la génération z va-t-elle changer le monde ?

La génération Z est ultra rapide, mobile et sur connectée. On disait que la génération Y était complètement centrée sur elle-même et si la génération Z avait les moyens (et l’envie) de vraiment changer les choses ? La génération Z est ultra rapide...

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23 Mars 2015, 10:45pm

Quand on parle social ou politique, les militants interviewés s'accordent tous sur un point : Internet aidera à bâtir un monde meilleur. C'est par et avec les yeux de notre génération que nous pourrons faire avancer les choses et le monde. Le changement survient lorsque nous prenons part aux histoires qui nous "animent et nous inspirent." C'est ce que pense Tamsin Omond, une jeune militante écologiste, candidate au "Green Party" (les "verts" anglais.) "Être au courant de ce qu'il se passe à l'autre bout de la planète en temps réel sur notre téléphone, c'est déjà une très belle histoire." En d'autres termes, si nous sommes plus à l'écoute du monde qui nous entoure c'est que nous avons la capacité de l'atteindre et de le sentir. Presque la moitié de la planète est aujourd'hui connectée à Internet et un quart de sa population tient un smartphone entre ses mains.

"Internet est souvent considéré comme le trou noir du militantisme", explique Rowan Davis, une activiste transgenre de 19 ans. Mais elle se reprend rapidement pour défendre la toile : "Internet a littéralement bouleversé ma vision et ma compréhension du monde. Il me donne les outils pour comprendre et prévoir les sources de l'oppression politique." Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les inégalités sociales ou se taire face aux injustices - à l'âge de l'information, tout est là, devant nous ; tout le temps.

Lors des manifestations Euromaïdan en Ukraine (Novembre 2013) Facebook et Twitter sont non seulement devenus les arènes de tous les combats aux yeux du monde entier ; mais ils sont aussi devenus les armes les plus puissantes du peuple contre l'oppression politique : elles ont permis le partage des informations, l'échange de médicaments et de conseils juridiques entre les manifestants. Huit jours après sa création, la page Facebook Euromaïdan récoltait plus de 80 000 likes. La même année, des milliers de manifestants s'emparaient du parc de Gezi à Istanbul. Armés de leurs smartphones, les Turcs abreuvaient les réseaux sociaux de news en temps réel. En réaction à l'homogénéité et la suprématie des médias locaux, se créait une nouvelle forme de journalisme, citoyen et participatif. En ce sens, le phénomène du hashtag s'est hissé au-dessus des médias traditionnels - il démocratise l'information, déculpe notre perception des événements et nous incite à l'action.

Pour les générations Y et Z, Internet stimule la conscience collective. Des plateformes comme Change.org et justgive.org encouragent notre volonté à donner, signer et soutenir une cause. En 2014, le hashtag #nomakeupselfie a permis de lever plus de 8 millions de livres sterling pour la sensibilisation au cancer. De son côté, le #icebucketchallenge a atteint les 100 millions de $ pour lutter contre la maladie de Charcot.

Ce cyber militantisme répond au nom de "clicktivisme", un néologisme anglais formé par la fusion du "click" et de l'"activisme". Mais cette tendance a été vivement critiquée : les techniques marketing, le peu d'effort requis pour participer ainsi que la surévaluation des chiffres sont fréquemment pointés du doigt. "Militer dans la vraie vie est d'autant plus importan" souligne Lisa Clarke, une activiste de la campagne "No More Page 3" (littéralement "Stop à la page 3", ce mouvement féministe a été créé en réponse au tabloïd anglais The Sun, dont la page 3 présentait de façon systématique depuis sa création, la photo pleine page d'une femme seins nus. En janvier 2015, face au succès grandissant du mouvement "no more page 3" The Sun a dû arrêter cette tradition vieille de 45 ans, ndt.) "Mais il peut être difficile pour les militants d'adhérer à un mouvement pour des raisons géographiques, par manque de temps ou de confiance." poursuit-elle. Pour la campagne No More Page 3, le cyber militantisme a été un instrument très efficace pour faire pression sur le Sun : "On envoie un tweet à l'annonceur, on l'engage à suivre le mouvement, en moins de deux minutes, on assiste à un soulèvement des consciences qui est exponentiel."

Bryony Beynon est le co-directeur de Hollaback, une organisation qui lutte contre le harcèlement de rue et défend l'idée selon laquelle, se faire siffler n'est pas "normal." Si elle reconnaît que "les réseaux sociaux permettent à chacun de partager son expérience", elle insiste néanmoins sur "la nécessité de manifester dans les rues et de partir à la rencontre d'autres militants" afin de revendiquer haut et fort ce en quoi on croit. Son conseil aux jeunes militants ? Sortir la tête de l'écran, échanger avec les autres, élaborer des stratégies d'action : "dans le monde réel et pas juste sur son compte Twitter."

Les écrans nous déconnectent-ils de la réalité ? Rowan Devis était devant son ordinateur quand elle a lu la lettre d'adieu de Leelah Alcorn, jeune transgenre de 17 ans, morte pour susciter une prise de conscience du monde envers la transphobie. Rowan a créé un événement Facebook pour des vigiles en l'honneur de Leelah. La semaine suivante plus de 100 personnes se sont rendues au Trafalgar Square pour faire crier leur colère "contre l'industrie psychiatrique américaine, la transphobie et le patriarcat."

"Les batailles que l'on mène dans un cadre particulier sont inextricablement liées à d'autres. Sans Internet, nous n'aurions jamais entendu parler de Leelah" nous rappelle Rowan. "Ses parents l'auraient enterré sous son nom de naissance, personne n'aurait entendu parler de sa transformation, de son désir de devenir quelqu'un d'autre. Son histoire aurait disparu sous terre avec elle. À travers son Tumblr et son compte Twitter, elle a pu se faire entendre par des millions de gens. Et c'est pour cette raison qu'Internet est primordial : il donne aux gens en marge un pouvoir et une visibilité qu'ils n'ont jamais eus avant la naissance d'Internet. Personne n'aurait eu vent des sept femmes noires transsexuelles assassinées aux Etats-Unis depuis le début de cette année — ni de #blacklivesmatter, ni d' Occupy Wall Street. "

Pour tous ces militants, il n'y a pas d'échappatoire à Internet et autant que possible, il faut s'en servir pour changer le monde. "Internet est un instrument, un moyen de communication capable d'insuffler une prise de conscience. À nous de transformer ces prises de conscience en actions intelligentes" prône Tamsin Omond. La mort de Michael Brown à Ferguson en 2014 a suscité l'indignation générale. En Août 2014, l'organisation politique secrète London Black Revs a été à l'initiative d'un die-in (un sitting où les manifestants s'allongent en signe de solidarité au défunt) de plus de 800 personnes dans un centre commercial. "Nous avons une très forte influence sur les réseaux sociaux, et ils nous servent généralement à soutenir et relayer nos actions sociales et nos manifestations politiques, expliquent-ils. Mais nous avons aussi nuancé l'idée que l'activisme en ligne doit nécessairement avoir une réponse pratique, dans la vraie vie."

Sur la toile, il faut souvent creuser avant de dénicher du bon et de l'utile. De son côté, le groupe de punk londonien Skinny Girl Diet s'insurge et prône un changement. "Internet est utilisé de la mauvaise manière, assure la guitariste et chanteuse Delilah Holliday. La plupart des gens qui ont de la notoriété sur la toile l'utilisent à mauvais escient. Les gens passent plus de temps à s'exhiber sur la toile qu'à changer les choses. Les robes à paillettes font plus de vues que les résultats des élections. Des gens sont kidnappés tous les jours et la couleur d'une robe marque plus les esprits." Une proche du groupe, Ursula, acquiesce. Elle pense que le media importe peu. Ce qui compte, c'est la cause pour laquelle on se bat : "Il faut manifester dans les rues, réunir les gens, fonder un groupe avec des paroles engagées, faire de l'art - être sûr de ses opinions et tenter de les défendre jusqu'au bout, quelqu' en soient les outils." Sorties de l'adolescence depuis peu, les filles participent aux manifs étudiantes de Londres et ont levé des fonds pour de nombreuses causes, comme la libération des Pussy Riots ou la création de logements sociaux en Angleterre.

De l'environnement à la politique en passant par les inégalités sociales et pour le futur de notre planète, la Génération Z a le choix de puiser dans des millions de problématiques - alimentées par les réseaux sociaux et déployées sur la toile. Parfois, on a juste envie de désespérer face à tant d'horreur. Mais le militantisme allie l'optimisme à l'action. "Fais ce qui te rend vivant et fier d'être en vie", rappelle sagement Tamsin. Ne rien simuler. Lorsque tu as trouvé ton truc - ce en quoi tu crois - dis-le aux autres. Invite-les à s'engager. N'aie pas peur. Sois fidèle à toi-même. Tout simplement. 

@MillyAbraham

Credits


Texte Amelia Abraham