Ali en Treehouse, 2000, Fotografia di Cass Bird

une exposition de cass bird nous plonge dans l'intimité de sa chambre

À Brooklyn, la photographe dévoile une nouvelle exposition mêlant de joyeux portraits à des clichés plus personnels.

par Emily Manning
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18 Septembre 2017, 9:11am

Ali en Treehouse, 2000, Fotografia di Cass Bird

Quand j'appelle Cass Bird pour lui parler de lits, je suis allongée dans le mien, entourée de magazines au-dessous d'un poster de Quentin Blake. Quand elle s'excuse et qu'elle met mon appel en attente le temps de se rabibocher avec Ali, sa femme, je réalise que les chambres sont sans soute nos autoportraits les plus intimes. Musées personnels, ils sont les laboratoires d'expérimentations de ce que nous voudrions être. Aujourd'hui, c'est au tour de la photographe Cass Bird de nous ouvrir les portes de la sienne.

In Bed, la nouvelle exposition de la contributrice d'i-D, a lieu à Red Hook Labs et rassemble des images archivées sur plusieurs décennies, dont plusieurs mettent en scène l'intimité de la chambre qu'elle partage avec Ali dans leur maison de Brooklyn.

'Twins' (2005), Photographie Cass Bird

Vous l'aurez deviné, de nombreuses images de In Bed mettent en scène des lits. Mais Bird insiste sur le fait que le titre n'est pas à prendre au premier degré, et qu'il ne porte pas de connotation sexuelle. « Pensez au temps que vous passez dans votre lit même lorsque vous n'y faites rien de sexuel. Ces moments dépassent largement ceux où vous êtes sexy, remarque-t-elle. Sur 95% du temps passé au lit, on est dans ses pensées, avec soi-même, sa famille ou au téléphone avec les gens qui nous sont proches. C'est un endroit d'où il est possible de se connecter au monde. »

Une notion de connexion essentielle au parcours de l'exposition : les images ont été sélectionnées parmi les portraits tendres et malicieux de Bird au sein du monde de la mode et parmi ses clichés personnels. Deux œuvres qui s'assemblent dans une proximité évidente, « en symbiose », selon les mots d'Ali.

« Le fait d'entremêler le personnel au professionnel est quelque chose que tu fais tout le temps, à travers l'inimité qui te lie à tes modèles » dit-elle à Cass. Des modèles qui incluent souvent Ali, les deux enfants du couple Leo et Mae ou des mannequins comme Daria Werbowy, que Cass photographie depuis plus de dix ans. « C'est comme devenir capable de reproduire à la maison ce qu'on fait au travail » continue Ali. In Bed expose cette relation.

'Self Portrait with Mae' (2014), Photographie Cass Bird

Parlons d'abord du titre de l'exposition. Pourquoi In Bed ?
Cass Bird : Il y a beaucoup d'images de gens dans leur lit, mais on ne fait jamais explicitement référence à l'objet. C'est plus une question d'atmosphère. Avec les miennes, j'essaie d'aller au cœur du sujet – de retrouver la sensation d'être dans un lit. On peut rire, pleurer, bouger vite ou lentement, dormir, rester éveillé toute la nuit, s'agiter. Les lits sont des lieux d'exploration et d'expérimentation. Je veux retrouver cette variété d'états et cette proximité à travers mes photos.

Comment y parviens-tu ?
CB : Quand on photographie quelqu'un, il s'agit toujours d'une collaboration, d'un travail avec un autre être humain. Dans la mode, il faut faire face à de nombreuses demandes, ce n'est pas le cas lorsqu'on photographie sa propre vie. Mais j'essaie d'approcher les deux univers de la même manière, en traçant ma route à travers différents univers pour trouver une forme d'expression qui ait de l'impact. Il s'agit de trouver cette zone médiane, d'où il est possible de s'amuser.

Une collaboration repose-t-elle sur la confiance pour vous ?
CB : Une collaboration est un acte de compréhension. Mais avoir confiance ne revient pas à poursuivre les pensées et les opinions des gens. C'est un trajet difficile où il faut traverser ses propres expériences, ses propres voyages. Tomber, se rattraper et découvrir que l'on n'est pas mort en chemin. Chercher la confiance ou la validation permanente, c'est comme remplir un seau percé : la confiance va et vient par vagues. Parfois je peux la sentir et parfois je n'arrive pas à la trouver. Pour moi, la véritable force, c'est d'être capable d'honnêteté. Travailler dans l'insécurité est aussi gratifiant que de travailler là où mon instinct est vraiment fort.

'Heather in Yellow' (2015), Cass Bird

Beaucoup d'images de photographes queers (Nan Goldin ou Peter Hujar par exemple) font de la chambre un lieu de désir, d'intimité, de jeu, d'expérimentation et d'affirmation de soi. Ces images d'Ali et de vos enfants jouent sur un registre différent.
CB : Nous n'avons pas peur de nous présenter comme un couple lesbien, ni comme un modèle familial.
Ali Bird : Nous n'avons pas eu de modèles pour faire ce que nous souhaitions. Nous connaissions un couple qui avait un bébé. Mais nous étions adultes à ce moment-là, proches de la trentaine. Je pense que même sans être gay, le fait d'être une femme et de voir un foyer entièrement féminin est quelque chose d'inspirant. Je suis heureuse qu'on puisse contribuer à ce type de représentation.

Parlez-moi de l'installation de la chambre.
CB : Ali et moi partageons notre chambre depuis plus de 15 ans. Cette chambre a pris différentes formes : depuis le temps où nous sortions de l'université pour récupérer des meubles dans la rue, jusqu'à aujourd'hui. À l'intérieur de la chambre, il y aura des photos plus naturelles, plus intimes. Dans notre maison, nous avons un Family Wall, qui regroupe des photos de nous et des enfants. C'est comme une invitation vers ce mur et une façon de créer une atmosphère plus cosy à l'intérieur de l'exposition. Un lit, quelques meubles pour s'asseoir et se sentir bien. Même si je préfère m'allonger.
AB : Cette installation s'attache à reproduire l'intimité qui se dégage de tes images. Peu importe si le travail est une commande ou si c'est une image personnelle, il faut qu'elle reflète l'esprit de la personne photographiée. C'est l'une de tes qualités en tant que photographe, Cass. Certaines images qui mettent en scène des mannequins ne sont pas présentées dans l'exposition et sont pourtant plus belles. Mais moins vraies. Elles rendent moins compte de ce moment précis. Comment se fait-il que la connexion se crée vraiment ? À quoi ressemble un moment qui est vraiment vrai ? C'est ce que nous essayons de comprendre.

Qu'est ce que tu aimerais que les gens se disent en sortant de l'exposition ?
CB : Que je ne suis pas trop nulle ! Je sais que mes images sont parfois plus amusantes mais en ce moment, je fais l'expérience de la solitude et je traverse un moment plus sombre dans mon travail. J'essaie de ne pas me défiler face aux nombreuses émotions qui se présentent, tout n'est pas que joie. Donc j'espère que les gens repartiront avec ce sentiment, même si ce n'est pas forcément le plus agréable.

'Cass Bird: In Bed' est à découvrir au Red Hook Labs à partir du 24 septembre 2017. Plus d'informations ici.

'Rianne & Heels' (2016), Photographie Cass Bird
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