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on a écouté le futur et ça ressemblait à un truc comme ça

Des norvégiennes qui redéfinissent la techno aux jeunes Mcs qui s'emparent du Grime à Londres, i-D est parti à la rencontre de ceux qui n'ont attendu personne pour vivre leur rêve. La preuve par 7.

par i-D Staff
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27 Avril 2016, 6:05pm

Jorja wears jacket and top model's own. Trousers McQ by Alexander McQueen. 

Jorja Smith

La belle anglaise (du nord) de 18 ans est le genre de personne qui préfère rester chez elle pour écrire sa musique. Elevés au reggae et à la soul, Jorja et ses amis ont monté leur groupe, OGHORSE dans sa ville de naissance, Walsall, pour rapidement s'imposer sur la scène locale. Récemment relocalisée au sud de Londres, son premier single Blue Lights est sorti il y a un peu plus d'un mois. Une chanson tellement puissante qu'on en parle encore, tout autant que l'on parle encore d'elle. Á travers les paroles et le magnifique clip qui l'accompagne, Blue Lights pose la question de la culpabilité des jeunes noirs d'aujourd'hui, et des failles de la société qui la permette.

Comment le fait de grandir à Walsall a influencé ta créativité ? Même si c'est tout petit, il s'y passait toujours beaucoup de choses. Donc j'ai passé pas mal de temps à observer tout cela. J'ai écrit Blue Lights en revenant chez moi. Ça évoque l'action de s'asseoir à l'arrêt du bus 4 de ma ville, d'observer les gens et de s'immiscer dans leurs histoires. Blue Lights évoque le fait d'être coincé dans un cycle ? Ouais, et de ne pas en sortir. Ça parle du sentiment de culpabilité. De la manière dont les gens sont hantés par la honte d'avoir à craindre la police. Le problème c'est la société, pas eux. Comment tu en es arrivé à sampler Dizzee ? C'est comme ça que j'ai écrit la chanson. J'analysais le clip de Sirens pour mon cours sur les médias, et je me suis mise à faire un freestyle par dessus. Que penses-tu de la vie londonienne ? C'est bien, mais vraiment différent de chez moi. Je représente toujours Walsall, WS1. Mais le sud-est de Londres c'est cool. Il en sort tellement de talents, c'est fou ! C'est quoi la suite ? Il y a beaucoup plus de musiques qui vont sortir, donc j'espère qu'il y aura beaucoup plus de personnes qui écouteront. Si tous les mois sont aussi bons que celui-ci, je veux juste que ça continue !

AJ porte un Polo Dior Homme.

AJ Tracey

Après avoir lâché ses études d'anthropologie, AJ Tracey, fils à maman originaire de Ladbroke Grove, s'est jeté corps et âme dans la musique. Une voie qu'il avait silencieusement pavée depuis ses premières rimes, à l'âge de six ans. Suivant les traces de son père - rappeur dont les clips passaient sur MTV - et de sa mère galloise - qui passait du jungle et du NWA sur des radios pirates - il prend son art très au sérieux, ce qui ne l'empêche pas de lâcher des références à Pokémon et Yugi-Oh dans ses mesures. En phase avec ses potes du sud de Londres, Elf Kid et Novelist, vu l'été bourré de festivals qui l'attend et l'or en barre qui sort de sa bouche, AJ enchaîne les bombes soniques et spirituelles.

Qu'as-tu prévu pour ton anniversaire la semaine prochaine ? Je vais peut-être aller à Dubaï pendant un moment… Sinon, je me loue un appart avec une terrasse énorme pour la semaine. Une de ces deux options, pour sûr. Détente. C'est quoi ton idée du luxe ? Etre libre de me lever quand je veux, tout en sachant que je serais quand même payé et que ma mère vit bien. De qui viennent les conseils que tu valorises le plus sur ta musique ? Récemment, Skepta m'a dit que j'assurais, et ça veut dire beaucoup pour moi. Ça peut sonner un peu fanboy, mais je suis fan de Skepta et je le serais toujours. J'ai grandi avec lui, alors qu'il me dise ça en personne… Je n'ai besoin d'aucune autre approbation. Il y a d'autres artistes venant du même coin que toi que tu apprécie ? Y a vraiment pas grand monde à l'ouest, c'est ça le problème… J'essaye de m'en faire le représentant. Á une époque il y avait ce mec, Ice Kid. On était dans la même école et tout le monde pensait qu'il serait la nouvelle coqueluche de l'ouest. Mais il a tout lâché. Il m'avait appris les bases du Grime à l'école, et c'est de là que je me suis construit. C'est quoi la suite pour toi ? Plus de bijoux dans ma bouche ! Y a plein de rappeurs qui le font, mais pas dans le grime, donc je vais le faire. They're not fitted though… Je pense que ma grand-mère me foutrait une raclée si je m'en prenais des permanents.

Rina porte sa veste et ses bottes personnelles. Robe Mimi Wade.

Rina Sawayama

Diplômée de Cambridge, mannequin à tâtons et plus généralement fille de rêve, Rina distille un R&B sucré et empreint de sens à l'ère du numérique. Après s'être liée d'amitié avec l'artiste Arvida Byström, la jeune londonienne a ressenti le besoin d'insuffler et de refléter la vie par son art, et s'est mise à observer la déconnexion entre la « vraie » vie (IRL) et l'existence numérique de la communauté en ligne dont elle faisait partie. (…)

Parle-nous de ton nouvel EP, Alone, Together… Ça parle du temps que l'on passe, assis, la tête dans nos téléphones. Le tout contextualisé dans une histoire d'amour. Qui fait appel à une réalité quotidienne !Exactement. Des études ont démontré que les jeunes ont moins confiance en eux, sont plus déprimés et anxieux que les générations qui ont grandisans Internet. C'est intéressant. Aucun musicien ne parle de ça. Il y a beaucoup d'internet music, mais qui se penche plus sur le côté technologique de la chose. Je voulais faire de la musique inspirée de la pop frontale que j'écoutais au début des années 2000, comme Mariah Carey et Justin Timberlake, mais qui reste aujourd'hui pertinente. C'est peut-être parce que j'ai étudié la politique, mais je pense que tout doit avoir un vrai sens. Ça n'est pas bizarre, de commenter de tel problèmes mais de les réitérer dans tes rapports sociaux ? Si, c'est totalement hypocrite. Mais le but c'est justement de problématiser tout ça. De dire : discutons de ça, c'est un problème. Rien n'est tout noir ou tout blanc, c'est ce que je veux mettre en avant. Sur quel compte Instagram passes-tu le plus de temps ? Celui de Sita Abellan. Mon dieu, son style c'est la vie. Elle en a rien à foutre ! J'aimerais bosser avec elle, d'une manière ou d'une autre.

Elf Kid porte une veste Sandro. T-shirt et chapeau personnels.

Elf Kid

Né le jour de la Saint Valentin, Elf Kid admets volontiers être un romantique, mais il ne suffit pas d'une bise pour le faire parler. Le Golden Boy de Lewisham est le dernier MC du grime à sortir du fameux groupe The Square via No Hats No Hoods Records. La tambouille reste fait-maison avec Lolingo à la prod. Avec son sourire jusqu'aux oreilles et une confiance à toute épreuve bien méritée, Elf is murkin it.

D'où vient ton nom ? Á mes 16 ans, The Square commençait à devenir sérieux, et à cause de mes oreilles pointues, les gens m'ont suggéré le nom Elf. Et puis de toute façon les gens du coin m'appelaient déjà comme ça. Qui t'a influencé en grandissant ? Quand j'étais jeune, Dizzee et Roll Deep étaient dans les charts. Donc eux, et aussi tout ce qui passait sur Channel U ; Mr Wong, Bruiser… toute cette époque. C'est quoi le contexte idéal pour écouter ta musique ? Ça va sonner un peu bête, mais dans la chambre de Lolingo. Son installation c'est genre un matelas sur le sol, un micro et des fringues partout. Quand je suis dans cette chambre je me sens isolé, plus qu'à n'importe quel autre endroit. Je ne peux rien faire en studio, je trouve ça forcé. Tu aimes d'autres artistes de Lewisham ? The Vision Crew. Ils déchirent, et ça fait un petit bout de temps que je les vois progresser. Ils viennent tous de chez moi, ils sont plus jeunes, genre 16 ans. Ils commencent à passer à la radio et faire les choses bien, comme nous. Tu nous as déjà dit que tu aimerais voir percer plus de rappeuses… Je le pense toujours, à 100%. Les femmes doivent être représentées. Elles peuvent déchirer tout autant, donc pourquoi pas ? Quels sont tes objectifs ? Je veux apprendre à produire, à mixer et masteriser ma propre musique… et à être un vrai businessman. Juste ça, ça m'irait !

Henriette et Catherina portent leurs vêtements personnels.

Smerz

Ça pourrait être un film d'ados. Henriette et Catherina se sont rencontrées dans le hall du lycée, à 16 ans. Elles ont tout de suite compris qu'elles avaient les mêmes plans pour le futur. Originaires d'Oslo, elles sont parties ensemble à Copenhague pour étudier l'histoire de la musique. Mais elles se sont très vite tournées vers une approche moins théorique. Si elles se considèrent comme des productrices, les deux filles n'ont aucun mal à utiliser leur voix comme un instrument dans leurs créations techno et très minimales. Les filles les plus cool du moment, sous le nom de Smerz, n'ont rien à envier à personne. Elles ont déjà tout compris.

Vous étiez comment quand vous étiez enfants ? C: Hyper-active, je courais partout, j'avais peur de rien. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être beaucoup plus flippée. La vie me fait peur. H : Moi j'étais très timide. Je lisais plein de bouquins et je jouais du violon… j'avais des copains et tout mais j'étais un peu une nerd. C : on a eu une enfance plutôt heureuse toutes les deux. Qu'est-ce qui vous amenées à Copenhague et quelle scène musicale vous a adoptées ?H : C'est clairement la scène musicale électronique, et sa variété de genres. C : De la techno à la synthpop en passant par le footwork. Les gens sont vraiment inspirés par la scène club ici, mais on verse ça dans un univers plus pop. Donc ce qu'on écoute le plus et les concerts auxquels on va c'est plus du club hétéro et la techno. Ça ressemble à quoi le clubbing ? H : La scène à Copenhague est vraiment géniale, elle se réinvente tout le temps, en testant de nouveaux clubs, de nouveaux genres et des soirées à thème. Vous connaissez des productrices ou Djs femmes ? H : Quelques unes, mais très peu comparé au nombre de producteurs et Djs hommes que l'on connaît. Mais ça devient de plus en plus populaire d'aligner des artistes femmes, donc je pense que la situation tend à s'améliorer. Vous aviez pensé inviter un chanteur ? H : Ouais, parce qu'avoir plusieurs voix donne une sonorité intéressante. On a aussi pensé à ramener des rappeurs !

Jessy porte une veste vintage Rokit. Pull Baserange. 

Jessy Lanza

La musique canadienne bat au rythme éthéré des filles dans le vent. Jessy Lanza, originaire d'Ontario, ne déroge pas à la règle. Elle compose comme elle respire, aux côtés de Jeremy, membre du groupe Junior Boys qui est aussi son amoureux à la maison. Signée chez Hyperdub, la productrice et chanteuse nous avait tapé dans l'œil il y a quelques années déjà, lorsqu'elle avait sorti son LP, Pull My Hair puis son You Never Show Your Love en featuring avec DJ Spin. En 2016, elle a sorti It Means I Love You. Une compo terrible bercée par le R&B minimal et sa voix sulfureuse et délicate. Jessy s'apprête à sortir un second album, forcément brillant, qu'on attend avec beaucoup d'impatience.

Comment t'es-tu mise à la musique ? Mes parents m'ont toujours poussé à en faire, vu qu'ils jouaient dans un groupe de rock. Ils ont commencé leur carrière dans les années 1970 avec Crosby Stills et Nash, ils ont fini par faire du synthé à la Eurythmics. De mon côté, j'ai commencé avec des gros classiques, je faisais du jazz et du piano. La musique a toujours fait partie de ma vie. Tu te revendiques d'une scène en particulier ? J'ai des copains autour de moi qui font leurs trucs chelous, c'est cool mais moi j'ai pas l'impression d'appartenir à une scène quelconque. Ta musique est hyper minimale. C'est un esthétique qu'on retrouve chez toi ? J'ai aucun matos pour enregistrer chez moi, à l'appart, parce qu'on vit et qu'on fait de la musique ensemble avec Jeremy. Du coup, ce serait vraiment too much. On a chacun un petit studio dans lequel on bosse chacun de notre côté. Mon appart est minuscule. Donc minimal. En un sens. Si tu pouvais échanger ta voix avec quelqu'un, ce serait qui ? J'aurais bien aimé naitre avec la voix d'Evelyn King.

HANA porte un pull Pringle of Scotland. Jupe Golden Goose.

HANA

Les rêves deviennent réalité... Du moins pour les filles aux cheveux indigo. Une semaine après son bac et à seulement 17 ans, HANA est partie du Montana pour s'installer à Los Angeles avec plein de mélodies dans la tête. Aujourd'hui la jeune électro pop star, compositrice et productrice a transformé son appart en studio qu'elle partage avec son amoureux Mike, aka BloodPop et leur chien, Eervee. Les deux derniers mois, elle les a passés à parcourir le monde accompagnée de sa copine Grimes, en tournée - elles en ont profité pour tout snapchatter.

Qui sont les musiciens qui t'ont influencé plus jeune ? j'ai toujours été inspirée par les grandes dames de la musique, Gwen Stefani, Alanis Morissette et Björk. C'était mes reines. Ma tante m'a donné toute la discographie de Björk quand j'étais ado, c'était le plus beau cadeau qu'on m'ait fait. Tu t'exportes énormément aujourd'hui… ça a été très éprouvant pour moi mais oui. Je vis de ma musique et je la joue au monde entier, c'est tellement beau et puissant. Comment est Grime, avant de monter sur scène ? On a tellement ri ensemble. Sur scène, on était déchainées. Quels sont les mots qui définissent au mieux ton dernier EP ? Tout le projet s'inscrit dans une sorte de renaissance de ma vision en tant que musicienne et en tant que personne. Qu'est-ce que tu comptes accomplir cette année ? Ma carrière commence tout juste. Je n'ai pas encore de label pour me représenter ni beaucoup d'argent non plus. Du coup, chaque partage, chaque écoute de mon public compte énormément. Je me sens hyper chanceuse d'être parvenue à monter sur scène, de partager ma vision du monde à autant de gens. Aujourd'hui, je reçois même des lettres de certaines fans qui m'ont écrit que Clayet Avalanche les avaient bouleversées, qu'elles s'étaient senties plus fortes en tant que femmes. Si je peux transmettre ce genre de message aux filles qui m'écoutent, je serais la fille la plus heureuse du monde. Quel est le meilleur conseil qu'on t'ait donné ? De me concentrer sur ce que j'aime.

Credits


Photographie : Maxwell Tomlinson
Stylisme : Bojana Kozarevic
Texte : Francesca Dunn
coiffure : Nicole Kahlani at The Book Agency using Bumble and bumble 
Maquillage : Danielle Kahlani (For Jorja, Smerza and HANA) at The Book Agency using Bobbi Brown Cosmetics 
Jessica Taylor (for AJ, Elf Kid, Jessy and Rina) using Nars Cosmetics 
Photographie assistance : Andrew Moores