Queer et célibat : l’abstinence pourrait-elle améliorer le rapport au sexe ?

Le sexe et la sexualité ne sont pas aussi liés que vous pourriez le penser.

par Jamie Windust
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11 Mars 2020, 5:45pm

Les premières relations sexuelles des queers et surtout des trans faussent parfois leur rapport au sexe. Pour les trans notamment, cela peut se manifester par des relations avec des "chasseurs", des hommes qui considèrent leurs corps trans comme une chose purement charnelle, leur ôtant toute velléité d’engagement émotionnel. Selon certaines normes hétéros du dating, si tu n’es pas en couple, c’est que tu ne le mérites pas ou ne le souhaites pas. Donc, tu finis par accepter le premier venu - mais seulement pour te convaincre que tu pourrais, toi aussi, participer de cette normalité du couple

Aujourd’hui, ma relation avec le sexe est faussée, pour ne pas dire niquée. Allongée, les yeux fixés sur le miroir du plafond, je pense à mon repas du soir: prendrais-je un poisson ou les restes du sauté asiatique d’hier ? Et j’oublie qu’il y a quelqu’un entre mes jambes. Une soirée de plus qui se termine en plan cul. Une nuit sans valeur, et une personne de plus à éviter au supermarché. Le célibat, issu d’un sevrage total, résoudrait-il mes problèmes? Je me pose la question, comme la plupart des gens pour qui le sexe se transforme en expérience négative ou toxique.

Depuis peu, le casual sex a été remis en question par beaucoup de jeunes queers. Un sondage Americain démontre que, chez les universitaires LGBTQ+, les plans cul ne font pas partie de la norme : leurs relations convergent plutôt sur la communication et la discussion, et parfois sans aucune relation sexuelle. On confond souvent le célibat avec l’asexualité, une séduction romantique sans désir physique. Le célibat volontaire, cependant, est une chose à laquelle des personnes homosexuelles choisissent activement de participer, en réaction à leur histoire sexuelle complexe.

Le célibat serait une bonne option pour ceux qui ont subi un traumatisme passé en lien avec le sexe, selon la thérapeute Dr. Karen Gurney, psychologue et psychosexologue dans les cliniques londoniennes 56 Dean Street et The Havelock. « Pour la plupart des gens, parler du sexe est une chose délicate. Nous avons été éduqués pour ne pas en parler. La société diffuse un sentiment de honte qui nous l’empêche, » dit-elle « Le choix de ne plus s’engager dans des relations peut être une forme d’expression sexuelle en soi. C’est une façon de reprendre le contrôle de sa vie et de reconnaître ses propres limites. Par revanche, pour d’autres, cela peut constituer une stratégie d’évitement. »

Cependant, la psychothérapie et une meilleure écoute de soi sont également importantes lorsqu'il s'agit de repenser et de reconstruire son rapport au sexe en tant que personnes queer. Tori West, la rédactrice en chef du magazine BRICKS, est bisexuelle et célibataire, et elle a tenté aussi aussi le célibat. “ Le célibat fut une décision inconsciente pour moi, parce que j'avais vécu tellement de chagrins et de traumatismes émotionnels dans mes relations précédentes, amoureuses ou purement sexuelles, que j'avais du mal à faire confiance aux gens", souligne-t-elle. “Ma relation avec mon corps et mon esprit évoluait de façon négative, jusqu’au moment où je me suis demandée comment partager mon corps avec d’autres, si mon état d’esprit se trouve vraiment au plus mal ?”.

Le célibat est souvent considéré comme une solution temporaire à un problème plus profond. Mais cette solution convient-elle à tout le monde ? Antoine, de Londres, est bi et actuellement célibataire. "J'ai l'intention de continuer à l’être pendant quelques mois encore au moins, puis de réévaluer ce que je ressens", dit-il. "Si je renonce au célibat, je veux que ce soit de façon consciente et joyeuse, et non pas parce que je suis seul ou en manque de rapports physiques. Le célibat m'a appris que j'ai des choses à régler psychologiquement, et que ce travail ne peut pas et ne doit pas être précipité". Selon lui, le célibat n'est pas toujours une période où l'on se perd. C'est une période où nous devons travailler notre rapport au sexe de manière à l’enrichir.

L’abstinence peut être l'occasion d’oublier certains comportements et récits sexuels, et de reconstruire une relation plus saine et plus agréable. "Le sexe était pour moi intrinsèquement lié à la romance ", explique l'écrivain et mannequin Radam Ridwan. "Je croyais aux concepts de l'amour, de l'attraction et du sexe, tels que l’hétérosexualité peut nous les dicter - vouloir une coupe de cheveux à la Drew Barrymore, un mari à Hollywood, une nuit de noces avant de faire l'amour aux chandelles. Je me suis mise à pavaner avec les queers, mais je plongeais dans l’intimité avec des merdes (souvent racistes et transphobes). Pour m’avoir, il suffisait simplement de me vouloir." Grâce au célibat, Radam retrouve ce qu’il cherchait dans les relations sexuelles. « Avec cet écart, j’ai compris ce qui m’excitait. Avant, je cherchais à faire jouir les autres.»

Nos discussions à propos du sexe dans les milieux queer peuvent créer des effets de mimétismes potentiellement nocifs. Niquer tout le temps pour se distraire d’autres problèmes, ça va, puisque comme on le dit souvent, c’est simplement le mode de vie queer. Mais n’oublie pas que pour chacun, célibataire ou non, le rapport au sexe vaut la peine d’être pensé et travaillé. En parlant à des professionnels comme Karen, j’ai appris que se réfugier dans le célibat pour les queer n’est pas forcément la meilleure option, ni la plus juste. Mais cela peut constituer une bonne solution temporaire. Le sexe est une façon de s’exprimer entre humains. Donc, laisse-toi évoluer dans ton rapport aux relations sexuelles, sans honte et sans tabou. Ton corps et ton esprit sont précieux.

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