Tarana Burke: "Je suis trop fan de Rihanna !"

Pour ce numéro spécial, Rihanna s’entretient avec la fondatrice du mouvement Me Too.

par i-D Staff
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30 Janvier 2020, 2:51pm

Cet article a été initialement publié dans le numéro spécial d’i-D ‘Rihannazine’ , no. 01, 2020. Pour ce projet unique, Rihanna s’entretient avec les femmes qui façonnent la culture d’aujourd’hui et les invite à partager leur vision pour 2020. Commandez votre copie ici .

Peux-tu te présenter ?
Je suis Tarana Burke et je suis la fondatrice du mouvement Me Too et la directrice exécutive de l’organisation Me Too.

Comment définirais-tu le succès ?
Il y a des années, chaque fois que j’avais un rencard avec un homme, je lui demandais comment il définissait le succès, car je voulais savoir si l’argent et le pouvoir étaient importants pour lui. Donc c’est intéressant qu’on me pose la même question aujourd’hui. J’espère que ma conception des choses est un peu différente. J’envisage le succès comme un état de votre vie où vous êtes si à l'aise et si heureux dans votre travail qu'il en résulte un sentiment de plénitude. J’ai décidé très jeune, à 14 ans, ce que je voulais faire de ma vie, et je l’ai fait : pas seulement créer le mouvement Me Too, mais défendre la justice sociale en général. J’ai rempli la mission que je m’étais donnée, et ça m’a donné l’impression de contribuer à quelque chose d’important. Et je considère cela comme un privilège

Selon toi, quel a été ton plus grand succès personnel ou professionnel jusqu’à présent ?
Ma fille. Quand j’étais enceinte, à 23 ans, je commençais tout juste ma carrière, et beaucoup de gens me disaient « tu es trop jeune pour avoir un enfant ! » Et rétrospectivement, je l’étais probablement. Mais quelqu’un m’avait donné un conseil incroyable : « La meilleure chose que tu peux faire pour l’avenir de la communauté noire est d’élever un enfant noir de la manière dont tu voudrais voir le monde. C’est la meilleure chose que tu puisses offrir au monde. » Et c’est ce que j’ai fait !

Et ton pire échec ?
Quand ma fille, qui est queer et non binaire, est venue me voir pour la première fois à 12 ou 13 ans pour me parler de son identité, je n’ai pas bien réagi. Nous en avons beaucoup parlé et je me suis excusée, mais quand j’y repense maintenant, j’en ai encore des scrupules. J’avais à l’époque un rapport compliqué à la religion, et j’ai laissé des personnes extérieures influencer mon attitude envers ma propre fille. Maintenant, je ne ressens plus aucune honte - nous sommes nombreux à désormais mieux comprendre ces choses, à nous battre pour l’égalité. J’en suis reconnaissante. Toutes les vies comptent ! Toutes les vies noires comptent, toutes les vies queer, toutes les vies trans. Comment pourrais-je plaider pour la survie d’une communauté sans défendre la survie de tous les groupes marginalisés ? Je vous le dis haut et fort, j’aime mon bébé !

Que prends-tu avec toi en 2020, et que laisses-tu derrière en 2019 ?
Je laisse mes doutes en 2019, cette idée que je ne fais pas le poids. Tout le monde prétend vouloir laisser la négativité derrière, mais je ne veux pas abandonner ce qui peut me faire progresser. Cela peut paraître dur, et je ne veux pas sembler méchante, mais je veux pouvoir me souvenir de la négativité afin de bien comprendre avec qui je peux réellement avancer dans la vie. Si vous avez été une source de négativité pour moi, je m’en souviens, et vous n’êtes pas bienvenu.

Si tu pouvais poser une question à Rihanna, ce serait quoi ?
Comment ça, une seule ?! Je suis trop fan ! Ce que j’aime chez Rihanna, c’est que j’ai l’impression qu’elle est passée par une période de transition, et depuis lors, elle est en pleine harmonie avec elle-même, elle n’a plus besoin de s’excuser. C’est ça que je voudrais lui demander : comment as-tu réussi à faire abstraction du brouhaha extérieur pour te concentrer sur ce que tu voulais vraiment être, et sur la vie que tu voulais vraiment vivre, sans devoir s’excuser ?

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Tarana porte un manteau JW Anderson et ses propres boucles d’oreilles.

Le manifesto 2020 de Tarana
Auparavant, la nouvelle année, j’en faisais toute une histoire. Certaines années, c’était avec une longue liste de résolutions que je partageais avec des copines pour approbation formelle. D’autres années, c’était en définissant des objectifs. Inévitablement, bien avant la fin de l’année, j’oubliais ce qu’il y avait dessus. Mais parfois, quand je repensais à l’année précédente, il s’avérait que j’étais restée fidèle à mes objectifs et intentions originelles, car ces projets étaient finalement sur le point de se réaliser.

Pour cette nouvelle année et cette nouvelle décennie, j’ai abandonné ces façons de faire les choses. En fait, bien que tout le monde parle de ce qu’il faut abandonner dans les années 2010, personnellement j’ai beaucoup réfléchi à ce que je veux prendre avec moi. Tellement de bonnes choses se sont produites, malgré tout ce chaos. Je veux que cette impulsion révolutionnaire qui a surgi au début de la décennie continue de se manifester dans les années 2020. Cette dernière décennie nous a montré, au travers des générations, ce à quoi pouvait ressembler la liberté : la liberté sexuelle, la liberté des orientations, la liberté des genres. La liberté de se sentir à la fois authentique et vulnérable, sans sacrifier sa dignité. Je n’ai plus besoin d’un plan, tout est gravé dans mon esprit. Je m’avance dans cette nouvelle décennie avec l’idée que les objectifs dont je rêve doivent être surdimensionnés. J’emporte donc avec moi les souvenirs et les leçons qui m’ont appris à rêver plus grand.

Il y a un mot, une idée, un objectif ou une intention que je veux certainement prendre avec moi dans cette nouvelle décennie : la guérison. La plupart des gens ont tendance à considérer la guérison dans le sens commercial ou marchand du terme. Mais nous avons besoin d’une guérison plus profonde que cela. Nous avons besoin de guérir en tant qu’individus, nous avons besoin d’une guérison collective. J’espère pouvoir être une facilitatrice pour ce genre de guérison. Une guérison qui nous pousse à changer nos vies et à changer le monde.

Crédits


Photographie Mario Sorrenti
Styling Carlos Nazario

Coiffure AKKI chez Art Partner utilisant Oribe
Maquillage Kanako Takase chez Streeters
Ongles Honey chez chez Exposure NY utilisant Tom Ford Beaut
Scénographie Jack Flanagan chez The Wall Group
Éclairage Lars Beaulieu
Assistants de photographie Kotaro Kawashima, Javier Villegas et Jared Zagha
Technicien numérique Johnny Vicari
Assistants au styling Raymond Gee, Erica Boisaubin and Christine Nicholson
Couturière Thao Huynh
Assistants à la coiffure Rei Kawauchi, Takao Hayashi and Motome Yamashita
Assistants au maquillage Aimi Osada et Megumi Onishi
Assistants à la scénographie Akaylah Reed and Joe Arai
Production Katie Fash
Coordination de production Layla Némejanski
Assistant de production Fujio Emura
Direction de casting Samuel Ellis Scheinman pour DMCASTING
Assistant de casting Cicek Brown pour DMCASTING

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