rod paradot, l'atout coeur du cinéma français

i-D a rencontré le jeune acteur juste après le défilé Dior Homme automne/hiver 2017. Toujours aussi humble, puissant et sincère, il avance à sa mesure et s'impose avec style et facilité dans tous les milieux qu'il traverse.

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janv. 25 2017, 7:15pm

« J'aimerais faire des films jusqu'à 50 ans, 60 ans. Que des films qui touchent, même s'ils marchent pas » avait confié Rod à i-D il y a un an exactement. Il n'avait pas encore remporté son César de meilleur espoir pour son rôle dans La tête haute, d'Emmanuel Bercot. Il n'avait pas encore remercié, le souffle coupé et les yeux mouillés, « Madame Camard la CPE » (elle avait parlé de Rob, alors en CAP de menuiserie, à la directrice de casting Elsa Pharaon). Il n'avait pas encore manqué de faire pleurer la moitié de la France. Forcément, ça ressemblait un peu à un conte de fées. Il n'avait pas non plus encore frayé avec les oasis et les sables mouvants des marques de luxe. Il n'avait pas été pris en photo par Willy Vanderperre pour une campagne Dior. Pourtant, un an après, quelques minutes après le défilé de la maison française et un bisou à Kris, on a retrouvé la même personne, mot pour mot et sourire pour sourire. Ça peut paraître un peu politiquement correct de parler d'authenticité. Déjà vu, déjà entendu. Oui mais pas celle de Rod. La sienne vous attrape à la gorge et vous saute sur le coeur. Rod Paradot est une puissance en mouvement et il va bientôt (si ce n'est pas encore le cas) faire chavirer le cinéma tout entier.

On s'était rencontrés l'année dernière, juste avant les César, qu'est-ce que tu as fait depuis ?
J'ai fait pas mal de castings, j'ai aussi joué dans un film, Luna d'Elsa Diringer, c'est son premier long-métrage. C'est une histoire d'amour qui se passe dans les quartiers, je joue un jeune assez solitaire, un peu artiste passionné de graffiti. Mais je ne peux pas trop en dire. J'espère que ça va me sortir du rôle que j'ai eu dans La Tête Haute. Que ça va me permettre de jouer d'autres rôles, pourquoi pas dans des comédies ou des rôles de jeunes hommes. Et puis, il y a eu la campagne Dior aussi, avec Larry Clark.

Comment as-tu réagi lorsqu'on t'a demandé de devenir égérie Dior Homme ?
J'ai trouvé ça génial, mais je ne me suis pas trop pris la tête. J'ai juste apprécié le moment au maximum, comme pour le César. Je laisse les choses venir, je laisse le temps au temps, mais je ne réalise pas vraiment ce qu'il se passe. Et si demain je suis plombier, menuisier ou autre chose, c'est la vie. Ça aura été une super expérience.

Qu'est-ce tu pensais de la marque avant de travailler avec eux ?
Je savais que c'était une marque assez luxueuse, qui faisait de très belles fringues. Mais moi je m'habillais plutôt chez Redskins, donc c'était un peu trop luxueux pour moi. Mais en tout cas je me sens très bien quand je porte ces fringues. Je trouve vraiment que Kris est quelqu'un de super cool, super abordable et qui a de très bonnes idées…

Qu'est-ce que tu penses de la mode de manière plus générale ?
J'aime beaucoup la mode, mais je suis quelqu'un qui se cherche beaucoup, je suis encore jeune, je ne me suis pas encore affirmé. Je n'ai pas vraiment de style, je m'habille différemment chaque jour. Il m'arrive parfois de découvrir des styles qui me plaisent alors que je ne l'aurais pas soupçonné.

Qu'est-ce que c'est d'être un homme de 21 ans en France aujourd'hui ?
Je pense que je suis assez viril mais en même temps je suis quelqu'un de très tendre, au fond je suis un petit nounours. Je ne suis vraiment pas quelqu'un de méchant.

Tu me disais tout à l'heure que tu avais eu l'occasion de rencontrer Asap Rocky, qu'est-ce que tu penses de lui ?
Oui, lorsque j'ai fait la première campagne l'an dernier j'ai eu la chance de le rencontrer. On avait fait une petite photo et on avait pu échanger. Je pense que ce mec n'est pas simplement sympa, il est top. Je suis un peu jaloux de lui parce que tout lui va et il a une influence énorme dans la mode, c'est une grande personne qui va continuer de faire des grandes choses.

Et sa musique ?
Je suis un grand fan. J'ai trois albums à lui et je les écoute beaucoup. J'aime bien son univers, il a un bon délire.

T'écoutes beaucoup de rap ? Du rap français ?
En ce moment j'ai un petit peu arrêté le rap français, à part Nekfeu et les anciens, NTM, Kool Shen, IAM… Booba j'écoute un morceau sur cinq, c'est quelqu'un de très fort, il est là depuis le début mais aujourd'hui il fait ça uniquement pour l'argent. Je trouve ça dommage de ne plus vraiment prendre de risques uniquement pour faire quelque chose qui soit rentable.

As-tu la même vision de ton métier d'acteur ?
Pas vraiment, même si ce qui m'intéresse le plus c'est les films d'auteur, j'aime aussi sortir d'une salle de cinéma après avoir vu un blockbuster. Mais je préfère les films qui me font réfléchir ou chialer… Il faut trouver le juste équilibre.

Comment est-ce que tu te projettes dans le futur ?
Pour l'instant je reste patient, je vais sans doute prendre des cours de théâtre, pour garder le rythme, j'essaie aussi de faire pas mal de castings et de regarder le plus de films possible pour me cultiver. Je vais bien sûr regarder tous ceux nommés aux Césars, je sais d'ailleurs déjà pour qui voter chez les filles. Mais je ne peux pas le dire. J'ai vu Divines, que j'ai beaucoup aimé, ça me parle. J'ai vu La Danseuse aussi.

Est-ce que la nouvelle génération d'acteurs est en train de changer ?
Oui mais ce que je trouve dommage dans le cinéma français c'est qu'on ne se mélange pas assez. Particulièrement chez nous les jeunes, en ce moment on est beaucoup mais on ne fait pas assez de choses ensemble. Je ne sais pas vraiment comment ça se passe, mais j'ai l'impression que les réalisateurs ne veulent pas prendre de risques. Par exemple, personne ne semble se dire que faire un film uniquement avec des jeunes acteurs serait une bonne idée.

Crédits


Photographie : Jun Yasui
Rod porte un total-look Dior Homme
Interview : Tess Lochanski