Les i-D News music de la semaine

IDK fait s’envoler les livreurs à vélo, un docu fait de l’anxiété des artistes un sujet important, Sounwave œuvre dans l’ombre de Kendrick Lamar, le rap belge se raconte dans une série. i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
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25 Mai 2022, 12:35pm

Sur le tournage de « Breathe », le dernier clip d’IDK et Kaytranada

Rémi Besse le confie volontiers : cela faisait quelques temps qu’il voulait parler des livreurs à vélo. « C’est un sujet contemporain, très représentatif du monde dans lequel on vit, avec ses castes sociales très marquées et des innovations technologiques qui font que tu peux commander à bouffer sur un coup de tête pendant qu’un mec sous la flotte te l’apporte chez toi. Le problème, c’est que je ne voulais pas en faire un documentaire.» À l’écoute de  « Breathe », le dernier single d’IDK et Kaytranada, c’est la révélation : le clippeur français voit là l’occasion de tendre vers une atmosphère assez planante, métaphorique, renforcée par la vision de ces livreurs qui s’envolent.

Pour cela, Rémi Besse et son équipe ont utilisé des câbles, construit une structure pour surélever les vélos et loué pendant trois jours deux grues de plus de 100m. « On a également  fait appel à des cascadeurs que le chef opérateur, André Chemetoff, connaissait. Il vient du cinéma, mais il a bossé sur « Nikes » de Frank Ocean et « Bad Girls » de M.I.A., il a l’habitude de gérer cet aspect-là. Aussi, avec Dan Sablon, le styliste, on souhaitait que le clip soit tourné à Paris, mais dans un Paris différent de celui que connaissent IDK et Kaytranada, plus habitués à traîner dans les Fashion Week lorsqu’ils viennent en France. »

Filmer le quotidien des livreurs à vélo est alors un moyen de les prendre à contrepied. Encore faut-il que cela sonne juste :  « Pour cela, on a casté des acteurs qui ont eux-mêmes été livreurs : ça joue forcément dans la façon dont ils incarnent leurs personnages, et ça permet à un tel sujet de dépasser les frontières françaises. » D’autant que l’on ne sait jamais réellement où on est dans Paris. Parce que la capitale est une ville difficile à filmer, mais aussi parce que Rémi Besse voulait éviter de tomber dans le côté carte postale avec une grammaire visuelle basée sur les boulevards haussmanniens. « D’où ces tours que l’on devine au loin, ces immeubles en béton que l’on situe à peine et cette vidéo que l’on a souhaitée très artistique dans les mouvements et les lumières. » En clair : « Breathe » n’est pas uniquement un clip, c’est un poème.

Il faut absolument voir Man Down, le docu sur la santé mentale des artistes

Dans un monde à bout de souffle, les artistes semblent l’être tout autant. À en croire le collectif Help Musicians, sept musiciens sur dix souffriraient même de déprime et d'anxiété. En cause ? Le rythme de vie, les attentes, l'omniprésence induite par les réseaux sociaux, l'instabilité financière, les tournées interminables : les raisons sont nombreuses, et incitent de plus en plus d'artistes à en parler. Man Down (Homme à terre, en VF) en atteste : réalisé par Jamie Yuan et Gemma Jennison, une infirmière spécialisée dans la santé mentale, le documentaire donne ainsi la parole à quatre artistes masculins, rongés par les doutes et le stress. Au casting, on retrouve Geoff Barrow (Portishead, Beak>), Rag'n'Bone Man, Anthony Mackie et Adam Devonshire, bassiste d'Idles, un des rares groupes de punk-rock britannique à oser confier ses failles et ses troubles psychologiques à longueur d’albums. Quant à Man Down, il dure 30 minutes : c’est évidemment trop court pour être exhaustif, mais c’est suffisant pour sensibiliser et encourager une industrie à être plus à l’écoute et respectueuse de ses artistes.

Crayon raconte la conception de Walk Tape vol.1 et son casting complètement fou

Comment est née l’idée de cette mixtape ?

Crayon : À la base, il y a une discussion avec Léo Walk, le premier à m’avoir fait sortir d’une vision purement musicale. Je l’ai connu au moment de mon EP Post Blue, je savais qu’il avait dansé sur « Pink » et qu’il en avait fait le morceau d’ouverture de son spectacle avec la compagnie Marche bleue. Grâce à lui, j’ai compris que ma musique pouvait être envisagée autrement qu’en studio ou sur scène. Surtout, il m’a fait sortir d’une esthétique très anglo-saxonne, à l’image de celle que je défendais avec Roche Musique. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à travailler avec des artistes français (Ichon, Swing, Angèle) et à vouloir créer une résidence, tandis que Gary Neveu, l’autre tête pensante de Walk In Paris, avait envie de faire une mixtape avec ses potes.

Vous avez donc eu l’idée de mixer vos idées respectives ?

Très vite, on a en effet eu l’idée d’investir les studios de la French Theory. C’était à l’été 2020, l’hôtel était fermé à cause du Covid, les artistes ne pouvaient pas donner de concert : c’était le moment parfait pour réunir tout ce beau monde.

Et toutes ces collaborations, comment sont-elles nées ?

Il y a eu énormément d’allers-retours pendant la conception de la Walk Tape. À titre d’exemples, Nelick et Le Sid sont arrivés au dernier moment sur « Trop tard », où Enchantée Julia était initialement prévue, tandis que Clara d’Agar Agar devait apparaître sur « Chicha ski nautique » aux côtés de Isha, finalement remplacée par Laylow. Pour ce titre, on cherchait d’ailleurs à avoir une production orientée dance, typique des défilés des années 1990, ce qui rejoint toute l’ambition de cette compilation : tendre vers des sons physiques, dansables en club, même il y a des morceaux plus calmes, histoire de raconter une véritable histoire, avec des transitions et des surprises. À l’image de ce duo entre Ichon et Axelle Laffont, une association qui me tenait réellement à cœur.

Il y a aussi ces poèmes de Pierre Lamour. C’était dans l’idée de créer une unité entre tous ces morceaux ?

La Walk Tape est loin d’être une compilation de titres qui s'enchaînent froidement : c’est un ensemble à écouter avec une vraie histoire et de jolis croisements artistiques. En attendant de pouvoir réaliser notre rêve : réunir sur un même morceau Laurent Voulzy et SCH.

BXXL, la série-docu qui plonge dans les coulisses du rap bruxellois

Voilà maintenant huit ans que l’on parle avec ferveur du rap belge, que l’on encense ses figures de proue tout en cherchant continuellement de nouvelles têtes à même de prolonger l’euphorie. BXXL, malgré son titre, ne parle pas de cette effervescence : à travers le destin de Roméo Elvis, Smalho, Blu Samu et Geeeko, il s’agit surtout ici de raconter les doutes, les réflexions, les remises en cause et les ambitions artistiques de quatre artistes belges, en pleine construction ou soumis à la pression du succès. En quatre épisodes, oscillants entre 20 et 30 minutes, la série-documentaire accorde également une place aux hommes de l’ombre : ici Krisy, Sam Tiba et DSK, là Dimitri Borrey, le manager de Stromae, ailleurs Lomepal venu apporter ses conseils à son ami Roméo Elvis.

On passe ainsi d’un endroit à un autre (le Mont des Arts, le Botanique, Ronquières Festival) pour plonger de la meilleure des façons dans le quotidien de ces artistes obnubilés par l’idée de construire leur live, de développer une relation avec le public, mais aussi de réussir à pleinement se définir : voir pour cela ces scènes où Geeeko, soucieux de n’écouter que ses propres envies, hausse le ton avec son manager, tandis que Blu Samu, au détour d’une conversation avec sa mère, se plaint des peurs que cette dernière tente de projeter sur sa propre vie. C’est là tout le mérite de BXXL : narrer les coulisses de la création tout en se focalisant sur les préoccupations, intimes et créatives, de quatre artistes avançant dans l’industrie au sein d’un même territoire, mais surtout avec le même acharnement et la même détermination à réussir.

Dans les coulisses de « Nightshade », le dernier clip de Sam Quealy

Sam Quealy : “Nightshade” est un morceau que j'ai commencé à écrire après avoir lu un article sur une femme qui avait tué son homme avec la plante “deadly nightshade” : la Belladone, une plante attrayante, petite et inoffensive qui est en réalité totalement mortelle. Je me suis réappropriée ce thème des apparences trompeuses et le sentiment d'aimer quelqu'un jusqu'à la folie, quitte à créer une réalité floue entre le rêve et le cauchemar. De là est né ce clip, tourné par Aymeric Bergadaducat dans un entrepôt, dans une ambiance très DIY. Aymeric a créé tous les looks à partir de rien, ce qui nous a permis d'avoir une esthétique totalement unique. L'ambiance est sombre, très club, mais cela vient contraster avec les paroles, très belles et coécrites avec le co-fondateur de La Femme, Marlon Magnée. Au final, ça donne une sorte de techno poétique, un peu trash, mais un trash plutôt chic finalement.

La musique de Kendrick Lamar ne serait pas la même sans Soundwave

En 2019, le Los Angeles Times disait de lui qu'il est l'arme secrète de Kendrick Lamar. On n'aurait pas mieux dit : depuis 2009, Sounwave est en effet l’architecte du son de K-Dot, son maître à penser, celui qui organise au mieux ses multiples idées. Lui aussi est signé chez Top Dawg Entertainment, lui aussi vient de Compton, lui aussi accumule les récompenses et les certifications. Pas un hasard, finalement, si Anthony Fifth a eu l’idée de les associer dès les prémices de TDE, persuadés qu’il tenait là deux génies pourtant encore dans la débrouille à la fin des années 2000.

Pour preuve, ce fan de Timbaland cite volontiers son premier sampler, grâce auquel il a samplé un dialogue de Chris Tucker dans Rush Hour 2, de même que le bruit d'une feuille transpercée par un crayon. Depuis, les méthodes de production ont évolué, les moyens ont augmenté et les collaborations n'ont cessé de s'accumuler. Il y a eu Taylor Swift, FKA Twigs, St Vincent, Jay Rock, ScHoolboy Q ou même Jack Antonoff, ce dernier allant jusqu’à déclarer que Sounwave « joue de la MPC comme les meilleurs musiciens jouent du saxophone ou de la basse ».

Technique sans jamais perdre en émotion, le producteur américain est aussi un artiste méticuleux, du genre à rejoindre Kendrick sur l’idée qu’il faut refaire DAMN., encore et encore, afin d’être pleinement satisfait ; du genre à poser un sac de couchage en studio ou à demander à sa femme de l’y rejoindre, trop occupé pour ne serait-ce qu’envisager rentrer à la maison. C’est ce jusqu’au-boutisme qui a permis la naissance des classiques de Kendrick Lamar (good kid, m.A.A.d city, Black Panther : The Album et, dernièrement, Mr. Morale & The Big Steppers), mais également de poser la réputation d’un producteur aussi modeste que courtisé. Parce qu'il parvient à se mettre au service d’un artiste tout en l’incitant à lâcher prise le moment venu (c’est ce qu’il s’est passé lors des sessions de To Pimp A Butterfly), parce qu'en tant que fan de jazz il sait laisser de la place aux autres producteurs une fois en studio, et parce qu'il a, à sa manière, en toute discrétion, au sein de TDE ou ailleurs, contribué à faire évoluer le son du hip-hop américain ces dernières années.

Donda Academy, la dernière folie de Kanye West

À 44 ans, le Chicagoan continue de trouver de nouvelles manières d'occuper son esprit tourmenté, et de décliner autour du prénom de sa mère différents projets. Après avoir nommé ainsi son dernier album, c'est une école que Kanye West est prêt à baptiser « Donda » : un établissement privé chrétien basé au Nord de Los Angeles et regroupant des élèves de la maternelle à la terminale. Au programme : des classes de douze élèves, des cours censés mettre l'accent sur la créativité et la pensée critique, des formations visant à comprendre le monde actuel par l'étude des cultures et la volonté de « préparer la prochaine génération de leaders, de penseurs et d'innovateurs ». Avec, derrière ces propos dignes d'un gourou à la tête de la Silicon Valley, l'ambition d'aider les élèves à « grandir dans leur foi » via un culte quotidien et diverses célébrations lors d'un office prévu chaque dimanche. Reste simplement à savoir si Kanye West animera lui-même ces cérémonies dominicales.

3 raisons d’écouter Universal Credit, le premier album du phénomène anglais Jeshi

  • Parce que le titre de son album, Universal Credit, fait référence à cette somme versée par le gouvernement anglais pour venir en aide aux foyers aux revenus faibles. C’est dire si ce disque est celui d’une belle âme, un « boy in da corner » comme disait l’autre.
  • Parce que Jeshi, à la manière de Loyle Carner ou Little Simz, dont il est proche, prouve qu’il existe une troisième voie pour le rap anglais, entre le grime et la drill.
  • Parce que l’Anglais raconte sur « Generation » l’histoire d’adolescents désabusés qui boivent des bières, jettent des cailloux sur un livreur et enchaînent les cigarettes. Ça pue l’ennuie, et pourtant : mis en son par un tel artisan de la mélodie, c’est tout simplement excitant.

À voir : « Headown » de YellowStraps

Au commencement, YellowStraps était une histoire de frère. Alban est parti, Yvan est resté, de même que cette science de la mélodie nu-soul, volontiers portée sur les sentiments. De l’émotion, il y en a beaucoup dans ce « Headown » taillé pour les nuits de solitude, ces moments où, en quête de réconfort, on comprend qu’il n’y a pas meilleure consolation que l’addiction à un morceau. Celui-ci a tout d’un tube, mélancolique et sensible.

Se promener dans des paysages désertiques aux côtés de So La Lune

Un territoire vierge de présence humaine, une voix volontiers autotunée, un flow chantonné, un propos dénué d’espoir (« As-tu déjà vu une âme s'éteindre ? ») et une production aussi atmosphérique que charismatique : avec « Fin heureuse », premier extrait de Fissure de vie, So La Lune, c’est toujours pour ceux qui savent.

À Barcelone, le Primavera Sound annonce le début de l’été

À la manière de Coachella, Primavera se déroule désormais sur deux week-ends : du 2 au 4 juin, à Barcelone, puis du 9 au 12 juin, à Barcelone et à Porto. Il fallait bien cette démesure pour fêter dignement le 20e anniversaire d'un festival devenu l'un des plus importants d'Europe, capable de réunir le temps d'un week-end (enfin, deux…) le gratin de la musique indie. Derrière les gros noms (Massive Attacks, The Strokes, Tame Impala, Gorillaz, etc.), tous très excitants, Primavera fait en effet la part belle au rock et à la pop, en équilibre stable entre vieux briscards (Beck, Nick Cave, Pavement), artistes expérimentés mais toujours en phase avec les dernières tendances (Caribou, Jamie XX, Warpaint) et une flopée de nouvelles têtes franchement excitantes (Khruangbin, King Krule, Dry Cleaning, Squid, PinkPantheress, Giveon). C’est bien simple : tout a été méticuleusement pensé pour faire de cet anniversaire une fête, ponctuée chaque soir par des maîtres des platines (2 Many DJ's, Bicep, DJ Seinfeld) aptes à faire vriller les foules.

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