en france, un teen movie transcende l'ennui des villes moyennes

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, le film « Les Particules » sonde les mystères de l'adolescence dans un décor de ville moyenne.

par Marion Raynaud Lacroix
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05 Juin 2019, 8:28am

P.A habite une ville moyenne dans laquelle il ne se passe pas grand chose. Pourtant, sous terre, pendant qu'il trompe l’ennui avec sa bande de copains, un accélérateur de particules travaille à sonder les mystères de l’univers. Premier long-métrage de Blaise Harrison présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, Les Particules est un teen movie fantastique fondu dans une ambiance naturaliste - grise, banale et doucement inquiétante. Porté par une ambiance sonore précise et menaçante, le film repose sur les épaules d'acteurs non-professionnels, parmi lesquels Thomas Daloz - premier rôle au long visage habité, jamais passé devant une caméra. « J’ai eu envie de réfléchir à une fiction qui serait proche de ma démarche documentaire, racontait le réalisateur lors de la séance de questions qui lui étaient adressées à Cannes. Je voulais inscrire le film dans un contexte réel, travailler avec des acteurs non-professionnels, en équipe légère, nourrir la fiction de la réalité. Je me suis imprégné de mon adolescence, mais j'ai aussi voulu rencontrer des jeunes d'aujourd'hui, comprendre leurs envies, leurs peurs, avoir une idée de leurs préoccupations et de ce qui les animait aujourd'hui. »

Entre leur désintérêt pour le lycée, le ciel couvert et les lotissements déserts, P.A et ses copains font du camping, écoutent de la trance et regardent les filles. Tranquilles en surface, ils traversent un état d’éruption – l’adolescence – où, sous le calme des apparences, des forces contraires s’affrontent et se déchirent. Pendant ce temps-là, sous leurs pieds, la question de l’origine de la matière secoue la terre. Tourné au pays de Gex, région française à la frontière de la Suisse, le film circule à travers les sensations du réalisateur, lui-même issu de ce territoire singulier, ni vraiment ville ni vraiment campagne. « En tant qu'adolescent, c’est un endroit où l'on s’ennuie vite. Mais avec le recul, je me suis rendu compte que ce lieu assez banal ressemblait à pleins de régions de France entre la ville et la campagne. C’est proche du Jura et en sous-sol, il y a cet accélérateur de particules qui reproduit le niveau d'énergie du Big Bang – c’est une région très banale, pleine d'étrangeté et de mystère. »

Progressivement, la chronique lycéenne bascule vers le drame : le meilleur ami de P.A disparaît et ses hallucinations psychocatives vont prendre l'apparence de la réalité. Le monde des adultes va donc essayer de saisir celui des lycéens et c'est là que le film déploie sa force - suggérant la faille spacio-temporelle qui sépare les adultes des adolescents, et leur impossible compréhension d'un âge qui échappe à la rationalité. « Dans le domaine de la physique quantique, les découvertes finissent par nous donner l'impression qu'au fond, on ne sait pas grand chose, poursuit Blaise Harrison. Cela peut être très angoissant : certaines théories reconfigurent totalement notre façon de voir et de percevoir le monde. C'est un vertige qui fait écho aux angoisses de mes personnages. » Et aux nôtres.

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