Une fille facile de Rebecca Zlotowski

8 acteurs et actrices repérés à cannes

Il y a tout juste un mois, le festival de Cannes déroulait son tapis rouge. Parmi les comédiens qui le foulaient pour la première fois, en voilà 8 dont on attend avec impatience le retour au cinéma.

par Rémi Guezodje et Marion Raynaud Lacroix
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19 Juin 2019, 11:48am

Une fille facile de Rebecca Zlotowski

Mina Farid dans Une fille Facile de Rebecca Zlotowski

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À la Quinzaine des Réalisateurs, Rebecca Zlotowski présentait Une fille facile, un conte d’été en forme de récit d’apprentissage sous le soleil provençal. Zahia Dehar y faisait ses premiers pas en tant qu’actrice, prouvant sa capacité à jouer de son image en faisant entendre une voix – doucement rohmerienne - qu’on le lui connaissait pas. Si l’apparition de Mina Farid aura forcément été moins commentée que la sienne, il s’agissait aussi du premier film de cette jeune fille repérée à Cannes par Rebecca Zlotowski il y a tout juste un an, alors qu’elle se rendait au festival. Elle incarne Naïma, une lycéenne qui ignore encore ce qu’elle fera une fois l’été terminé, impressionnée par sa cousine de passage chez elle pour quelques semaines. Moins sulfureuse, plus réservée, Mina Farid parvient à donner au personnage de Naïma une discrétion touchante, dont les silences n’évacuent pas la complexité.

Thomas Daloz dans Les Particules de Blaise Harrison

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Dans Les Particules, Thomas Daloz incarne P.A, un jeune homme désoeuvré dans sa petite ville du Pays de Gex, à la frontière franco-suisse, tout près d'un accélérateur de particules. Pour ce premier long-métrage présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, Blaise Harrison a choisi de cultiver le flou entre documentaire et fiction, souhaitant « inscrire le film dans un contexte réel, travailler avec des acteurs non-professionnels, en équipe légère, nourrir la fiction de la réalité. (…) Je me suis imprégné de mon adolescence, mais j'ai aussi voulu rencontrer des jeunes d'aujourd'hui, comprendre leurs envies, leurs peurs, avoir une idée de leurs préoccupations et de ce qui les animait aujourd'hui », affirmait-il. Dans le rôle principal, le jeune Thomas Daloz prête ses traits singuliers à cette jeunesse dont le quotidien morose laisse place à une vie intérieure intense. Si vous ne l'avez pas encore vu, sachez que Les Particules est toujours en salle.

Djanis Bouzyani dans Tu mérites un amour de Hafsia Herzi

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Djanis Bouzyani et Karim Ait M'Hand

En 2011, Djanis Bouzyani et Hafsia Herzi se rencontrent autour du film Le Chat du Rabbin dont ils assurent tous deux le doublage. « On était des bébés, mais on ne s’est pas quittés depuis. On a un lien de frère et soeur, et consciemment ou pas, ça a forcément dû jouer dans l'écriture de mon personnage » raconte Djanis. Pour son premier film en tant que réalisatrice présenté à la Semaine de la critique à Cannes, Hafsia Herzi - qui incarne le personnage principal - l’a donc sollicité pour jouer Ali, meilleur ami flamboyant et sensible dont le grand coeur s'abrite derrière un humour grinçant. « On n’avait que 2 ou 3 prises pour chaque scène : Hafsia n'avait pas d'argent donc on ne pouvait pas se permettre de retenir les techniciens. Elle mettait grave la pression et ça a hyper bien marché avec moi. J'étais tellement à fond que je m'enregistrais sur mon téléphone pour connaître le texte par cœur. Même en dormant, je le laissais tourner : je voulais que ce personnage soit à moi. » Danseur un temps expatrié à Los Angeles, Djanis vit aujourd'hui à Paris et se voit bien continuer dans le cinéma, à condition que les rencontres soient à la hauteur des projets qu'on lui propose. « Un rôle incroyable proposé par quelqu'un que je ne peux pas aimer, je passe mon tour. La vie est trop courte pour se prendre la tête. »

Wislanda Louimat dans Zombi Child de Bertrand Bonello

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Dans Zombi Child, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, Bertrand Bonello met en scène de jeunes filles studieuses recluses à Saint-Denis, à l’ombre des arbres centenaires du pensionnat de la Légion d’honneur. Si l’institution est teintée d’archaïsme, les adolescentes qui l’habitent baignent dans notre époque; leur sororité littéraire se fonde donc bel et bien sur le culte de Damso, et les rites vaudous se mêle aux amours fantasmés sur internet. Jeune fille en fleur ou anthropophage inquiétante, Wislanda Louimat incarne Melissa – nouvelle camarade de dortoir et petite fille de zombi haïtien – avec une retenue presque terrifiante qui fait son charme et sa virtuosité. Ce drame aux accents de série B fantastique offre à l’intrigante Wislanda Louimat son premier rôle au cinéma et donne (surtout) envie de suivre le chemin que commence à tracer la jeune actrice, dont, on le sent à l’image, B.Bonello est « un peu tombé amoureux ».

Luana Bajrami dans le Portrait de la jeune fille en feu par Céline Sciamma

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Céline Sciamma connaît bien Cannes : en 2014, elle faisait l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs avec son film Bande de filles. Cette année, c’était en compétition officielle qu’elle présentait son magnifique Portrait de la jeune fille en feu. Couronné d’un prix du scénario amplement mérité, le film plante son décor dans une maison isolée, quelque part sur une île en Bretagne. Promise à un homme dont elle ignore tout, Héloïse (Adèle Haenel) refuse de poser pour son portrait de mariage. Chargée de la peindre, Marianne (Noémie Merlant) l’observe donc à son insu pour livrer d’elle le tableau le plus fidèle. Si l’intrigue s’articule autour des deux jeunes femmes et de leur passion naissante, Sophie, domestique à peine sortie de l’adolescence, y tient une place fondamentale. Incarnée par Luana Bajrami, elle apporte au film une retenue puissante et complète le tableau de la condition féminine esquissé par Céline Sciamma. Si son intensité dans L’heure de la sortie le laissait déjà pressentir, il est désormais certain que vous n’avez pas fini d'entendre parler de cette comédienne d’à peine 18 ans.

Idir Ben Addi dans Le jeune Ahmed par Jean-Pierre et Luc Dardenne

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Les frères Dardenne, doubles lauréats de la palme d’or ( Rosetta, L’Enfant), présentaient cette année Le jeune Ahmed – toujours en salle - en compétition officielle. C’est dans la Belgique contemporaine qu’Idir Ben Abdi interprète Ahmed, jeune garçon de 13 ans aux airs de chérubin, pourtant partagé entre l’intégrisme de son imam et l’affection d'une enseignante cherchant à l'en écarter. Les réalisateurs tentent de saisir les rouages obscurs du radicalisme, observant la vie spirituelle complexe d'un garçon au seuil de l’adolescence - qui vous rappèlera la ténacité de la jeune Rosetta. « Je ne me suis pas préparé, j’ai juste appris le texte », affirme Idir Ben Abdi, et cette candeur est peut-être le secret de la sincérité de sa performance, tournée vers l'intériorité. Si leur présence en compétition n'avait rien de très surprenant, la prestation d’Idir Ben Abdi était, quant à elle, une véritable nouveauté.

Mama Sané dans Atlantique par Mati Diop

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Dans Atlantique, Grand Prix du Festival de Cannes, Mati Diop s'attarde sur l’histoire de jeunes femmes traditionnellement occultées des récits d’émigration. Ada est amoureuse de Souleiman – un jeune ouvrier, mais le jour où son amant prend le large, forcée de se marier à un autre, sa vie est bouleversée. C’est la jeune Mama Sané qui incarne ce personnage et livre sa première apparition au cinéma : « Cette première expérience d'actrice était à la fois magnifique et très difficile » explique-t-elle. Si la présence évanescente et contemplative de l'actrice rappelle celle d'Emma Bovary à sa fenêtre, le film est d'abord ancré dans la culture sénégalaise. « On n'a pas besoin de sortir du pays (… ) Ce film, c’est aussi le choix de vivre sa vie » affirme Amadou Mbow, qui interprète Issa, le commissaire chargé d’enquêter sur les évènements mystérieux qui ponctuent la nuit dakaroise. Aux côtés de Mama Sané, il incarne un personnage désireux de comprendre le monde qui l’entoure et le mystère enveloppant la disparition des hommes en mer. À eux deux, ils offrent au film un souffle romanesque qui donne envie de suivre leurs pas au cinéma, en France ou au Sénégal.

Issa Perica dans Les Misérables par Ladj Ly

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Premier long-métrage de fiction de Ladj Ly, Les Misérables s’est frayé une entrée en compétition officielle fracassante, déclenchant les acclamations du public et décrochant, au passage, un prix du Jury. Le sujet du film est pourtant loin du tapis rouge sur lequel il était présenté : l’intrigue se concentre autour de l’intégration d’un policier peu aguerri (Damien Bonnard) au sein d’une unité de la BAC formée par deux flics dont les méthodes ignorent la loi. Un jour, un garçon se retrouve ciblé par une interpellation qui dégénère. Il est interprété par Issa Perica, dont c’est la toute première apparition au cinéma. Rebelle solitaire, il passe le plus clair de son temps à essayer d'échapper au contrôle des adultes et à se réfugier loin de l'animosité qui l'entoure. Son regard perçant et sa révolte contenue ne laissent pas de place au doute : voilà un nouveau visage sur lequel le cinéma va pouvoir compter.

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