Photographie Keith Oshiro

sauvez les océans, faites du surf !

i-D est allé à la rencontre du jeune surfeur Keala Naihe devenu artiste et militant écologique. Il nous a expliqué comment son héritage hawaiien avait guidé sa mission pour préserver la terre et les océans.

par J.L. Sirisuk
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26 Avril 2019, 8:29am

Photographie Keith Oshiro

Kealamakia « Keala » Naihe surfe depuis qu’il a trois ans, et cela lui a permis de développer une relation à l'eau à la fois privilégiée, profonde et durable. « D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours surfé, je suis quasiment né dans l’océan », nous confie Keala, surfeur professionnel, mannequin et artiste multidisciplinaire originaire d'Hawaï et aujourd'hui basé à Los Angeles. Dernier d’une longue lignée de surfeurs, son nom a une résonance particulière dans la culture hawaïenne - c’est un descendant du Chef Naihe de Kona (la Grande Île), qui était un orateur ainsi qu’un champion de surf à l’époque du premier royaume hawaïen. Il est donc peu surprenant que Keala ait été élevé dans le plus grand respect et le plus grand amour de la nature et de nos océans.

Des plages hawaïennes aux côtes australiennes, Keala a remporté de nombreux titres. Il a surfé dans l’équipe de junior d’Hawaï jusqu’à ce qu’il se casse la jambe au cours d’une compétition, quand il avait 19 ans. Lors de ce temps passé hors de l’eau, il a embrassé d’autres moyens d’expression tels que la peinture ou le mannequinat (chez Dior Homme, Sperry et RCVA). Son esprit expressif, ambitieux et son profond respect pour la nature ont poussé Keala à utiliser son influence dans le milieu du surf pour militer pour une eau propre via son travail avec les ONG Surfrider et Lonely Whale. i-D s’est récemment entretenu avec Keala, qui s'est confié sur son enfance hawaiienne, l’impérieuse nécessité de garder nos océans propres, et ses projets pour le Jour de la Terre.

Comment vas-tu aujourd’hui?
Je vais très bien - je passe du temps avec mon fils.

Depuis combien de temps vis-tu à Los Angeles ?
Ça fait quatre ans et demi que je vis à LA.

Tu es passé d’un climat chaud à un autre. Parle-nous de ton enfance à Hawaï. De quelle manière penses-tu que grandir ici a influencé la personne que tu es devenue?
Je suis né et j’ai grandi à Kona, à Hawaï. J’étais entouré par la nature, et le soin de la terre et des océans fait partie intégrante de notre culture. Ma famille est profondément ancrée à Hawaï, et en tant que natif Hawaiien, je veux transmettre cette culture, cette attention portée à la terre et l’océan. Enfant, j’ai toujours été attiré par l’océan, c’est une immense partie de ma vie. J’ai passé presque tous les week-ends de ma jeunesse à la plage et j’ai commencé à surfer vers trois ou quatre ans. Tous mes amis sont pêcheurs ou surfeurs, ils ont tous une activité en rapport avec l’océan.

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Ta famille est profondément ancrée dans le milieu du surf. Quels sont tes premiers souvenirs liés au surf ?
Avant même de commencer à surfer, j’allais toujours à la plage avec mon père. Il m’emmenait nager, puis on allait surfer. Il dit que j’ai toujours aimé quand les vagues me submergeaient. Quand j’avais 3 ans, mon oncle m’a offert une planche de surf à Noël et c’est comme ça que je m'y suis mis.

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire de la compétition en tant que pro ?
J’ai commencé la compétition parce que tout le monde surfait dans mon groupe d’amis. Quelques-uns se sont mis à la compétition, alors j’ai voulu faire pareil. Au début, c’était juste pour le fun, puis je m’y suis mis un peu plus sérieusement, et j’ai gagné mon premier titre national à 13 ans. À 17 ans, j’ai gagné un autre titre national et j’ai surfé dans l’équipe de surf junior d’Hawaï. Je me suis cassé la jambe en surfant en 2012, et depuis, j’ai arrêté la compétition, mais j’ai toujours des sponsors, et je continue à passer mon temps à surfer.

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Peux-tu nous parler de la période qui a suivi l’arrêt de la compétition pro ? Comment t’es-tu tourné vers de nouvelles activités créatives ?
Petit, j’ai toujours aimé peindre et dessiner. Quand je me suis cassé la jambe, j’ai eu beaucoup de temps libre. Je ne pouvais pas faire grand-chose, alors je me suis remis à peindre, et je suis retombé amoureux de cette discipline. J’ai soudain pu concrétiser toutes ces idées cool qui sommeillaient en moi. Je créais de l’art inspiré de la nature, des océans, et de plein d’endroits magnifiques où j’ai pu voyager grâce au surf.

Est-ce grâce à la façon dont tu as été élevé que tu réalises à quel point les océans sont précieux ?
Absolument. Quand on allait à la plage, quand j’étais petit, mes parents nous faisaient nettoyer derrière nous quand on repartait. Ils disaient qu’ils voulaient la laisser aussi belle qu’ils l’avaient trouvée, voire plus encore, pour la prochaine personne. Chaque fois que je vais à la plage, je fais de mon mieux pour la laisser en bon état – aussi belle que je l’ai trouvée, voire plus encore, pour la prochaine personne. Comme le faisaient mes parents.

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C’est ce profond respect pour la nature qui t’a poussé à t’impliquer dans des ONG telles que Surfrider. Comment les as-tu découvertes ?
Un membre de ma famille m’a offert une souscription à Surfrider quand j’avais 8 ans, c’est comme ça que j'ai découvert ce que c'était. C’est aussi l’époque où je me suis vraiment mis à surfer – j’en ai appris plus sur leur activité et sur ce qu’ils faisaient pour protéger les océans et les plages, et ça m’a vraiment parlé. Je voulais vraiment m’impliquer d’une manière ou d’une autre. Ce qu’ils font est génial. C’est vraiment l'ONG la plus active et la plus respectée dans la communauté du surf, et c’est super facile de prendre contact avec eux. Ils ont des antennes locales dans le monde entier, c’est l'asso idéale si vous voulez militer pour la protection des océans.

Quelle est ta meilleure expérience de nettoyage de plage avec Surfrider ?
Mon nettoyage de plage le plus mémorable a eu lieu durant une compétition de surf chez moi, à Kona. Ça s’appelle le Keiki Surf Classic, et c’est organisé par Shane Dorian, un grand surfeur pro. En plus d’organiser des nettoyages de plage, la compétition encourage aussi les gamins à réussir à l’école. Il faut avoir au moins 11 de moyenne générale pour participer à la compétition, et elle est gratuite - il suffit de faire don de deux boîtes de conserve pour les moins fortunés. Je pense que contribuer à quelque chose que l’on aime est ce qu’il y a de mieux, et que quand on donne, ou qu’on fait du bénévolat, on fait quelque chose de bien. Pour moi, il est important de faire quelque chose pour la prochaine génération, je veux que mes enfants puissent profiter de l’océan et je veux que mon fils puisse aller sur des plages aussi propres que quand j’étais petit

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Tu es un artiste, mais aussi un militant. As-tu un modèle, qui te semble avoir réussi à allier créativité et activisme environnemental ?
Je pense que Kelly Slater est un assez bon exemple en la matière. C’est une immense légende du surf, il est super connu, mais c’est également une voix très importante, qui plaide pour une alimentation et une vie saine, et pour des choix durables. Il essaie d’éduquer les gens grâce aux réseaux sociaux et publie sur tout un tas de controverses qui ont lieu dans le monde entier, en particulier lorsqu’il s’agit des océans. Il a également une marque de vêtements nommée Outerknown qui incarne toutes ses valeurs et son approche durable de la vie.

Quel message espères-tu transmettre?
En plus de travailler avec Surfrider, je suis également impliqué avec Lonely Whale. Je prévois de faire une pub pour eux. Je suis très excité par ce projet. Le but de Lonely Whale, c’est d’inspirer à agir pour les océans. Tout comme Surfrider, ils ont un certain nombre d’activités, et l’une d’entre elles est un programme d’éducation pour la jeunesse. Je trouve ça super cool, parce que je pense que la priorité numéro un est d’éduquer les générations futures et de leur faire prendre conscience de la situation dans laquelle nous sommes afin qu’ils puissent faire de meilleurs choix et arranger les choses. La pub que je vais faire parle des bouteilles en plastique à usage unique et de comment s’en débarrasser pour aider à nettoyer nos océans.

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Et d’un point de vue artistique, quels sont tes plans ?
L’un de mes grands objectifs est de monter une exposition - peut-être d’y inviter d’autres artistes inspirés par la nature et l’océan. Je pense que ça serait super de pouvoir faire don des bénéfices, ou de vendre des pièces, et de faire don des profits pour aider à nettoyer l’océan.

Qu’as-tu de prévu pour le Jour de la Terre?
Je vais probablement aller à la plage et surfer, puis ramasser les déchets au coucher du soleil avant de partir. Et je vais traîner avec ma famille.

Crédits

Photographie Keith Oshiro

Stylisme Jake Sammis

Grooming Lauryn Tullio

Production The Hyphen8

Cet article a été initialement publié sur i-D US.