les amis de mes amis sont chez ami

Une semaine après son défilé et cinq ans après le lancement d'Ami, nous avons voulu faire le point avec le fabuleux Alexandre Mattiussi. Rencontre.

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févr. 3 2016, 10:45am

Comment te sens-tu à l'issue de ce défilé ?
Très bien. Soulagé. Un défilé c'est 6 mois de travail et une certaine pression aussi. Et en même temps un moment de fête. Un spectacle de fin d'année. J'ai construit AMI autour d'une idée simple : créer des vêtements qu'on aurait envie de porter, simplement. Un vestiaire de potes. Mais surtout de la bonne humeur. Je n'intellectualise pas la mode. Dans le où sens je ne cherche pas à donner une signification particulière à un pull ou un manteau. On travaille sur une coupe, une matière, une couleur. En essayant de faire en sorte que ça soit joli, de qualité et agréable à porter. J'aime mon métier. Et c'est une chance de pouvoir l'exercer. Et je suis donc très reconnaissant que des gens se déplacent pour apprécier mon travail. La presse, les acheteurs mais aussi ma famille et mes amis. Aujourd'hui avec les réseaux sociaux le défilé est aussi vu en direct par mal de monde. AMI est encore une petite maison. Mais des gens dans le monde entier réagissent instantanément au défilé. Et cette critique-là est très importante aussi. AMI est avant tout destiné aux gens qui le portent.

Ça brillait un peu, pourquoi ?
Après la nuit, avant le jour… L'idée du défilé tournait autour de la nuit blanche. Une virée nocturne dans Paris. Ces moments un peu insouciants où on sort entre potes et on ne sait pas ce que la nuit nous réserve. La nuit c'est aussi la fête. Et les paillettes font directement écho à cette idée un peu jazzy d'une nuit parisienne. Je n'avais encore jamais tenté ce genre de technique non plus. On n'attend pas forcément ça chez nous. Mais c'est avant tout poétique. On n'avait pas prévu de vendre ces pièces. La demande a été folle. Elles seront donc produites.

Paris a besoin de paillettes ?
Paris a surtout besoin de se rassembler. Nous sommes encore en deuil. Chez AMI, les notions de fraternité et de communion sont importantes. Ça fait partie de moi. De ma façon de voir la vie. Et je pense, naïvement peut-être, que l'union fait la force. Et évidemment, j'ai voulu aussi rendre hommage à ma façon aux victimes des attentats de l'année dernière. Notre pays a été touché par des attaques d'une violence rare. On n'est jamais préparé à vivre ce genre d'événements. Le lever de soleil à la fin du défilé c'était avant tout symboliser cet éveil-là. Le réveil est encore un peu difficile. Un sentiment de gueule de bois. Et une ne façon de se retrouver tous ensemble face au jour qui se lève aussi.

On sentait tes mannequins émus à la fin du défilé et fiers d'en faire partie…
C'était un beau moment en effet. Une émotion que j'ai partagée avec toute mon équipe. On a ressenti beaucoup d'émotions. Et surtout nous avons reçu un accueil très chaleureux. Ce défilé marquait aussi les 5 ans de la marque. J'ai pensé à toutes les personnes qui ont fait que tout ça devienne possible. Je suis la partie la plus visible de l'iceberg. Il y avait pas mal de monde impliqué dans cette collection. J'en profite pour tous les remercier ici. Il y a beaucoup de bienveillance autour de mon travail depuis le premier jour. Le défilé est un exercice périlleux. Je suis conscient que nos vêtements n'ont rien de spectaculaire. À part les pièces brodées, AMI se veut avant tout des vêtements pour la "vraie vie" Un pull, un manteau, un jean …. Ce que je cherche à apporter est avant tout une émotion. Ça doit rester authentique. Et cela ne doit absolument pas paraître fabriqué. Alors oui évidemment la mise en scène, la musique, la lumière aident beaucoup à créer cette émotion. Au moment du finale, en backstage, on a senti qu'il se passait quelque chose. Le public a applaudi longuement. Et ça nous a tous un peu bouleversés. Les mannequins ont une grande responsabilité aussi dans l'histoire que je raconte.

Il y a toujours des filles dans tes défilés, ça veut encore dire quelque chose mode masculine ou féminine ? 
AMI est exclusivement une marque de prêt-à-porter masculin. Dans le sens où je ne dessine aucun vêtement pour femme. En revanche, les femmes tiennent un rôle très important dans ma vie. Et j'ai naturellement toujours trouvé très sexy une femme qui porte des vêtements d'homme. Ce n'est même pas une question d'androgynie. Mais ce lien affectif très fort que les femmes peuvent avoir avec le vestiaire masculin. Le pull ou la chemise de son mec… Je trouve ça hyper sexy.

C'est quoi pour toi une fille cool ?
Une fille intelligente.

Un mec cool ?
Un mec drôle.

Pourquoi tout le monde t'aime tu crois ?
Ah ah. Je ne pense pas que tout le monde m'aime. Mais je crois que je dégage un truc positif et plutôt sympathique. Je prends les choses avec beaucoup de recul. Ce métier peut vous faire oublier une certaine réalité. On fait des rencontres extraordinaires. Le rythme est assez dingue. Alors il faut trouver un équilibre. Rester poli et humble. Et ne jamais oublier de sourire. Même si j'ai l'air de faire souvent la gueule sur les photos, je vous promets que je me marre tout le temps !

C'est important la gentillesse ?
Ah oui ! La politesse c'est un truc important. Le succès ne dure pas toujours. Il y a des hauts et des bas dans la vie. Et le jour ou ça va moins bien, les gens se souviennent toujours des gens qui ont été polis et bien élevés. C'est une question de respect et de bienveillance encore une fois.

Quels sont tes souhaits pour 2016 ?
Je me souhaite de continuer à exercer mon métier dans ces conditions. Je suis gâté. Je suis indépendant et libre de tous mes choix. Et j'ai conscience que c'est un vrai luxe. Mais le plus important se passe aussi dans la vie privée, être amoureux, et passer des bons moments avec les gens que j'aime. 

Credits


Texte : Tess Lochanski 
Photographie : Yann Deret