Pharrell Williams: “L’humanité est actuellement dans un état où les sentiments sont essentiels”

En exclusivité pour le dernier numéro de i-D « Faith in Chaos » la légende du rap, super-producteur et géant de la mode parle de creativité, inspiration et communauté avec Kanye West.

par i-D Staff
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12 Juin 2020, 8:00am

Cette conversation a été initialement publiée à l’été 2020 dans le numéro 360 de i-D : The Faith in Chaos Issue. Commandez votre exemplaire ici.

Comment introduire une discussion entre deux des plus grands géants de la musique ? Deux artistes qui ont défini, reformé et conçu quelque chose aussi essentiel que la musique, plus généralement même, le son, le look et le ressenti de la vie contemporaine. Il n’y a plus grand chose qui aurait échappé à la vision créative de Pharell Williams and Kanye West.

Pharrell est un pionnier. Depuis le début des années 1990, son travail au sein du duo de producteurs The Neptunes, puis comme leading man de N.E.R.D., un groupe penchant à gauche et repoussant les limites des genres, a effectivement défini le son d’une des générations hip-hop. Aujourd’hui, on ressent sa vibe de haut en bas des chansons classées au Billboard Hot 100. En plus d’être un artiste solo respecté, on le contacte fréquemment pour écrire ou produire des chansons, que ce soit pour Ariana Grande ou Megan Thee Stallion.

Mais c’est aussi l’homme qui a instauré le modèle pour construire le crossover du Hip Hop avec l’industrie du luxe. Son influence a permis à des empires de se créer. Et pas des moindres, comme il le dit lui même d’ailleurs, y compris celui de Kanye West. Ce dernier, l’un des rappeurs le plus hyperactif de la planète, mais aussi designer, architecte, et maintenant prêcheur de la parole de Dieu, s’inspire depuis longtemps de Pharrell. Yeezy n’aurait peut-être pas existé de cette façon ni avec ces milliards si Pharrell n’avait pas d’abord fait ses premiers pas dans cette industrie qui paraissait loin de celle que l’on réservait aux rappeurs.

Les deux artistes ont collaboré ou tourné à travers le monde ensemble en ce début de XXIème siècle, mais ils sont restés amis avant tout. Ils trouvent maintenant de nouvelles manières de cultiver leurs créativités au sein de ce monde en confinement. La pandémie du Coronavirus a mis les choses à plat d’une certaine manière : tout le monde navigue à vue dans une période incertaine politiquement et socialement. Mais beaucoup d’entre nous, découragés par les mots et les actions de nos leaders politiques, ne se tournent plus vers les gouvernements pour trouver la voie vers le progrès. Nous préférons plutôt écouter les artistes que nous admirons. Depuis Miami Beach et l’état du Wyoming respectivement, Pharrell Williams et Kanye West parlent ensemble de leurs débuts, de créativité maximale et comment nous pouvons tous agir ensemble pour mieux relever le monde de cet impact terrible.

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Pharrell porte un hoodie et un chapeau Human Made. Lunettes de soleil, Chanel.


Kanye : Bonjour !

Pharrell : Comment ça se passe bro ?

Tout va bien ? Je chill ici dans le Wyoming. Et toi, t’es où ?

Miami. C’est génial d’être près de la plage. L’air est frais, le ciel est rose. Mes enfants, ma famille, vraiment c’est incroyable.

Loin de l’attention. Je préfère la méditation à l’attention.

C’est un très bon feeling. Quand tu ne te sens pas encombré par le brouillard ni le bruit. Merci d’avoir accepté de participer à cette conversation d’ailleurs.

Pas de problème mec.

Je crois que lorsqu’on s’est rencontré pour la première fois, c’était le début de ta carrière. Je ne pense pas que tu avais déjà sorti quelque chose, non ? Je me souviens de t’avoir rencontré et de me dire « ce mec est différent ». Ta persistance était contagieuse, et quand tu as sorti ta musique, c’était tout ce que tu pensais. Je crois que tu es ce genre de personne qui est capable de concevoir un produit tangible, ou une chanson, ou encore une expérience en rassemblant les bonnes personnes ensemble, et c’est une qualité qui est visible dans beaucoup des domaines qui font ta créativité. Tu es le gars qui fait des efforts considérables pour rassembler les gens. Je l’avais vu à l’époque, et tout ce que tu as réussi à faire depuis n’est pas une surprise pour moi.

Et c’est exactement ce qu’on est en train de faire maintenant, tranquilles dans le Wyoming, à essayer de réfléchir comme concevoir les choses à l’époque de la Covid. Les Foam Runners que l’on sort en juin sont les premiers produits que l’on fabrique aux États-Unis et on va trouver une manière de tout fabriquer localement. Mais c’est plus une question d’approche que simplement une question technique. Tout, absolument tout, que l’on parle d’un moment de l’histoire, d’un genre de musique, ou d’un style, peut être différent si l’on considère la manière de le faire. J’ai l’impression que tout le monde est beaucoup trop influencé par des images, ça me fait penser à un chien qui se mord la queue. J’ai l’impression que c’est difficile pour les gens de sortir du lot, de vraiment faire quelque chose et prendre en compte ce que le monde a à leur offrir.

J’étais à Puerto Rico avec ma fille pour son anniversaire et il y avait un homme qui jouait de la guitare, après qu’il ait terminé de jouer, je lui ai donné un gros pourboire, je lui ai parlé pour le remercié et je lui ai dit « Il n’y a pas de différence entre jouer de la guitare ici et moi en concert dans un stade géant. C’est ce qu’on fait, tu vois ? ». La musique c’est une forme d’expression exceptionnelle, mais à un certain moment, le glas sonne sur ce que peut être cette expression. Même tout le truc avec l’idée de la radio, des médias, du marketing, on peut faire des choses qui sont absolument incroyable, qui ont du pouvoir, mais si c’est pas ce qui est prévu de jouer à la radio, ça va juste pas le faire. Je pense que le hip-hop qu’on aimait en grandissant, ça avait beaucoup à voir avec ça : est-ce que tu veux passer à la radio ou non ? J’ai l’impression qu’on avait pas d’injonction à le faire.

Je pense que là où tu m’as le plus inspiré Pharrell, c’est que tu n’avais pas peur des injonctions. Tu n’as pas peur de casser les codes. Tu es inspirant. Avant que je ne porte un polo rose, tu portais déjà un polo rose. La ligne est claire, c’est prouvé, et on peut faire remonter le moment culturel qu’on est en train de vivre à ce que tu faisais à l’époque. Tu as ouvert, et ouvert en grand, les portes de la mode pour nous. En allant à Paris, tu étais élégant, c’est quelque chose qui ne s’apprend pas. Et puis, être la première personne à poser avec un skateboard sur la couverture de The Source par exemple. Ces moments, où on a du changer les choses et les faire complètement différemment, ça a carrément inspiré toute une génération. Tout ressemble et rappelle plus ou moins ce que toi, Pharrell, tu as déclenché.

Ça donnait l’impression que tu cassais des murs et des portes, comme Michael Jackson l’avait fait une génération auparavant, et d’une certaine manière, tu es similaire à Michael Jackson. Dans la façon qu’il avait d’être rebelle, de faire des trucs super gangsta, de simplement casser les codes. Il a embrassé la fille de Elvis Presley sur MTV. La culture black se limitait juste à… on faisait semblant non stop, mais Michael faisait des choses différentes. Différentes de ce qu’on était programmé pour comprendre ou programmé pour faire. Il a acheté les droits du catalogue des Beatles. Ça c’est du pur Michael Jackson. On devrait avoir quelque part quelque chose qui dit que personne, aucune entreprise, n’a le droit de descendre nos héros. Pas sur The Shade Room, pas sur les réseaux sociaux et surtout pas dans des documentaires. À chaque fois que les médias ne sont pas contents de moi, je me dis « Ça y est. Ils cherchent à me faire passer pour le dingo de service ». Et d’une certaine manière, c’est ce qu’ils essaient de faire.

Je me souviens quand j’étais enfant à Chicago, tous mes copains étaient des racailles, et puis pendant l’été je passais du temps dans les banlieues plus riches et là, j’étais le gamin noir de service. Et à ce moment-là, je m’identifiais plus à ce que Pharrell essayait de dire au milieu de tout ce gangsta rap… Oh et une autre chose, je sais que c’est hors sujet, mais je voulais parler de l’état de Virginia et à quel point la Virginia est importante pour la musique noire. Tout le monde parle de l’importance de Detroit, mais la musique noire moderne vient de Virginia ! De Teddy, à Pharrell en passant par Timbaland et que dire sur mon pote Jodeci ? DeVante ! Broooo ! Je ne peux même pas exprimer avec des mots ce que les accords gospel me font. Ils me retournent. Et puis toi Pharrell, tu as adopté une approche punk avec des accords gospel. Pharrell, tu es punk. C’est ça au fond. Quand tu as commencé à utiliser la batterie en live. Ce moment. Mec, tu es l’un des meilleurs.

Wow. C’est un sacré compliment, je veux dire… Je suis sans voix. Mais j’étais pas le seul, tu sais ? On était nombreux, même si on connaissait pas tous nos noms. Et on s’est rendu compte qu’il avait beaucoup plus d’options disponibles que celles qu’on nous proposait à l’époque. On se demandait juste « et nous alors ? » On ne remplit pas une seule case. Il se trouve qu’on est pluriel. Et je vois que pour toi c’est pareil. T’es vraiment un vrai. Un vrai. Je pense ce que je dis. Tu peux créer quelque chose après l’avoir vu clairement dans ton esprit. Je pense que c’est essentiellement ça la promesse de l’expérience humaine. Tout le monde a la capacité de mettre ça en application, mais pour certains, c’est déjà une question d’instinct. Je pense que c’est la responsabilité des gens comme toi, qui ont ce don, cette capacité, de rappeler aux autres que l’esprit humain est grand, que l’on se rencontre physiquement mais aussi par l’esprit.

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Ils essaient de faire en sorte que l’on ne sache pas ce qu’on a à l’intérieur de nous, et c’est ce qu’on doit protéger à tout prix. Tu peux conduire le long de Sunset Boulevard, et tu vois ces affiches, ce film qui vient de sortir, ou ce disque, et tu oublies qui tu es. Parfois tu dois éteindre ton téléphone, et juste aller à Hawaii pendant neuf mois ou déménager ta famille, déménager tout, dans le Wyoming pour trouver la réponse. Le temps s’écoule différemment ici dans le Wyoming, l’espace est différent. Rien que de l’espace et du temps ici à la place d’avoir tout et n’importe quoi. C’est comme un différent flux de conscience. C’est juste une question de trouver les choses qui te nourrissent spirituellement et te rappellent qui tu es.

Ils essaient de poser une deadline sur un musicien qui fait de son mieux, et puis tu te rends compte qu’il y a pleins d’artistes visuels ou de peintres qui viennent juste de se trouver à l’âge de cinquante ans. Et puis je pense à Polo, et quand on a découvert la marque Polo et le fait que Ralph ait commencé cette marque à quarante ans.

Quelque part entre les âges de seize et vingt-cinq ans, tu as l’impression d’être au top, et bien sur, certaines personnes sont exceptionnelles et découvrent tout à un jeune âge, mais la fenêtre réelle dans laquelle on peut être créatif n’est pas celle que l’industrie imagine. Tout simplement car ils ne rendent pas compte que nous sommes comme des pêcheurs, nous jetons nos filets à la mer et nous voyons ce que nous ramassons. Il y a des moments où la pêche est bonne et d’autres où tu ne chopes rien. Est-ce que la marée est haute ? Est-ce qu’elle est basse ? Parfois on perd simplement son signal. On ne peut pas perdre ce poisson. Tout est là. Tout est lié à notre connexion avec l’univers, et cette connexion n’est pas fixée dans le temps ou dans l’espace. Le problème c’est que l’industrie ne le sait pas, car ils ne peuvent pas penser en ces termes.

Je suis là avec les fermiers et parfois les récoltes sont bonnes, et parfois mauvaises, et c’est vraiment Dieu qui décide. J’ai emmené mon équipe de design au ranch il y a deux jours. Je voulais qu’ils voient le coucher de soleil avec les montages, parce que parfois, ici, ça ressemble à la pochette de l’album The Dark Side of the Moon de Pink Floyd. Mais il y avait tellement de brume qu’on ne pouvait pas voir le coucher du soleil, c’est passé directement de gris à noir. Mais on était près d’un lac, et on voyait tous ces cygnes, ces oiseaux, ces animaux, et tout à coup, la nature s’est réveillée. On était parti sur un plan, mais quelque chose d’autre s’est passé. Le dicton dit « Si tu veux faire rire Dieu, parle lui de tes projets », mais tous les jours, on se réveille dans ce jeu qu’est la vie, Dieu décide de tout, il a son plan de génie… Mon père m’a dit que la vie se résumait au rapport du pouvoir et de la force. C’est l’une des choses les plus importante qu’il ne m’ait jamais dite. Quand tu suis le mouvement, ton destin se présente à toi, tu vois ce que veut Dieu de toi, tu reconnais ces connections.

Parfois, à la table du petit déjeuner, je vois la combinaison des gens qui sont assis là - car mon cousin dirige le ranch - et je me dis que Dieu veut peut-être que j’ai cette conversation, à ce moment précis avec ces gens là. Hier, on a écouté Songs in the Key of Life , et on écoutait avec ce lecteur à l’ancienne, pendant le déjeuner on a écouté le disque en entier. Donc, on écoutait Songs in the Key of Life hier, et je ne sais pas pourquoi, à un moment Chris Julian parlait, et il a dit « Everything’s opening up, everthing and anything », et Stevie était en train de dire exactement la même chose, au même moment !

D’ailleurs, en parlant de Stevie Wonder, ça me rappelle, je dois te dire, il veut que tu l’appelles.

Tu sais quoi, je me suis dit exactement ça ce matin, que j’aurai du appeler Stevie hier ! Donne moi son numéro. Ne le met pas dans cette interview !

Ah ah, je te l’envoie par texto.

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Pull, chapeau et bracelet, Human Made. Short, Patagonia. Montre, Richard Mille.

Donc c’est le numéro de i-D qui s’intitule Faith In Chaos. On devrait parler de quoi maintenant ? De la créativité ? Du coronavirus ?

Je pense qu’il faut qu’on soit clairs sur une chose : on est en train de vivre un véritable fléau en ce moment. Je ne pense pas qu’il y aura quelque chose qu’on pourra appeler la nouvelle normalité. Ça ne rend pas assez honneur à la différence qu’il y a avec qui nous étions avant la pandémie, et qui nous serons après. La vie aura une gravité qu’elle n’a jamais eu. Ça va également nous rendre de plus en plus séparés. On se déconnecte les uns des autres même si nous n’avons jamais été autant connectés via internet. C’est un peu comme la tour de Babel si tu veux. On a jamais été aussi proche de la tour de Babel, et il y a beaucoup d’avantages à cela. Il y a bien sur beaucoup de points négatifs, mais surtout beaucoup de zones grises.

Mais je sais aussi que l’amour va être une émotion d’autant plus profonde. Quelque chose qu’on va ressentir vraiment, tu vois. Tu ne peux pas serrer la main de quelqu’un ou lui faire un hug en échange de ce sentiment comme on pouvait le faire avant. Et puis, regarde l’économie, quelque soit les manières avec lesquelles on va trouver une forme de stabilité, car puisque c’est une vague ça va se stabiliser à un moment, et quand ce sera le cas, il n’y aura rien de normal à voir tant de business fermés et tant de personnes sans travail. Mais on a vécu d’autres fléaux auparavant. On a vécu d’autres pandémies. Et on a survécu. On va survivre à celle-ci également. D’une certaine manière, on s’est mis nous-mêmes dans cette situation, et on va travailler pour s’en sortir.

Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup plus à dire après ça !

J’aimerai entendre ce que tu penses. Tu sais quand i-D m’a demandé avec qui je voulais faire cette interview, je n’ai que pensé à toi, c’est tout. Je pense que tu es l’un des individus qui a le plus d’influence au monde, en raison de ta présence et de ton point de vue qui sont encrés dans beaucoup de mondes différents. Quand tu parles, ils vont écouter. Qu’ils soient d’accord avec toi, pas d’accord même ou quoi, ils vont t’écouter, et il y a des gens qui sont en train de lire ça qui ont besoin de t’entendre.

Quand on parle des besoins des gens, ou de la manière dont on voit le monde, ou comment apporter une vibration saine aux autres autant qu’on peut… Il n’y a personne je pense à part toi avec qui je rêverai plus d’avoir cette conversation.

J’étais avec mon manager Bu, et on parlait de tous ces gens qui veulent venir aux États-Unis et qui pensent que c’est un pays vraiment incroyable. Puis on s’est mis à discuter de ce que cela signifiait d’être pauvre aux États-Unis, et puis j’ai commencé une phrase qui disait « Quand tu es pauvre en Afrique… » et avant que j’ai eu le temps de terminer, Bu m’a interrompu pour dire « Tu serai mieux en Afrique qu’ici en Amérique, car si tu es en Afrique, la communauté ne te laissera jamais mourrir de fin ». C’est le genre de mentalité qu’on doit avoir pour dépasser cette pandémie. C’est le genre de changement qui doit avoir lieu.

On doit prendre en compte l’humanité comme une seule espèce. On doit changer notre mentalité, réajuster notre état d’esprit et utiliser cet état d’esprit réajusté pour changer le monde. La seule chose qui peut changer le monde, c’est si les personnes changent. Et on est à ce moment maintenant pour remettre tout à zéro car le monde n’allait pas dans la bonne direction. Dieu décide de tout et on a cette opportunité, collectivement, de ressentir ça, d’être sauvé et de répondre, de répondre collectivement à ce qui est en train de se passer. On a ce temps pour faire une pause et réfléchir, de se demander ce qu’on ressent vraiment. Qu’est ce qu’on ressent ? Qu’est ce que je ressens ? Qu’est ce que tu ressens ? Puis on doit se demander ce qu’on pense de tout ça, et ensuite le degré le plus profond c’est de savoir. Cette intuition.

Je pense que les choses peuvent être simplifiées. On est sur inondés par tellement de choses et maintenant on a l’opportunité de réajuster et de se concentrer sur les choses simples et essentielles.

Je suis d’accord. Je crois qu’on vraiment qu’on est en train de vivre l’Ère du Verseau. Tout est à refaire en terme de concept, mais aussi littéralement et métaphoriquement. Ce que vous voyez, ou ce que vous entendez, n’est pas important lorsqu’il est question de foi. La foi concerne ce que vous ressentez. Et l’humanité est actuellement dans un état où les sentiments sont essentiels, plus essentiels encore qu’ils ne l’ont jamais été.

On est dans une phase où on en a conscience maintenant. Tu sais, ce moment quand tu rentres à la maison en voiture, et qu’il est 3 ou 4 heures du matin, tu es fatigué, et en conduisant tu t’assoupis un quart de seconde, et ton pote ou la personne qui est dans la voiture te dit « Yo ! Réveille toi ! » et tu réponds « Je suis réveillé, je suis réveillé ! ». On est dans cette situation exactement. On est réveillé maintenant. C’est pas qu’on était pas éveillé avant. Personne n’a entendu la différence. On nous a dit réveille toi, on a compris, mais qu’est ce que ça veut dire ? Se réveiller, ça signifie qu’on est même pas fatigué. Tu ne te frottes pas les yeux de sommeil. Tu es concentré. Tu es réveillé. C’est la musique, les artistes, l’art, tu dois le ressentir. Si tu en es pas capable, tout a juste deux dimensions, et ça c’est une perte d’espace et de temps. Tout est une question de sentiments, absolument tout.

Je ne peux que parler de ce que je ressens. Et ce pouvoir que je ressens depuis cette saloperie d’isolation, c’est différent non ? Tout est plus intense. Nos visions, nos sentiments, nos connections avec l’univers, j’ai l’impression que tout est plus intense, est ce que c’est comme ça pour toi aussi ? Je me demandais si tu pouvais nous parler de ton expérience de cette période. Qu’est ce qu’on peut retirer de cette expérience ?

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Hoodie et chapeau, Human Made. Short, Patagonia. Bague, Jacob & Co.

C’est bizarre. J’ai tous ces amis qui m’entourent, et j’ai engagé des gens pour me donner des conseils et je pose un million de question, mais personne ne me pose jamais de questions à moi. Je me souviens une ou deux fois, des gens viennent me voir et me demandent « Ye, tu ferais ça comment ? » Et je ne sais même pas… Je ne suis pas sur que mon approche pourrait fonctionner pour tout le monde, mais je comprends ce que tu veux dire. Là pour le moment je me concentre sur la manière de fabriquer localement, mettre en place le village, créer une communauté. Pour moi, c’est très beau.

C’est ce que tu fais dans le Wyoming ?

Ouais. L’été dernier, je construisais ces logements pour SDF, et souvent quand les gens construisent des logements pour SDF, ils les construisent en se disant « c’est pour les SDF » ou je sais pas quoi, mais moi je veux construire quelque chose avec du goût, un vrai foyer. Et on a commencé à me dire, et tu fais quoi des problèmes de drogue, ou des questions de santé mentale. Mais prend une gated community , je pense que les questions de drogues ou de santé mentale sont tout autant présentes que chez les SDF. L’idée c’était de créer un espace qui allait aussi les inspirer, et un espace où je pourrai vivre moi, du coup j’appelle ça le t-shirt des foyers. Parce que un milliardaire peut avoir un t-shirt, tout comme un SDF peut avoir un t-shirt.

On a du se rendre là où c’était possible de le faire. On a étudié la vie communautaire en Afrique, on a étudié l’agriculture biologique, on a étudié l’énergie solaire. C’est l’une des opportunités qu’on a maintenant. On apprend à construire une ville. Tu peux aller voir un tatoueur, et ce tatoueur a les pires tatouages mais il peut aussi être un artiste génial. Pourquoi ? Parce qu’il s’est entrainé sur lui-même. Si tu prends tout ce que je faisais dans les médias depuis vingt ans, je faisais la même chose, je m’entrainais sur moi-même.

Ouais, c’est genre, ce que Dieu te donne. Tu étais dedans, tu as vécu ça. C’est ça la détermination. Tu remportes très certainement le prix de la détermination toi, entre autres prix.

O.K. Pharrell, je vais manger avec ma femme et mes enfants, et puis Kylie et Trav arrivent bientôt tu vois, c’est l’heure de la famille.

Rien de mieux que ça !

Passe une bonne journée.

Embrasse la famille !

Cet article a été initialement publié par i-D UK.

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Credits


Photographie : Mert Alas et Marcus Piggott.

Mise en place et opérations digitales : Niccolo Pacilli, Dreamers Productions.

Technicien digital : Mike De Janon.

Post production : Dreamer Post.

Casting : Samuel Ellis Scheinman pour DMCASTING.

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