. Et sinon, je fais du new style, du break. J'ai été dans une phase krump mais j'ai vite abandonné. J'ai un crew avec mes potes du collège, le C15. C'est avec eux que j'ai vraiment travaillé mon hip hop. J'entraine les plus petits, ils sont allés au championnat de France de l'UNSS. ils ont fini 2ème mais bon, c'est cool.

T'as appris tout seul ?
Au début oui. Et puis je suis allé au 104, je me suis fait épauler par des grands : Wesley et Niels. Je leur dois beaucoup.

Pourquoi tu fais de la danse ?
Parce que j'aime ça. Ça me donne de la joie, de l'énergie, des trucs bien.

Tu te vois où dans 5 ans ?
Au World of Dance. Parce que y'a tous les grands du hip hop qui s'y présentent. Et je serai ingénieur électricien.

Tu as un conseil à donner aux jeunes qui veulent faire de la danse ?
Lâchez rien. Le hip hop, la danse en général, c'est difficile. Il faut pratiquer, beaucoup, se surpasser. Un jour, un grand m'a dit qu'il valait mieux que j'abandonne si je n'étais pas capable de surmonter mes peurs. Il avait raison. J'ai continué, mes grands étaient là pour moi.

Nadim Tadjine, 24 ans

Tu viens d'où ?
J'habite à Montréal mais j'ai fait un break dans mes études pour me consacrer à la danse. J'étais à Bruxelles et puis ça a explosé donc j'ai déménagé à Paris.

Quand est-ce que tu t'es mis à la danse ?
Tardivement, il y a 5 ans je crois.

Tu fais autre chose à côté ?
Je suis chercheur en design et j'essaie de finir ma thèse. C'est assez dur de concilier design et danse, même si j'essaie de l'insérer dans mes recherches… J'ai un peu peur que la danse prenne le dessus.

Qu'est-ce qui t'a décidé à danser ?
La marche. Depuis toujours, j'adore regarder les gens marcher. Je me suis mis à courir et puis à danser. Voilà.

Pourquoi tu viens danser au 104 ?
C'est assez impressionnant de voir qu'il existe un endroit pareil à Paris. Ça me rend fou. Je peux m'assoir et rester là, à regarder les gens danser pendant des heures, tellement c'est beau.

Qu'est-ce que tu ressens quand tu danses ?
Ça dépend de mon mood de la journée. J'aime beaucoup observer les autres danser, ça me fait du bien. C'est un déclencheur de désir.

Judith Azari, 28 ans

Tu viens d'où ?
De la banlieue parisienne, dans le 93. Mais je viens tous les jours à Paris pour m'entrainer et répéter.

Depuis quand fais-tu de la danse ?
J'ai commencé quand j'avais 12 ans et petit à petit, ça m'a rattrapé et j'en ai fait mon métier.

Quelle danse tu pratiques, en général ?
Le contemporain mais j'ai fait pas mal de classique, de jazz, de moderne. Aujourd'hui, les danses urbaines m'inspirent et m'influencent de plus en plus. C'est pas du tout ma base mais j'apprends beaucoup d'elles.

Ça fait longtemps que tu vas au 104 ?
Ça fait 3, 4 ans qu'on m'a fait découvrir. Parfois, je peux y aller trois fois dans la semaine et ne plus y retourner pendant quelques mois.

Pourquoi tu aimes danser au 104 ?
À Paris, c'est hyper compliqué d'avoir une salle : c'est cher, les espaces sont trop petits… Pour répéter c'est top. Et puis surtout, on peut y suivre des cours, comme avec l'asso Wynkle, on est libres de danser où on veut, d'échanger avec les autres danseurs, se nourrir de leurs influences.

Tu t'imagines où dans 5 ans ?
Je ne vis que dans l'instant présent.

Brandon Masele, 22 ans

Tu viens d'où ?
Je suis né au Mans mais j'habite à Colombes, en banlieue, depuis mes 6 ans.

Qu'est-ce que tu fais au 104 ?
Je m'entraine. Je suis danseur électro, un mouvement né il y a 9 ans. J'ai mon crew, Alliancecrew, avec qui je fais des battles. Et sinon, je suis en tournée en ce moment, au palais des sports pour une comédie musicale.

Tu t'imagines où dans 5 ans ?
Je me vois sur Paris, danseur, peut-être chorégraphe aussi. A côté je fais de la vidéo, de la photo, du montage. Je tente des trucs donc on verra bien où ça me mène. Je m'amuse pas mal.

Pourquoi la danse ?
J'ai pas choisi la danse, je me suis jamais dit en cour de technologie : ''moi je veux être danseur plus tard !'' ça m'est tombé dessus, comme ça. Y'a pas de diplôme pour l'art, faut juste aller au bout de sa passion et la vivre à fond. C'est ce que j'essaie de faire.

La danse c'est quoi pour toi ?
La danse, ça me fait des trucs chelous. J'ai l'impression que je peux ressentir tout ce que j'arrive pas à exprimer dans la vraie vie.

Tu as un rêve pour plus tard ?
Je veux être danseur jusqu'à la fin de ma vie.

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg 
Photographe : Léo D'Oriano
Assistante photographe : Luna Martin

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