Frédéric Mangenot dans Une robe d'été, de François Ozon

5 (grands) courts-métrages français à voir en streaming

Avant de jouer dans la cour des grands, les cinéastes français les plus acclamés ont commencé par voir petit. La preuve en 5 court-métrages à découvrir en streaming.

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16 octobre 2017, 12:21pm

Frédéric Mangenot dans Une robe d'été, de François Ozon

Ramasser son propos, aller à l'essentiel ou couper court à une éventuelle longueur - autant de recommandations qui jalonnent le chemin de la création. À chaque discipline ses genres dits « mineurs » : comme la littérature, qui ne réserve qu'une place étroite à la nouvelle, le cinéma ne célèbre que (trop) rarement l'intensité du court-métrage. Pourtant, penser le talent mesurable en nombre de signes ou en mètres de pellicule revient à passer à côté d'oeuvres qui se jouent des contraintes formelles pour en faire leurs alliées. Si vous avez encore des doutes, découvrez 5 courts-métrages qui célèbrent la brièveté pour défendre, en l'espace de quelques minutes, leur vision singulière du monde, de l'amour et de la création. De quoi donner des envies de cinéma, confortablement assis devant votre ordi ou - pourquoi pas vous ? - debout et agité derrière une caméra.

Une robe d'été, de François Ozon


Avant que Xavier Dolan ne s'empare de « Bang bang » de Dalida pour en faire l'hymne des Amours Imaginaires, c'est François Ozon qui a failli rendre culte la version de Sheila . « Il y avait déjà longtemps que l'amour avait remplacé notre amitié », susurrent les paroles, comme en écho au passé des deux beaux garçons qui ouvrent le film, parfaitement disposés à aimer se détester. Livrés à eux-mêmes dans la chaleur d'une maison de vacances, les deux amants se disputent avant que l'un d'eux ne fuie à vélo pour s'isoler sur la plage. Nu sur le sable, il y fait la rencontre d'une jeune fille. Renversement des codes, ironie camp, beauté des corps et fascination pour la jeunesse : Ozon n'a alors pas encore réalisé de long-métrage mais les ingrédients de son cinéma sont déjà là, dans un film où le goût du sel se mélange à la brûlante caresse du soleil.

Foutaises, de Jean-Pierre Jeunet


Auréolé d'un César en 1991, ce film de quelques minutes inaugure un langage poétique devenu célèbre. En faisant énoncer à un personnage ce qu'il aime et ce qu'il n'aime pas, Jeunet pressent ce qui fera le triomphe d'Amélie Poulain : des petits riens qui bout à bout, forment un tout. Pour incarner la banalité du quotidien, il impose la gueule de Dominique Pinon et ébauche un univers désormais culte : un présent qui semble figé dans le passé, des questionnements existentiels tapis sous la rengaine du quotidien. À la façon d'un Georges Perec, Jeunet se souvient, installant durablement ses personnages à l'intérieur de notre imaginaire. Minuscules impressions de nous-mêmes, il leur fait dire ces choses qu'on pense sans les avoir jamais formulées. Autant de coïncidences qui finissent par étreindre la vie, la mort et l'universalité : « J'aime pas l'idée qu'on dort un tiers de sa vie mais j'aime bien l'idée qu'après la mort, ça sera pas pire qu'avant la naissance ».

Il fait beau dans la plus belle ville du monde, de Valérie Donzelli

L'improbable de la rencontre amoureuse est un terrain familier pour Valérie Donzelli. Dans La guerre est déclarée, elle n'hésitait pas à appeler ses personnages principaux Roméo et Juliette, héros d'une tragédie moderne où des parents se retrouvaient à lutter contre la tumeur de leur enfant - en miroir à sa propre histoire. Dans ce court-métrage dont elle incarne le personnage principal, Paris semble figée dans la torpeur de l'été. Enceinte, très joyeuse et un peu barrée, Adèle décide d'écrire à Vidal, un musicien dont elle a vu le concert. L'homme lui répond, ils s'écrivent, promettent de se voir, se ratent, s'en excusent et se jurent qu'ils finiront par y arriver. Burlesque et décalé, leur coup de foudre finit par s'abriter derrière des monologues sur la composition du cachemire et l'histoire des colonnes de Buren. La saveur des dialogues n'enlève rien au réalisme de la situation : la rencontre entre deux inadaptés qui commencent tout juste à s'aimer.

Sans titre de Leos Carax


En 1997, Carax n'a rien produit depuis Les Amants du Pont-Neuf, film-épopée aux conditions de tournage catastrophiques dont il peine encore à se relever. Le Festival de Cannes lui demande de réaliser un court-métrage afin de « donner de ses nouvelles » à la profession. Aussi intense qu'ambigu, Carax profite de l'occasion pour lancer un appel aux financements en vue de son prochain film, Pola X. « Ne jamais rien demander à personne, disait-il » : c'est par cette formule impérative que commence une introspection saisissante où cours de laquelle le réalisateur n'en finit pas d'ironiser sur sa propre posture. Entremêlant archives de cinéma et production personnelle, le cinéaste fait appel à Juliette Binoche, Catherine Deneuve ou Guillaume Depardieu, et finit par prouver à son public médusé, que les contraintes financières n'auront jamais raison de son immense créativité.

Fierrot le Pou, de Matthieu Kassovitz


« Que tu sois noir ou blanc, le problème est le même / tous sur la même scène même si l'homme blanc / a l'exploitation qui coule dans ses veines ». Ce court-métrage en forme de contrepèterie au film de Godard lui emprunte un certain goût pour les contraires. Sur un terrain de basket, un Blanc et une Noire se toisent sans s'affronter, s'en tenant chacun à un périmètre bien délimité. Entre eux, aucun dialogue mais un son, sourd et répétitif : celui du ballon qui dribble sur le plancher. Pour ce tout premier film, Kassovitz va à l'économie de moyens - c'est d'ailleurs sa mère, Chantal Rémy, qui se chargera du montage. Sa narration n'en est pas absente pour autant : le panier de basket prend l'allure d'un but aussi dérisoire qu'obsédant, tandis que les deux jeunes se jaugent au milieu de volumes écrasants. Mouvements de caméra circulaires, zoom vertigineux et travellings latéraux : Kassovitz a désormais en tête la grammaire esthétique de La Haine. Et en creux, l'obsession déjà au coeur de son cinéma : le noir et blanc comme écho à un racisme fait de fantasmes, de mythes et d'incommunicabilité.