faire son "coming out", c'est fini ?

Comment ce rite de passage s'adapte au 21ème siècle.

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nov. 26 2015, 10:15am

Notre société compte de plus en plus de voix qui se soulèvent contre les étiquettes. Miley Cyrus ou Kristen Stewart nous le prouvent, puisqu'elles refusent de cloisonner leur sexualité. L'idée du "coming out" est un peu loin, pire, elle apparaît comme carrément désuète. Pourquoi devrait-on s'autoproclamer gay, hétéro ou autre alors que de récents sondages prouvent que la sexualité est plus une échelle à gravir qu'un choix binaire et irréfutable ? Une récente étude du département psychologie de l'université d'Essex suggère en outre que la plupart des femmes sont bisexuelles ou homosexuelles.

Wayne Dhesi, le fondateur du site RuComingout partage cet argument mais le justifie par des phénomènes extérieurs qui refroidissent un peu. "Même avec le mariage homosexuel, les discriminations envers les gay ou les lesbiennes, les bi ou les trans persistent. En Angleterre, Wayne fait partie des 15 personnes LGBT les plus influentes consacrées par the Independant. "Les taux de suicide sont toujours plus hauts dans les communautés LGBT. La vie est toujours difficile pour les gens qui se réclament de ces communautés - toutes les études le disent. Donc tant qu'on en sera là, qu'il subsistera un gouffre entre les LGBT et les hétéros, il faut parler du processus qui mène au coming out."

Mais ce processus est en train de changer, nous assure Matt Horwood, membre du collectif de défense des droits LGBT. Si les gens étaient amenés, fut un temps, à proclamer leur statut LGBT, ils sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à nommer et s'exprimer sur leur sexualité en leurs propres termes, lorsqu'ils en ressentent le besoin. "Le coming out est plus accepté socialement et beaucoup de gens insistent sur ses effets thérapeutiques" poursuit-il. Depuis quelques années, les révélations publiques fleurissent. Tom Daley ou Ellen Page ont révélé leur homosexualité dans une vidéo Youtube et une conférence sur les Droits de l'Homme. Ils n'ont pas été "surpris" par les paparazzis ni les tabloïds. Le chanteur de Years & Years, Olly Alexander n'a jamais vraiment dit "je suis gay"; il a juste avoué avoir ressenti du désir pour d'autres hommes.

Si les célébrités s'expriment désormais publiquement sur leur sexualité, Horwood note son "impact réel" sur les communautés. Les kids qui se débattent avec leur sexualité ou qui la découvrent sont plus à même de prendre ces figures pour modèles tandis que les personnes non-LGBT auront une meilleure compréhension de ce qu'être LGBT veut dire - et comprendre, c'est la moitié d'accepter. Reste que les célébrités qui ont choisi de ne pas labelliser leur sexualité, comme l'actrice de American Horror Story Sarah Paulson, qui a récemment avoué adorer les femmes et les hommes tout en maintenant qu'elle ne laissera "aucune expérience (la) définir" aident à faciliter le dialogue et la tolérance.

"Quiconque se lève et dit haut et fort 'je ne colle à aucune étiquette et je ne veux pas jsute être considéré comme hétéro' changera la donne. Dire qu'on est fluide ou qu'on refuse la binarité, c'est permettre à d'autres qui ne se sentent pas nécessairement gay ou lesbiennes d'accepter leur sexualité."

Notre compréhension de la sexualité et du genre se complexifie. Wayne Dhesi a décidé de travailler sur la diversité des coming out et de faire intervenir des témoignages sur son site web. Pour le moment, la majorité des coming out est l'apanage de jeunes blancs, habitant dans les grandes villes. "J'ai la chance de recevoir des tonnes de témoignages mais j'ai l'impression que c'est un devoir pour moi de venir aux autres et de ne pas attendre que les histoires viennent à moi, explique Dhesi. Il faut aller à la rencontre de ceux qui ne s'expriment pas ou peu et que mon site soit représentatif de la diversité et la pluralité de notre communauté. Aujourd'hui, elle l'est de plus en plus."

Dhesi souhaite faire de son site web une oeuvre de charité qui lui permettra de lever des fonds pour réaliser des vidéos avec des témoignages de partout et de toutes les orientations. Il veut aussi réaliser un libre qui sera distribué dans les école en Angleterre. "Je pense que mon rêve serait que RUComingOut devienne une plateforme qui vienne en aide à tous ceux qui se battent avec leur sexualité, explique-t-il. Je veux que ce soit un endroit où les gens puissent aller et lire des témoignages, se connecter à d'autres jeunes sans avoir à en parler à quelqu'un dans la vraie vie tant qu'ils ne e sentent pas prêts. Je veux seulement montrer à quel point le coming out peut être bénéfique et rendre la vie plus simple. J'ai rencontré des centaines de personnes LGBT dans ma vie et je vous assure que c'est toujours le cas."

L'idée du coming out n'est plus aussi explosive qu'auparavant et pour ceux qui ont la chance d'être nés dans des communautés ultra-libérales, il ne subsiste que peu de discrimination à leur égard. Mais pour beaucoup de jeunes qui s'identifient différemment ou s'éloignent des cases qu'on assigne au genre et à la sexualité, le rite de passage est bénéfique, en tout point. Dire qu'on n'appartient à rien, c'est déjà dire qui on est - et c'est un grand pas pour soi et pour les autres. 

@rucomingout

@stonewalluk

Credits


Texte : Nick Levine
Photographie : Capture du film "Mondo homo : a study of french gay porn in the seventies" réalisé par Hervé Joseph Lebrun et diffusé dans le cadre de Chéries Chéri le dimanche 29 Novembre au MK2 Beaubourg.