2015 : l'année LGBT

Cette année, plus de 50 États américains ont légalisé le mariage homosexuel, la télé, les réseaux sociaux et le cinéma ont défendu les droits des transsexuels. L'histoire du mouvement LGBT serait-elle en train de prendre un nouveau tournant ?

par Greg French
|
22 Décembre 2015, 6:25pm

2015 s'est placée sous le sigle LGBT. En juin, pas moins de 50 États américains ont autorisé le mariage homosexuel, Caitlyn Jenner de son côté a mis sa notoriété à profit pour défendre les droits des trans et le chanteur du groupe Years & Years, Olly Alexander, nous a livré une musique pop scandée dans des rimes gay. Du côté des politiques, le premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel s'est marié à son concubin - une merveilleuse leçon de force et d'ouverture pour l'ensemble de la scène politique internationale. Pourtant, un nuage plane encore et toujours au-dessus de la cause LGBT. Les propos homophobes du boxeur Tyson Fury publié dans leMailen novembre n'en sont malheureusement qu'un exemple parmi tant d'autres. Mais ce qu'il y a de plus regrettable est le manque de réaction des institutions face ce type de d'intervention médiatique. Au sein de la communauté LGBT et au-delà, la pilule est mal passée lorsque la BBC a décidé de sacrer Tyson Fury "Personnalité de l'Année" - une décision qui prouve encore une fois que le chemin vers plus de tolérance reste long et plein d'obstacles. Mais maintenant que nous entrons dans une nouvelle année, le monde serait-il prêt à combattre les stigmas et (enfin) aller de l'avant ?

Le premier jour de l'année 2016 fera office de symbole. Le film tant attenduDanish Girlfera son apparition sur grand écran. L'intrigue se déroule dans le Copenhague des années 1920 et conte l'histoire vraie de Einar Wegener qui, après un changement de sexe, devient Lili Elbe. Le film, dont le premier rôle est interprété par l'illustre Eddie Raymane, suit narre le tout premier changement de sexe de l'histoire. Un film qui tombe à pic et s'inscrit dans un mouvement global qui prône la reconnaissance des droits des transsexuels (avec en figures de proue des femmes comme Caitlyn Jenner et Laverne Cox). Une cause que le réalisateur Jill Soloway exporte également à l'écran avec sa série oscarisée Transparentdans lequel il met en scène l'histoire d'un père révélant sa transidentité à ses enfants d'une façon à la fois drôle et touchante.

L'art et les médias restent les armes les plus précieuses qu'il existe contre l'homophobie et la transphobie - les moyens les plus puissants qui soient pour initier les foules au combat LGBT et dénoncer les injustices auxquelles ces communautés sont exposées chaque jour. À ce titre, la sérieLookingproposée par HBO a été un énorme succès (même si le groupe n'a pas souhaité reconduire la série pour une troisième saison). Mais ses acteurs principaux, Russel Tovey, Frankie J.Alvarez et Raul Castillo seront de retour en 2016 pour développer l'histoire de leurs personnages dans une nouvelle série. La saga a joué un rôle majeur dans la dénonciation des a priori auxquels la communauté gay se retrouve constamment confrontée - un défi qui avait déjà été relevé sur Channel 4 avec les sériesCucumber, Banana and Tofu. Dans un souci d'information et de sensibilisation à la cause LGBT, il est absolument crucial que ce type de séries continue à être diffusé sur le petit écran.

Pour prendre un peu d'avance sur 2016, on pourra regarder Zoolander 2. Depuis que Ben Stiller et Owen Wilson ont foulé le podium de Valentino pour son défilé automne/hiver 2016, l'annonce du prochain opus de Zoolander a fait le buzz. C'est de l'humour, bien sûr, mais le film s'est doublé d'une vision sociologique et éminemment dans l'ère du temps il y a peu : lorsque la bande-annonce est sortie il y a quelques semaines, on a pu voir Benedict Cumberbatch dans le rôle d'un mannequin transgenre. All, le personnage, n'a pas plu à tout le monde puisqu'il est incarné par une actrice femme née femme et surtout parce qu'il détient le record des stéréotypes. Une pétition en ligne pour appeler au boycott du film a récolté 23 000 signatures. Et la communauté queer a dénoncé la dangerosité de mettre en scène un personnage transsexuel stéréotypé à son paroxysme.

Le film part du postulat que l'industrie de la mode adopte une démarche progressiste envers la communauté LGBT. Ce qui ne va en réalité pas de soi. GoGo Graham vient tout juste de lancer sa collection printemps/été 2014 au très chic Ace Hotel de New York - et tous ses mannequins sont transgenres : ils célèbrent l'individualité et la différence des corps, par opposition à une société extrêmement genrée. Un concept store, à Londres, a choisi de faire abstraction de la binarité homme/femme et de proposer des vêtements ouverts à tous. Cet état d'esprit a permis le lancement de nombreuses plateformes pro LGBT, notamment leYou Do You"un site inclusif" qui prône une mode dégenrée. On voit cette approche émerger dans la mode, c'est vrai. Il faut penser à Vetements, bien sûr, mais aussi à Hood By Air et Telfar. Nous devons faire en sorte que 2016 naisse sous le signe de la tolérance - et la mode a sa pierre à ajouter à l'édifice.

L'ambassadrice des Etats-Unis, Samantha Power, s'est exprimée à ce sujet pour la première fois au Conseil de Sécurité de l'ONU. À propos des droits des LGBT, elle a annoncé dans le journalThe Independentqu'il ''est impossible de ne pas prendre en compte leur manque cruel de droits ni de les rabaisser quand on sait que d'autres se battent chaque jour pour leurs droits dans le monde. Aujourd'hui, nous devons faire un pas en avant et nous battre pour leurs droits.''

2015 a peut-être vu des transsexuels monter sur les podiums des défilés ou faire la couverture des magazines mais nous devons continuer à nous sentir libres de choisir qui nous voulons être, sans exception. La tolérance doit passer à travers les arts, la politique et la mode. Elle doit nous amener à vivre libres et égaux en droits. #LGBTQI

Credits


Texte Greg French
Image Looking

Tagged:
Zoolander
LGBTQI
looking