bandes à part : léa peckre

Toutes les semaines, i-D vous présentera un jeune créateur entouré de sa « bande ». Y/Project, Courrèges, Paco Rabanne, Léa Peckre, Etudes Studio, Koché et Wanda Nylon : tous ont joué le jeu et sont venus accompagnés de leur bande de cœur.

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13 Janvier 2017, 3:25pm

Léa Peckre est une sorcière sous une pergola pleine de chèvrefeuille. Avec ses copines Neve Campbell et Alyssa Milano, elles jettent des sorts en écoutant How Soon is Now - celle de The Smiths le jour, celle de t.A.T.u. la nuit. Le sort rebondit sur un pied de table en fer forgé ; elles se retrouvent coincées dans un cimetière écossais au XIVème siècle avec des serpents à la place des doigts. Là, forcément, elles se font repérer et mettre au bûcher. Heureusement, une potion de lune argentée lui permet de se réincarner vingt ans plus tard, à Paris, en créatrice de mode. Comme seules les vraies sorcières, Léa, avec son amour du noir et ses faux ongles, fait diversion. Car, au crépuscule, derrière le rideau du fond de la boutique en perles de bois, on créé des tempêtes, on parle des femmes, d'amour, de force et de pudeur. 

« Son travail est comme elle, aussi fluide que magnétique.» Céline

Les sorcières sont pourchassées pour leur indépendance. Sourdes aux injonctions du système dominant, masculin et individualiste, elles constituent un ordre autarcique, étanche et puissant. Elles échappent car elles ne jouent pas avec les mêmes règles. Elles ne trichent pas, elles invoquent. En septembre dernier, Léa, sans prévenir personne, sortait du calendrier officiel et, en guise de déclaration, balançait une première campagne signée Pierre Debusschère sobrement intitulée « All Women Are Witches ». Depuis, silence radio. « Le talent, c'est pouvoir avoir la liberté de s'extraire de ce que l'on est en train de faire, sans finalité autre que la force de cette décision, explique Léa alors qu'elle fait l'éloge de sa meilleure amie Sophie, convoquée pour la photo de groupe. On a commencé à La Cambre ensemble, depuis elle a eu mille vies. Sa capacité d'exercice de son libre arbitre m'impressionne et m'inspire énormément. »

« Les créations de Léa ont une élégance crépusculaire. Gracieuses et sophistiquées, sans excès de manières. Elles sont séduisantes sans être excessivement sexuées, ce que je trouve être la plus actuelle forme de l'élégance. » Anna

Tornade magnifique, puissante et insatisfaite, celle que l'on a longtemps considérée (à tort) comme la bonne élève, est en train de torpiller de l'intérieur un écosystème en pleine crise existentielle. Avec, à ses côtés « des gens très différents et très particuliers. Autour de moi sur cette photo il y a deux hommes, deux muses si on veut. » Des hommes ? Bien sûr. Léa est une sorcière bien trop intelligente pour ne pas faire des sorciers ses alliés : « Il y a Pacôme avec qui j'ai passé les dernières années de ma vie, mon quotidien, avec lequel j'ai tout traversé. Et Rémy, un ami artiste dont j'admire la clairvoyance et la puissance. Et puis les filles. Sophie, mon guide. Céline, elle, incarne ma vision de la femme, j'admire son assurance dont elle n'a pas conscience. Anna, c'est un autre volet de la féminité, très sensuel et profond. » Aussi différents soient-ils, un mot revient à chaque fois, comme un mantra : l'indépendance. « Ils ne dépendent pas de moi. Nous nous nourrissons les uns les autres, avec distance et respect. » La sorcière a trouvé des sorciers à son pied. Vivement qu'ils installent leur chaos. 

« Léa, c'est une vieille âme avec un rire d'enfant. » Sophie

Credits


Photographie : Phil Engelhardt assisté de Gwénaëlle Trannoy
Réalisation : Xenia May Settel
Texte : Tess Lochanski
Make-up : Aya Fujita assistée de Son Semi
Hair : Sumiyo Kyoshima assistée de Hiro Niino