Shogun porte du Brioni.

on vous présente shogun, le nouveau lord du rap écossais

i-D a rencontré Shogun, le jeune rappeur écossais qui s'est révélé au monde l'an dernier avec « Vulcan », freestyle d'anthologie devenu viral.

par Georgie Wright
|
09 Novembre 2017, 11:37am

Shogun porte du Brioni.

« T'es écossais… tu fais de la cornemuse et tu bouffes des Mars frits, non ? » Originaire de Paisley, dans la région de Glasgow, Shogun déplore les insultes stéréotypées qui lui sont si souvent adressées. « Mec, sois un peu créatif. J'ai des dents jaunes, des petits yeux plissés, une tête énorme et une implantation de cheveux qui fout le camp. Je suis jeune, blanc, je rappe et je suis un peu potelé. Mais personne ne dit jamais rien là-dessus. On parle toujours des Mars frits ! » Les rappeurs écossais sont des animaux rares, alors Shogun craint parfois d'être vu comme un gimmick, un éphémère. Mais qu'il se rassure, son freestyle viral « Vulcan » a rendu sa peur impossible : trois minutes et neuf secondes de virtuosité lyricale. Phénoménal.

Mais la réaction de ses compatriotes écossais n'est pas toujours au rendez-vous, ce qui est parfois source de déception. « Les gens ici s'en foutent un peu de la musique. Ils sont genre : 'Oh, tu as trois millions de vues ? Tu es connu, donc ? Tu connais cette star ?' » Mais qu'importe, c'est la musique qui offre à Shogun les outils cathartiques dont il a besoin. « Avant ça, je ne savais pas comment m'exprimer. Je défonçais les murs, j'entrais dans des colères flippantes. Je disparaissais pendant quatre jours pour faire des conneries. Mais il ne faut jamais laisser un seul nuage ruiner son horizon. »

Dans sa musique comme en personne, le rappeur de 20 ans est candide quand il parle de ses difficultés - « il n'y a que dans le dialogue qu'on dilue la honte. » C'est aussi pour ça qu'il est honnêtement empli d'émotion au moment d'évoquer les gens qui l'ont contacté pour le remercier, lui raconter comment sa musique les a aidés à traverser de mauvais moments. « Ça a plus de valeur pour moi que tout l'argent et toute la reconnaissance du monde. » Ses rêves et espoirs pour 2018 ? « Qu'on en en finisse avec l'apologie des flingues dans la musique. Parce que c'est le bordel dans le coin. Des attaques à l'acide. De la folie. Et beaucoup d'artistes ont l'air de s'en foutre. Faites de la musique, arrêtez de vendre de la violence. »

Pourquoi tu fais de la musique ?
Parce que je suis à chier dans tout le reste.

Comment tu expliques ton récent succès ?
Putain, j'en sais rien. Je ne suis pas le plus « marketable », je ne joue pas, je ne suis pas très musical. Je pense simplement que les gens se retrouvent dans la passion que je transmets. Ils ont vu que j'étais vraiment sincère dans ce freestyle, et sont allés regarder d'autres vidéos. Aujourd'hui j'ai une base de fans solide, j'ai la chance de gagner de l'argent avec ma musique, de changer ma vie.

Quels sont les problèmes qui t'interpellent aujourd'hui ?
La santé mentale. J'en fais l'expérience moi-même. Ça représente une grande partie de ma vie. Les problèmes socio-économiques aussi, la manière qu'a ce gouvernement de peindre sur les ruines sans ne jamais rien réparer. C'est la base de ma musique : râler sur ce qui m'entoure.

C'est thérapeutique pour toi ?
Clairement, oui. Très cathartique. Ça aide d'avoir un relai, une plateforme d'où s'exprimer. J'essaye d'être le plus positif possible, de garder les pieds sur terre. Et la musique c'est une bonne manière de faire ça. Si je n'avais pas la musique je me serais déjà enfui. J'aurais pris la tangente.

C'est quoi la suite, musicalement parlant ?
Je suis encore un peu dans ma bulle, avec ma musique. Avant, je voulais être le rappeur le plus froid et détaché. Maintenant je veux être respecté en tant que lyriciste, je veux apprendre plus de choses en termes de mélodie, d'harmonie. Je veux être meilleur, sonner plus juste. J'ai envie d'essayer des choses avec des artistes comme King Krule ou Brockhampton, des gens très différents.

Avec qui tu rêves de travailler ?
« Ça change tous les jours. » C'est ça la réponse d'interview typique, non ? « Ça dépend de mon humeur. » Mais en vrai, je ne sais pas… Ah si ! Mick Jenkins. Mick Jenkins. Montrez-lui cette interview.

On le fera. C'est quoi le pire job que tu as fait ?
Je n'ai eu qu'un seul job, je vendais des panneaux solaires dans un centre d'appels.

C'était cool ?
De la grosse merde. Fallait pointer en arrivant, et tu étais chronométré quand tu allais aux chiottes, ensuite ils te sucraient du temps sur ta pause. J'ai tenu une semaine.

Tu es tombé sur des gens qui avaient besoin de panneaux solaires ?
Non, personne. Si tu veux des panneaux solaires, tu n'attends pas. Tu ne te dis pas : « Tiens, mon électricité est trop chère, j'ai vraiment besoin de panneaux solaires. Je vais m'asseoir et attendre que quelqu'un m'appelle pour m'en vendre ! »

Qu'est-ce qui est le plus important dans ta vie ?
Rien, mec, je suis païen. Non… ma petite sœur. Ouais, ma petite sœur.

C'est quoi ta devise ?
Je ne sais pas, je n'en ai pas vraiment. Je n'ai pas de phrase toute belle toute faite que je peux plaquer sur un t-shirt à vendre. Je ne sais pas. En fait, c'est peut-être ça mon mantra : « Je ne sais pas », alors essayons, voyons si ça marche. Si ça ne marche pas, on essaiera autre chose. Parce que je ne sais pas. Mets ça sur un t-shirt.

Credits


Photographie Ronan McKenzie
Stylisme Julian Ganio
Coiffure Naoki Komiya, Julian Watson Agency
Maquillage Ammy Drammeh, M.A.C Cosmetics
Assistance stylisme John Handford et Nathan Henry
Assistance coiffure Kazuhiro Naka
Assistance maquillage Grace Ellington
Shogun porte du Brioni.