willy vanderperre dédie son nouveau fanzine à la jeunesse

Le photographe belge vient de sortir son dernier projet, le fanzine /12, décliné en douze numéros et publié aux éditions Idea – un plaidoyer pour la jeunesse et ceux qui l'incarnent. Rencontre.

par Malou Briand Rautenberg
|
28 Février 2017, 3:05pm

Comment photographier la beauté, la hargne et la candeur de la jeunesse sans lui voler sa spontanéité ni la figer ? C'est un défi que Willy Vanderperre relève depuis quelques années déjà. Qu'il la sacre sur la couverture des magazines, les campagnes de Prada, Raf Simons ou Calvin Klein comme dans ses projets les plus personnels, la jeunesse a toujours été l'inspiration du photographe belge originaire de Menen. L'année dernière, il retournait dans sa contrée natale pour réaliser son premier court-métrage Naked Heartland. Il y sublimait la solitude et la douceur de l'adolescence sous la lumière austère et la rumeur sourde des églises de Flandres. Un regard sur la jeunesse poétique et teinté d'introspection que le photographe prolonge avec /12, son tout dernier fanzine publié aux éditions IDEA, qu'il décline en douze numéros. Chacun consacre ses pages à un mannequin, un vêtement ou, comme aime à le rappeler Vanderperre, "une identité" qu'incarnent tour à tour Natalie Westling, Clément Chabernaud ou Julia Nobis. Alors que le Trading Museum de Comme des Garçons accueillera le lancement des deux premiers numéros de /12 demain de 17h à 19h, nous avons rencontré celui qui aime et sait parler de la jeunesse mieux que personne : Willy Vanderperre. 

Vous avez choisi pour ce projet de privilégier le format fanzine. Pourquoi ?
J'ai toujours accordé beaucoup d'importance au format papier. Réunir des images dans un seul et même objet procure une autre sensation que le fait de les stocker sur un disque dur. L'attachement à l'image n'est pas le même. Revenir au format papier et surtout au fanzine m'a permis de renouer avec cette physicalité, tout en restant accessible. C'était essentiel pour moi de réaliser un bel objet qui puisse durer dans le temps et être à la portée de tous - surtout des jeunes. /12 est donc un mensuel, qui présente une personnalité chaque mois pour chaque numéro. 

Vous vous souvenez du premier livre d'art que vous avez acheté plus jeune ?
À vrai dire, je ne me souviens pas du premier livre que j'ai acheté. Mais ce dont je me rappelle, c'est que je collectionnais beaucoup les magazines, les fanzines… Tout ce qui touchait à la pop-culture. J'aimais qu'on puisse y trouver un poster et c'est ce que j'ai voulu retrouver avec /12, dont les pages ne sont pas agrafées.

Vous avez beaucoup photographié la jeunesse. Que signifie ce mot pour vous ?
Notre société a tendance à appliquer un certain âge à la jeunesse : 16, 17, 18. Mais elle pourrait tout aussi bien être 34 ou 58. La jeunesse est une émotion, le regard qu'on porte sur le monde autour de soi. Je prends l'exemple de Clément (Charbernaud) que j'ai rencontré et shooté quand il avait tout juste 15 ans. Lui, restera probablement jeune toute sa vie ! Une personne que je porte dans mon cœur et que j'aime retrouver car il est resté dans ce même état d'esprit qu'il y a 10 ans : ouvert, libre, honnête. Des qualités que j'espère traduire et transposer dans mes photographies et qui parcourent /12.

Vous avez réalisé quelques portraits nus pour ce projet. Pourquoi ?
J'ai photographié beaucoup de nus, c'est vrai, mais aucun ne revêt une dimension ou une connotation sexuelles. Je cherche plus à témoigner d'une certaine simplicité, d'une pureté et d'une ouverture au monde propre à la jeunesse. Pour chaque portrait, nous avons shooté un vêtement porté. Chacun reflète la personnalité de celui ou celle qui le porte : c'est un pullover, un t-shirt, un trench-coat… Que je travaille pour la mode ou pour moi, ce qui m'importe c'est l'émotion que je ressens et que je veux transmettre à ceux qui verront les images. Ce projet était également l'occasion pour moi de remercier ceux avec qui j'ai l'habitude de travailler : les stylistes - dont Olivier Rizzo, les coiffeurs et maquilleurs qui ont toujours été à mes côtés. Comme en amitié, j'attends des gens que je photographie qu'ils renforcent un trait de ma personnalité, me rassurent, me fassent rire ou à l'inverse, m'emmènent dans d'autres univers et renversent ma perception du monde. Clément, Julia, et tous les autres sont plus que des mannequins pour moi. Ce sont des gens qui me touchent.

Vous habitez aujourd'hui à Anvers, où vous avez rencontré beaucoup de vos collaborateurs. C'est une ville qui continue de vous inspirer ?
Anvers, c'est ma maison, mes racines. J'y reviendrai toujours, même inconsciemment. Ce que j'aime chez elle, c'est qu'on s'y sent proche de tout. C'est une petite ville calme. Je crois que j'aime ce côté intimiste dans la ville et c'est sans doute ce qui transparaît le plus dans mes images.

Quel message souhaitez-vous transmettre à ceux qui découvriront /12 ?
Ce projet est une manière de célébrer et sacrer les gens qui m'inspirent et m'ont toujours beaucoup donné. Ceux qui ont été présents pour /12 ont pour la plupart des emplois du temps très chargés. Ils enchaînent les nuits blanches et les voyages mais quand ils arrivent sur le plateau, ils gardent la même sincérité et la même énergie. On a beaucoup discuté et ri donc j'espère que ceux qui verront ces portraits repartiront avec un fragment de la personnalité de chacun.

Vous avez des projets personnels en cours ?
J'ai toujours des projets personnels. La mode est très excessive et je pars du principe que s'en éloigner de temps en temps permet de se remettre à jour, se ressourcer. Et mieux la voir. En ce moment je travaille sur une nouvelle exposition et sur mon second court-métrage. Naked Heartland, le premier, m'a permis de concilier introspection et émotion et je tiens à cette collision.

Y'a-t-il un film qui vous a particulièrement touché récemment ?
Je suis très heureux que Moonlight ait remporté l'Oscar du Meilleur Film. Parce qu'il a réussi à transmettre un discours puissant, personnel et universel sans jamais verser dans le pathos : et ce n'est pas toujours évident sur le territoire américain. Les Oscars ont également vu Casey Affleck récompensé pour son interprétation dans Manchester By The Sea. Ces deux films présentent une autre facette du cinéma américain, dans une esthétique plus brute, intimiste et sincère. Ils portent un regard nécessaire et salvateur sur le continent américain. Et je pense qu'on en a vraiment besoin. /12 raconte cette histoire. Celle, sincère et sensible, des gens et des mannequins qui m'entourent. 

Le lancement des deux premiers numéros de /12 aura lieu le mercredi 1er mars au Trading Museum Comme des Garçons

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg
Photographies : Willy Vanderperre

Tagged:
12
Photographie
Mode
Comme des Garçons
ιδέα
willy vanderperre
interview photographe