Courtesy of Luka Arbay

Rencontre avec la légende du skateboard, Tony Alva : “Parfois les gens apprennent de leurs erreurs, pour moi ça a pris longtemps.”

Définition même de la longévité, Tony Alva est une légende du skateboard et un personnage engagé. Rencontre au Palais de Tokyo où il partage avec i-D ce qu’il veut transmettre aux jeunes à travers sa passion.

par thomas Busuttil
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12 Octobre 2021, 9:45am

Courtesy of Luka Arbay

Où habites-tu et comment s’est passé ton voyage à Paris ?

Tony Alva : Je vis la plupart de l’année à Los Angeles et en septembre, suite à l’ouverture des frontières, j‘ai eu l’opportunité de voyager en France, revisiter Paris, Biarritz et quelques très beaux endroits. J’aime beaucoup retourner sur les lieux les plus emblématiques. Nous avons déjeuné de l’autre côté du Louvre avec Vans qui me soutient depuis que je suis jeune, et j’ai pu les connecter avec les personnes avec qui je travaille déjà en France, nous avons passé des moments incroyables. Juste en déjeunant sur l’herbe proche de la seine, tout était beau, paisible, pas de trafic. D’ailleurs j’ai vu que Paris essaye de réduire le trafic en ville, pour laisser plus de place aux vélos. En tant que skateur, ma planche est le moyen le plus simple, propre pour l’environnement, de traverser la ville et se rendre d’un point A à un point B. J’adore skater à Paris.

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​Courtesy of Luka Arbay

Tu faisais une démonstration au skatepark du Canal Saint Martin, rempli de kids et de skateurs locaux dans le cadre de ta collaboration avec Serge Blanco. Comment fais-tu pour être, à 60 ans, encore motivé quand tu dois parfois te battre pour te faire une place sur le spot?

Tu sais quoi? J’adore ce spot! Il y avait vraiment plein de monde et d’entrée de jeu j’ai pris quelques slams. Je pense que c'était une bonne entrée en matière, simplement montrer l’exemple de remonter sur sa board après en être tombé. Sans y attacher plus d’importance. Ce skatepark est un des seuls de Paris qui ressemble un peu à ce que j’ai pu connaître quand j’ai commencé à skater, et qui symboliquement s’apparente à une vague de béton. C’est un des seuls spot parisien dans lequel tu puisses te rendre, qui est totalement dédié au skate que j’ai connu, comme dans un sanctuaire et tu vas simplement skater ce que tu y trouves. D’ailleurs le mec qui à gagné le best tricks, qui est reparti avec la board Alva, c'était vraiment un mec incroyable, solide avec un style assez fou. J’ai gardé les portraits, où on tient la board ensemble. C’était vraiment un bon kid.

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​Courtesy of Luka Arbay

Comment est née ta collaboration avec Serge Blanco?

Nous avons commencé à collaborer sur des vêtements, parce que j’aime le lien entre le textile italien et les coupes françaises sur lequel j’ajoute une petite partie de mon influence californienne. J’ai toujours aimé la mode au sens large, les habits confortables et surtout les pièces bien pensées, de bonne qualité. Pour moi Serge Blanco représentait cela. Tout s’est fait de façon naturelle, nous avons commencé par dessiner des vêtements un peu sport dans lesquels tu puisses vivre. Ensuite avec le photographe qui m’accompagnait, nous avons dessiné quelques planches, des complètes, et finalement des chaussures avec Vans. Pour moi c’est un bon positionnement, avec l’idée de promouvoir la santé et le bien-être, à travers le skateboard. Quand tu sors skater, tu te sens libre, c’est vraiment cette essence du skateboard que l’on retrouve dans le surf et la musique, toutes les choses que j’ai incorporé dans ma vie et que j'essaie de ressortir ici avec Serge Blanco.

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​Courtesy of Luka Arbay

Comment vois-tu ton rôle d’ambassadeur dans le milieu du skate ? Que cherches-tu à transmettre à la jeune génération à travers tes nombreuses collaborations ?

Je ne fais pas simplement du skate et du surf pour rester en bonne santé. J’utilise ces moyens comme un véhicule pour rester connecté avec ma jeunesse et je suis conscient d’être une sorte de porte parole pour les compagnies que je représente. J’ai toujours été un entrepreneur, depuis mes 19 ans, j’ai commencé par être sponsorisé par Roadrider wheels, puis ils ont lancé Indy, Thrasher magazine, Santa Cruz skateboard et d’autres et je suis toujours chez eux. Depuis le début je me suis entouré des bonnes personnes pour me conseiller sur tous les aspects techniques côté business dans la photographie et la mode. Du coup, il n'y a pas qu’une seule chose dans ma vie. Je suis vraiment content de voir où le skateboard en est arrivé, et j'essaie de rester humble dans le monde du skate, tout en me rappelant que j’ai toujours été plus un leader qu'un suiveur. J’ai toujours essayé de pousser les choses jusqu’à l’étape supérieure, mais en gardant un pied dans le réel, ne cherchant pas l'appât du gain à tout prix. Je reste connecté à ceux qui me soutiennent depuis le début, des mecs comme Rich Novak d'Independent, Steve van Doren chez Vans, toutes ces personnes qui travaillent autour de moi et qui sont surtout des experts dans leur domaine, ce que je fais ne tient pas qu’à moi seul. Nous faisons en sorte de garder une bonne communication avec mes proches collaborateurs. C’est ce qui compte le plus pour moi. C’est cette même vibe que j’essai d’apporter à cette collaboration avec Serge Blanco, en ayant réuni tout le monde au même endroit pour une semaine, être certain que tout le monde s’entende bien pour faire du bon boulot, tout en restant proche de nos racines et de nos valeurs. C’est une chose importante, quand on touche aux valeurs et à la “street credibility" dans le monde du skate, tu ne veux pas être perçu comme un vendu ou quelqu’un qui n’apporte de l’importance qu'à la partie matérielle de son existence.

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​Courtesy of Luka Arbay

Qu’est ce qui drive ton quotidien ?

Pour mon quotidien: Rester sobre, clean. Partager ma force et donner de l’espoir avec quiconque à besoin d’aide, surtout pour les jeunes garçons, si je peux les aider à éviter certaines des erreurs que j’ai faites, alors je fais quelque chose de bien. Quand je dois régler des problèmes, j'essaie de rester calme et actif, pour chercher une solution au lieu de me cacher derrière ce qu’il se passe dans le monde dont on n’entrevoit parfois que le négatif. C’est mon attitude face à la vie en général. Je ne m’énerve plus quand je tombe ni quand un kids me snake. Plus jeune, je me serais énervé, j’aurais pris cela pour un manque de respect. Mais à force d’être là, entouré de jeunes, je reste agréable et ils finissent par venir me demander de leur signer un poster ou leur donner des stickers en fin de session. C’est la connexion que je garde avec les jeunes. Pour leur montrer qu’on a pas toujours à être méchant et agressif, il y a d’autres façons de vivre, et j'essaie d’en représenter un exemple à travers mes actions directes, leur montrer que l’on peut vivre dans une certaine camaraderie, ensemble, quelque chose qui ressemblerait plus à une communauté.

Le skateboard est une histoire de communauté, où se trouve la tienne et où te sens-tu le mieux ?

L’endroit dans lequel je me sens le mieux c’est à la plage le matin, surfer et être entouré de nature. De là, je prends ce rythme de la nature et je le ramène dans ce que je vais faire le reste de la journée. Dans le business, dans le skate, dans les choses que j’aime, la mode, tout ce que je vais être amené à toucher. Je me sens à ma place tant que j’arrive à garder ce point d’équilibre dans ma vie quand je ne balance ni trop d’un côté, ni trop de l’autre, ça m’empêche d’arriver à l’énervement ou de devenir trop ambitieux.  A l’époque, je pouvais même devenir méchant quand je penchais trop d’un côté ou de l’autre. Maintenant j'essaie de rester loin des excès pour que ça ne vienne pas affecter ma vie, les gens autour de moi. J’ai pu avoir des comportements excessifs par le passé, quand je faisais la fête, jusqu'au moment où tout devenait hors de contrôle. Ça ne m’arrive plus, ça ne me fait pas de bien et j’ai trouvé le moyen de rester sur le bon chemin, j’ai envie de continuer, pour que les personnes positives puissent entrer dans ma vie, parce qu'on les attire en étant également positif. C’est une leçon que l'on apprend en vieillissant. Parfois les gens apprennent de leurs erreurs, pour moi ça a pris longtemps.

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​Courtesy of Luka Arbay

Est ce que le skateboard continue de garder ses spécificités avec son attitude rebelle ou les mentalités se globalisent?

Je pense que c’est pour cela qu’il y a l’entrée aux JO et ce qu’il se passe dans les médias en ce moment. Ce qui les attire c’est notre mode de vie, notre attitude. celle qui exulte et transpire cette connexion avec la jeunesse. Vous savez quelle est la part des jeunes pratiquant dans le nombre de skateurs? C’est incroyable ! Et ce qui est encore plus excitant c'est qu'en tant que passionné, tu peux regarder tous ces skateurs qui ont des talents artistiques, dans la musique, le design. Dans toutes ces choses qui entourent et accompagnent le skateboard et qui sont populaires chez les jeunes, on sera toujours en avance. Et maintenant que le cadre olympique est posé autour du skate, ils vont s’appuyer sur la crédibilité que le sport à déjà engrangé auprès d’une nouvelle cible qui représente la jeunesse.

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