All images courtesy MACK

Deanna Templeton photographie des jeunes filles pour l'éternité

What She Said, le nouveau livre de la photographe immortalise les joies et les peines que l’on ressent en grandissant à travers des portraits ainsi que des extraits de son propre journal intime.

par Oliver Lunn
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25 Janvier 2021, 1:48pm

All images courtesy MACK

Deanna Templeton a beaucoup pensé à son adolescence récemment. Son nouveau livre de photographies, What She Said, se compose non seulement de portraits de jeunes filles en Californie, mais aussi de ses propres notes du journal intime qu’elle tenait quand elle avait leur âge. Dans ses extraits, l’adolescente qu’elle était note des choses comme « Mon visage est tellement moche. Toutes ces cicatrices et ces boutons » ou encore « Je suis si fatiguée, si flemmarde, si malheureusement. Je n’ai que quinze ans, quel est le problème, pourquoi suis-je si MALheureuse ? »

À l’époque, Deanna était assise dans sa chambre de Huntington Beach en Californie en train de regarder les mannequins de magazines pour se demander : « Pourquoi je ne leur ressemble pas ? » Elle haïssait son apparence tellement qu’elle en est venu à se faire du mal. Son échappatoire était la musique, et elle se rendait continuellement à des concerts pour voir des groupes comme Black Flag ou Bad Brains.

two girls in metal t-shirts by deanna templeton

Son nouveau projet reflète cette période de sa vie, mais plus que cela, c’est une plongée dans le monde des jeunes femmes qu’elle photographie aujourd’hui. Elle révèle les peines et les joies universelles de la jeunesse, que ce soit l’anxiété liée à l’image de son corps ou l’intensité fiévreuse d’un concert punk. Même si à leur âge, la photographe n’avait pas Instagram ou même un téléphone portable, il y a clairement un parallèle entre l’expérience de Deanna et celle de ses sujets.

« Ces jeunes femmes que je photographie ont beaucoup de choses en commun » explique-t-elle. En apparence, elles partagent une esthétique punk bien sur, elles portent des T-Shirts de groupes, elles ont des tatouages, etc. Mais c’est la haine de soi qui semble être le dénominateur commun. L’une des filles que Deanna a photographié en 2006 avait le mot MOCHE marqué sur son torse. « Je pense qu’elle m’a même dit qu’elle se détestait. Elle a eu énormément d’impact sur moi parce que j’avais écrit la même chose dans mon journal ».

a woman in a t-shirt with a rainbow on it that says death metal by deanna templeton

Deanna se souvient de ses sentiments alors qu’elle rencontre ces jeunes filles dans la rue. En les voyant, elle se revoit à seize ans. « C’était moi, comment je me voyais ou bien comme je voulais être » dit-elle. Mais elle fait bien une distinction. « Je veux aussi m’assurer que tout le monde comprend que ces mots dans les journaux intimes sont les miens, et non les leurs » explique-t-elle. « Je ne veux faire aucune projection sur elles. Mais je pense néanmoins que les images permettent de visualiser cette époque, même si il s’agit de photographie contemporaine. Mais encore, ou au moins de mon point de vue, cela pourrait très bien bien être les années 1980 ».

C’était courageux d’intégrer ses propres journaux. Non seulement elle révèle sa propre vulnérabilité, mais cela créé aussi une relation particulière avec ses sujets. Elle montre de la compassion. Elle les comprend. Il n’y a pas de raison cachée, elle ne les exploite en rien.

a woman with tattoos and ear stretchers by deanna templeton

En tant que photographe bien sur, elle était ravie de croiser ces jeunes filles dans la rue. Parfois elle rencontrait des filles qui portaient un T-Shirt d’un groupe qu’elle avait vu en concert dans les années 1980 et commençait une conversation. Parfois certaines filles étaient à des évènements de skate et elles reconnaissaient son mari Ed, qui est skater professionnel. « J’étais tellement enthousiaste que je pouvais décontenancer certaines des filles à qui je demandais si je pouvais les prendre en photo. Je parlais tellement vite, pour leur expliquer que j’aimais trop leurs looks, je leur expliquais ce que j’aimais, comme leurs cheveux, leurs vêtements, ou leur maquillage ».

Pour Deanna, c’était essentiel de montrer son respect avant tout. « Si je m’approche de qui que ce soit pour les prendre en photo, et que je vois qu’ils hésitent, je prends tout de suite mes distances parce que je me rend compte qu’ils ne sont pas à l’aise pour dire non directement. Je sais aussi que quand j’étais plus jeune, je n’étais pas à l’aise dans ma peau et je n’arrivais pas à dire ce que je pensais, c’était difficile de dire non même si je n’étais pas à l’aise ».

a woman wearing a cannibal corpse t-shirt by deanna templeton

Elle se souvient d’une rencontre lors d’un projet précédent où les filles apprenaient tout juste le pouvoir de dire non. « J’ai abordé un groupe de jeunes femmes lors d’une compétition de surf pour leur demander si je pouvais les prendre en photo. Il y avait quatre filles vraiment mignonnes qui étaient super excitées et qui ont accepté. Puis elles m’ont remercier de leur avoir demander l’autorisation parce qu’il y avait des mecs qui essayaient de les prendre en photo toute la journée. Et je me suis rendue compte que ces filles ne savaient pas encore qu’elles pouvaient me dire non. Elles ne connaissaient pas encore le pouvoir de leur propre voix. Mon histoire me donne plus d’empathie d’une certaine manière. Ça me rend sensible dans ma manière de prendre le portrait des gens, et respectueuse aussi, surtout quand les sujets ne connaissent pas encore le pouvoir de leur voix ».

On remarque à quel point le projet de Deanna concerne ses propres difficultés, son manque d’ego, et sa franchise. La plupart d’entre nous auraient honte de nos journaux intimes mais carrément le publier ? C’est du vrai courage. Je lui ai demandé comment elle se sentait de revisiter des souvenirs si douloureux ou même ses insécurités. « À un certain moment c’était difficile. Je suis dans un endroit tellement mieux qu’à l’époque mais c’était juste très triste de voir à quel point j’avais été triste. Parce que je vais mieux depuis longtemps, je ne rendais plus compte d’à quel point j’étais dure avec moi-même. J’aurais aimé être moins dure ».

a child's wrist wearing a bracelet that says bitch by deanna templeton

Je me demande ce que Deanna l’ado aurait pensé de son projet, montrer à tout le monde ses mots. Est-ce qu’elle serait horrifiée ? « Complètement ! J’aurais eu très peur. Je ne pouvais même pas en parler à mes parents. C’est la raison pour laquelle je me faisais du mal, c’était un appel au secours. La musique parlait pour moi, je n’avais pas trouvé les bons mots pour m’exprimer. Je pouvais écrire, mais je ne pouvais pas encore parler ».

Et que dirait-elle à l’ado qu’elle était ? Elle lui ferais un câlin. « Si je pouvais donner à l’ado que j’étais un peu de confiance en soi, pour lui dire on va faire ça, on va partager ça, et tout va bien se passer. Ce livre est peut-être ce dont elle avait besoin ».

What She Said de Deanna Templeton, publié en janvier 2021 par MACK.

Cet article a été initialement publié par i-D UK. 

two women, one wearing a black sabbath t-shirt by deanna templeton
a diary entry by deanna templeton
a woman with a safety pin in her nose by deanna templeton

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