Images courtesy of Prada

Prada débordait de tensions sexuelles pour sa collection printemps-été 2022

« Moins c’est plus » semble être la devise chez Prada – une approche centrale à la collection estivale 2022 dessinée par Raf Simons et Miuccia Prada, et qui explore « l’expression de la sexualité à travers le vêtement. »

par Osman Ahmed
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27 Septembre 2021, 2:10pm

Images courtesy of Prada

Comme vous l’avez sûrement remarquée, la mode est devenue incroyablement sexuelle cette année. Ce qui est également vrai pour le monde qui l’entoure. Dans la pop culture, voilà que le sexe est devenu matière à rap, à discussion et même à visionnage à la télévision (ou sur son ordinateur portable, si l’on en croit les études). Horny, sensuel, kinky, quel que soit le nom qu’on lui accorde, le monde sort aujourd’hui d’un an et demi d’isolement, de restriction et d’appels Zoom, pour laisser place à une nouvelle ère de sexualité sans bornes. Aujourd’hui, la saison Printemps-Eté 2022 flirte avec les maillots de bain en tous genres, la peau s’affichant effrontément sur les podiums grâce aux vêtements devenant de plus en plus minimes. Ceci est déjà le cas à Londres, avec des créateurs comme Supriya Lele, Nensi Dojaka et Maximilian. À Milan, même Miuccia Prada et Raf Simons – tous deux icônes d’une certaines froideur nord-européenne— savent entendre l’appel des sirènes du charnel et de la peau dénudée.  Leur dernière collection se concentre de fait sur une "séduction par la réduction" et "une expression de la sexualité par le vêtement".

Là, les jupes courtes en satin sont déclinées dans la palette classique de Prada (à savoir mandarine acidulée, chartreuse, rose crépusculaire), ornée de fines traînes pliées en origami. Les robes sont dos nu, à peines fermées par un laçage des plus minimaux (comme pour suggérer un déshabillage tardif ou un rhabillage hâtif le lendemain matin). Les vestes en cuir déstructurées sont portées sans rien en dessous. Les pullovers laissent dessiner une structure de soutien-gorge, les baleines de corsetterie jaillissant hors de hauts sans manches. Néanmoins, ce n’est pas le sous-vêtement en tant que tel que l’on remarque ici. Il s’agit ici de l’idée même du sous-vêtement et du spectre sexuel qui se voit intégré dans la construction de vêtements du quotidien, comme des pulls gris (comme celui arboré par Mme P. lors de son salut final), de débardeurs en lin, de blazers noirs et de minijupes en satin. « Chaque silhouette nie ses connotations restrictives traditionnelles et les reconsidèrent, les repensent, les confrontent » soulignent le communiqué de presse du défilé Prada. « Le corps est libéré. »

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Cette saison diffère visiblement des tricots enveloppants des saisons passées chez Prada. Ces collections précédentes insinuaient un sens de protection doublé de tactilité, une sort de réconfort que les danois nomment « hygge », sensation salvatrice dans la torpeur de l’enfermement Covidien. Maintenant que le monde s’ouvre à nouveau, le sentiment de renaissance est palpable. Pas tant un sens de célébration pétillante façon Années Folles, mais quelque chose de plus décharné, dépouillé. Miuccia et Raf ont donc épuré leur propos, ôté leurs nombreuses couches de nylon et de fausses fourrures des saisons passées, pour révéler un propos mis à nu et des plus simples. Bien sur que « moins, c’est plus » quand il s’agit de séduire, mais c’est aussi une vision qui reflète notre nouveau mode de vie ancrée dans la réalité. Moins de tout, moins de choses -embellissements, imprimés, nouveautés – pour plus de clarté ; des vêtements simples pour sortir réellement, que ce soit au bureau ou en boîte.

Ce défilé Prada était donc le premier signé par Miuccia et Raf à apparaître devant un public, assis dans le vaste Desposito de la Fondazione Prada à Milan, sur des sièges faits de cubes gris assemblés en blocs façon Tétris, dans un décor jonché d’écrans. Sur ces derniers, on pouvait visionner un défilé identique tenu à Shanghai avec une cabine entièrement asiatique, ayant lieu précisément au même moment. Lors que les mannequins apparaissaient, leurs doubles étaient affichés sur les grands aplats de technologie, dans une ambiance teintée d’étrangeté. N’étions nous pas censé assister à un show IRL ? N’avions-nous pas passé assez de temps derrière des écrans. Mais il s’agissait ici de la réalité numérique globale dans laquelle nous visons, connectés en permanence au web. Etait évoqué le fossé qui sépare deux continents – du moins physiquement— mais également un sens de symétrie entre les deux. Peut-on lire ici une métaphore autour de la dualité et du dialogue – dimensions adressées par Miuccia Prada et Raf lorsqu’interrogés sur leur mode de travail en duo ? C’est un travail d’équilibriste qui est en jeu ici, ainsi qu’un rappel de nos propres isolations passées dans nos bulles. Il y a tout un monde qui nous attend à l’extérieur – et beaucoup de gens qui veulent du Prada.

Quant à ce double-défilé, la plupart des gens le verrons par le biais d’images et de vidéos – ce qui n’est pas sans rappeler qu’un show n’est plus réservé à une petite élite de professionnels, mais une expérience mondiale dont les marques doivent prendre conscience.  L'année dernière, tout le monde, initiés ou non, a été aux premières loges. Mais croyez-en l'expérience de quelqu'un qui était au défilé, et qui l'a vu simultanément sur les écrans et en personne : ce sont les vêtements que vous voudrez porter l'été prochain parce qu'ils seront toujours plus beaux IRL.

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