Photographie : Maxime Reynié

Des gilets jaunes au black bloc, j'ai photographié la révolte française

À Notre-Dame-Des-Landes, Bobigny ou Auch, le jeune photographe Maxime Reynié immortalise les rassemblements qui secouent toute la France.

par Marion Raynaud Lacroix
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01 Mai 2019, 8:49am

Photographie : Maxime Reynié

Cet article a initialement été publié par i-D France.

À l'heure où des milliers de personnes s'apprêtent à descendre dans les rues pour y manifester leur colère, i-D a rencontré Maxime Reynié, jeune photographe dont les clichés immortalisent les manifestations françaises. De la détermination infaillible des Gilets Jaunes à la brutalité alarmante des policiers, il nous a parlé des conditions dans lesquelles exerçaient les journalistes indépendants pour faire leur métier. Au risque - Gaspard Glanz l'a récemment montré - de mettre leur vie et leur liberté en danger

Maxime Reynié

Comment as-tu commencé la photographie ?
Ma première manif en tant que photographe, c’était à Toulouse au moment de la mort de Rémi Fraisse. Je n’avais pas d’expérience. J’ai débarqué sans la moindre connaissance du terrain et j’ai donc fait un peu n’importe quoi, pour finir par me casser une côte. Ça peut sembler étrange dit comme ça mais quand je suis rentré chez moi, je me suis dit que je ne m’étais jamais senti aussi vivant. C’est ce qui m’a donné envie de recommencer.

Après ça, quels rassemblements marquants as-tu couvert ?
Il y a eu la loi travail, les manifestations qui ont suivi la mort de Clément Méric, jeune antifa tué par un skinhead, Sivens, les soulèvements en banlieue à la suite de la mort de Théo et Adama Traoré. J’ai aussi passé du temps à Notre-Dame-Des-Landes. Plus récemment, je me suis forcément intéressé aux Gilets Jaunes et j’ai passé plusieurs semaines à Auch dans le Sud-Ouest pour voir comment le mouvement prenait là-bas.

Maxime Reynié

Quels changements as-tu pu observer depuis que tu as commencé ce métier ?
On travaille dans des conditions de plus en plus difficiles : on est nombreux à ne pas pouvoir prétendre à la carte presse, on passe notre temps à jouer au chat et à la souris avec la police, on nous confisque régulièrement notre matériel, on se prend des coups, des tirs tendus de grenades lacrymo... Grâce aux Gilets Jaunes, la France a découvert les violences policières, qui se sont généralisées face à une population qui n'était pas militante de base. Elles existent depuis longtemps mais malheureusement, quand elles étaient exercées contre les ultras ou en banlieue, les gens avaient plutôt tendance à penser qu'elles étaient justifiées.

Tu as approché les Black Blocs. Peux-tu nous parler de cette expérience ?
C’est un travail qui s’est fait petit à petit, il a fallu que je les apprivoise, que je gagne leur confiance. On peut ne pas être d’accord avec la stratégie du Black Bloc, ça ne doit pas empêcher de parler d’eux. On ne peut pas se contenter des versions officielles quand il s'agit de documenter les mouvements sociaux. Ce qui me rend fou, c’est qu’on nous accuse de prendre parti, d’être des militants et de ne pas faire notre travail de journalistes. Ça n’a pas de sens : tout le monde part de sa propre subjectivité pour approcher un sujet. Ce qu’on peut essayer de faire, en revanche, c’est d’être au plus près de la réalité.

Parmi les souvenirs que tu gardes en tête, y en a-t-il un qui t’a marqué plus qu’un autre ?
Je serais incapable de t’en citer un plus marquant qu’un autre. C’est toujours des moments très particuliers : en quelques heures, il se passe un nombre incalculable de choses. Je crois que ce qui reste, c’est la solidarité sur le terrain, l’entraide, la protection dont on parvient à faire preuve les uns vis-à-vis des autres. C’est très bizarre : tu assistes à des scènes de guerre, extrêmement violentes et douloureuses – on parle quand même de personnes éborgnées et de mains arrachées – et en même temps, tu vis de vrais moments de fraternité.

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Crédits

Photographie : Maxime Reynié © Hans Lucas

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