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      cinéma Antoine Mbemba 16 novembre 2016

      les kids de swagger ont donné une leçon de mode à i-D

      Le teen-movie/documentaire d'Olivier Babinet sort aujourd'hui. Pour fêter ça, i-D est parti à la rencontre des kids du film et a demandé à Régis, le plus sapé de la bande, de s'occuper du stylisme. Rencontres.

      Aaron porte un Perfecto, un pull et une chemise Dior Homme

      Swagger, c'est sans doute le regard qui manquait. Celui que toute âme ayant vécu en banlieue connaît, donc celui qui manque à ceux qui n'en perçoivent que les courses-poursuites, les voix graves et les tambours battants des émissions qui ne voient au-delà du périph' qu'une bonne occasion de vendre le sensationnel et la peur. Swagger est un documentaire qui se pare de fiction, donne la parole à onze collégiens d'Aulnay et Sevran, dans le 93. Ils y racontent leur vie, leur vision du monde, leurs aspirations et leurs angoisses. Onze visions du monde, onze histoires et caractères qui naviguent dans un film aux identités presque aussi multiples que ses protagonistes. Grâce au temps qu'il a passé en immersion à Aulnay, le réalisateur Olivier Babinet a réussi a faire parler les timides comme les frimeurs, à extraire tout ce que leur pensée a de pertinent. Au-delà de l'exercice documentaire, Swagger donne dans le fantastique, la science-fiction, la comédie musicale. Tout est mis au service de l'imaginaire de ces adolescents qui rêvent de foot, de musique et aujourd'hui de célébrité et de tapis rouges, depuis qu'ils ont foulé celui de Cannes.

      Avant d'être un « film de banlieue », Swagger est un teen-movie, un portrait d'ados, l'histoire de leurs histoires. Tout ce que les cités de la Seine Saint-Denis ont de soleil. On est allés à la rencontre de huit d'entre eux, chez eux, dans leur ville. Et on a donné à Régis - le « swaggé » du groupe, quasiment né avec une fourrure sur les épaules et qui rêve de devenir styliste - le rôle central de notre shooting. Méticuleusement, il a choisi les fringues portées par tous les autres, et en écho au film, a glissé Paul dans un énième costume, Nazario dans de nouvelles mitaines, Aaron dans un manteau « à la Matrix ! » Sous le vent, le froid et la pluie de Sevran, la peur de glisser sur une flaque et d'égratigner une veste Dior, Balmain ou Gucci n'aura pas entamé la joie de nos mannequins d'un jour. Sur le lit de la chambre de Régis s'étalait la mode. Dans chaque pièce de son appartement se changeaient avec hâte nos gamins. Régis a fait rayonner sa mode à ceux qui la voient mais la touchent trop peu ; ceux qui l'aiment parfois sans le savoir. Entre deux essayages et trois poses au milieu des tours, ils ont raconté Swagger, leur France, leur banlieue, le futur. Et Cannes, donc. 

      Régis porte une veste et un t-shirt Balmain Homme

      Régis

      Comment tu décrirais Swagger?
      C'est une sorte de teen-movie, dans lequel on découvre la personnalité de onze enfants, avec un choc d'émotion.

      Comment tu décrirais ta banlieue ?
      Elle est classe ! Elle est chic, et c'est pas du tout ce qu'on pense. On ne parle que de trafic de drogue, de dealers, de violence. Il y a ça, mais pas que. Swagger, c'est le reflet du bon côté des choses, de notre personnalité à nous.

      Est-ce que le fait de répondre à des questions en face d'une caméra t'as fait découvrir des choses sur toi, t'as fait réfléchir à des choses nouvelles ?
      Non, pas vraiment, vu que les questions d'Olivier étaient des questions de la vie. À part quand c'était sur le fantastique, les rêves. Du coup les rêves, je disais la vérité : que je ne rêvais que de mode, de défilé, de discussions avec Naomi Campbell, Rihanna, Olivier Rousteing...

      Et ton avenir, tu le rêves comment ?
      Je veux devenir styliste, créer ma marque, ma maison de haute couture.

      Pourquoi c'est aussi important pour toi, le style ?
      Parce que ça définit qui on est. Ça se voit directement. Tu remarques directement un punk, un dandy ou un hipster. Le collège c'était difficile, et le style c'était une manière de me défendre. Je mettais une veste avec des épaulettes pour être plus fort.

      À quel moment ça t'est venu, cet intérêt ?
      Fin CM2... J'ai su à 6 ans que je voulais devenir styliste. C'est venu de ma mère et de ma tante. Elles adorent la mode, ce sont de grandes acheteuses ! Quand elles faisaient les magasins, je prenais du piment le soir d'avant, du coup le matin j'avais chaud, elles pensaient que j'étais malade et je n'allais pas à l'école. Du coup j'allais faire du shopping avec elles. Elles m'ont donné la passion de la mode. C'est un cadeau qu'elles m'ont fait.

      Qui sont tes modèles, de style et de mode ?
      Rihanna, Karl Lagerfeld, Beyoncé, Olivier Rousteing. Olivier, c'est le seul noir à la tête d'une maison de haute couture. Être DA d'une marque de haute couture, Balmain, c'est pas n'importe quoi. Il donne de l'espoir. Je me dis que je pourrais peut-être me hisser à son niveau.

      C'est quoi la différence pour toi entre le style et la mode ?
      Le style c'est ce qu'on est, c'est nous. La mode, c'est la mode ! C'est les critères qu'on nous donne chaque saison lors des Fashion Week ; ce qu'il faut porter et pas porter. C'est un peu une obligation. C'est ça qui est dommage dans la mode, elle oblige les gens à suivre des règles. Il faut en sortir, se démarquer, et c'est avec le style que tu te démarques.

      Tu penses faire partie d'une génération qui va changer les choses ?
      Oui. On va changer les choses, comme Olivier a changé chez Balmain. Comme Obama. Premier président black, c'est énorme ! Obama c'était le président du style aussi. Et Michelle ! Dernièrement elle était en Versace, Donatella lui avait confectionné une robe. Elle était sublime.

      Tu as envie que les gens retiennent quoi de Swagger ?
      Moi ? Mon Insta ? Non, que la cité c'est pas ce qu'on pense. Il faut la voir pour la comprendre. 

      Aïssatou porte une veste Just Cavalli, un pull, un bracelet et un collier de perles Chanel. Mariyama porte une robe, un bracelet et un collier de perle Chanel Resort 2017

      Mariyama et Aïssatou

      Si vous deviez donner envie à quelqu'un d'aller voir Swagger, vous lui diriez quoi ?
      Mariyama : Swagger ça montre le vrai visage de la cité. Les gens pourront voir comment c'est. C'est pas comme on le dit souvent à la télé, la vente de drogue, la police, etc. C'est pas tout le temps comme ça.
      Aïssatou : On est des enfants comme tout le monde...
      Mariyama : On n'est pas des voyous.

      Le festival de Cannes, c'était comment ?
      M : Moi je n'y étais pas.
      A : Moi oui, c'était bien. C'est très joli, Cannes. Et il y a beaucoup de trucs chers.

      C'est quoi vos rêves, vos ambitions pour l'avenir ?
      A : Moi je préfère rester secrète.
      M : Je ne sais pas encore.

      Le cinéma ça ne vous fait pas envie ?
      A : C'est juste une passion pour moi. J'aime bien le cinéma mais pas au point d'en faire une carrière.

      Vous voyez un avenir positif en France ?
      A : Si on fait des efforts, ça va, on peut avoir un avenir positif.
      M : Si la France arrive à voir le vrai côté de la banlieue, oui.

      Si vous pouviez changer quelque chose en France, ce serait quoi ?
      A : La loi sur la propreté ! Tu jettes un papier parterre, tu prends une amende. Ce serait trop bien pour la France, ça deviendrait le pays le plus propre. Jeter des choses parterre, c'est malpoli, c'est chiant pour les gens qui travaillent à ramasser.
      M : Changer l'égoïsme. Si le président ne pense qu'à lui, la France ne risque pas de changer. Enfin si, elle va changer, mais pas dans le bon sens.

      Vous voulez que les gens qui vont voir Swagger retiennent quoi du film ?
      A : Quand les gens parlent de la cité dans les documentaires, on dirait qu'on passe nos vies à insulter les gens, qu'on passe notre vie au commissariat. On parle plus des mecs, mais les filles de banlieue aussi on est très mal vues.

      Vous vous sentez insultés aussi, du coup, quand vous voyez ce genre de choses ?
      A : Ouais, quand ils définissent Aulnay par le seuil de pauvreté. Comme s'il n'y avait que des pauvres. Oui, il y en a, mais c'est comme Paris. À Paris, il y a des gens dans la rue. Mais Paris on en parle bien, quand c'est la banlieue par contre, on fait croire qu'il n'y a que des pauvres. C'est blessant...
      M : C'est blessant pour Aulnay.
      A : Même si le pays avait plus de pauvres que de riches, je n'ai pas envie qu'on définisse uniquement le pays par son seuil de pauvreté. Aucun magazine ne parle de Paris et de son seuil de pauvreté.

      Vous êtes fières d'avoir fait partie d'un tel film, qui casse ces clichés ?
      M : Oui.
      A : Moi je ne sais pas(rires) ! Je me trouve trop bizarre dans le film. On dirait que ça reflète tous mes défauts !
      M : En plus ça date, maintenant on a changé !
      A : On a une excuse, on dit qu'on était au collège, qu'on a grandi.
      M : Moi je suis toujours au collège, hein.
      A : Ah ouais...

      Justement, comme ça date, il y a des choses que vous avez dites dans le film que vous ne diriez plus, ou des choses que vous n'avez pas dites, que vous diriez aujourd'hui ?
      A : Moi, peut-être que maintenant je ne dirais plus, même si j'ai encore cette idée, que l'avenir peut être destructeur, tout ça. Je ne dirais plus ça...
      M : Parce qu'on ne sait pas.
      A : Ouais, voilà. Même si on va plutôt dans ce sens-là, je ne le dirais plus.

      Tu serais plus optimiste ?
      A : Plus "on verra"(rires) !

      Nazario porte une chemise en flanelle et des mitaines Dior

      Nazario

      Si tu devais donner envie à quelqu'un qui n'a pas vu Swagger, tu dirais quoi ?
      C'est un film d'action. Il y a beaucoup de bombes, de grenades, de pistolets... Il faut aller le voir, c'est mieux que Hunger Games ! En vrai, ça parle de la vie de onze jeunes. Qui font leur vie, et chacun a un délire différent... C'est tout.

      Comment tu décrirais ta banlieue ?
      Moi je me sens mal ! Parce que quand je vais à Paris, c'est toujours joyeux, il se passe plein de choses. Quand je sors de chez moi, c'est vide, il manque des choses. On se sent un peu exclu de cette ambiance parisienne.

      Quel souvenir tu gardes de votre passage au festival de Cannes ?
      Déjà quand j'étais petit, je voyais les gens passer sur le tapis rouge, ça avait l'air génial ! J'ai marché sur le tapis rouge, ça m'a fait aucun effet. Y a rien. À part les milliers de photographes qui sont autour... Sinon y a rien. J'étais déçu. Mais bon, la fête du samedi était géniale. Et le tapis rouge, c'était bien quand même, tu peux raconter ça aux gens, c'est la classe.

      Comment tu vois l'avenir de la France ?
      J'espère déjà que Donald Trump ne viendra pas en France ! Mais je pense que l'avenir de la France sera bien. Je suis confiant.

      Tu penses faire partie d'une génération qui veut faire bouger les choses ?
      Moi je veux changer les choses, mais je sais pas quoi faire. Déjà j'aime pas trop cette délimitation entre Paris, la banlieue, la couronne périurbaine. Je me dis qu'on est dans un pays, que ça devrait être pareil partout.

      Si tu pouvais changer un truc en France, ce serait quoi ?
      Réduire les prix des Grecs ! À 2,50€. Comme ça, matin-midi-soir, on grossit... Mais je sais pas ce que je voudrais changer en vrai... C'est la France. C'est comme si on enlevait la Tour Eiffel. C'est plus la France après.

      Tu as envie que les gens retiennent quoi de Swagger ?
      Qu'il ne faut pas toujours écouter les rumeurs. Elles ne sont pas toujours fondées. En banlieue, on n'est pas tous pauvres, et on a tous un avenir.

      Abou porte une veste et une chemise Dior

      Abou et Aaron

      Si vous deviez donner envie à quelqu'un d'aller voir Swagger, vous diriez quoi ?
      Aaron : Je dirais que c'est un mélange de documentaire, de fiction. Qu'on y dit ce qu'on pense. Les films sur la banlieue sont tous pareils : tous noirs, tous gris. Ce film montre que la banlieue n'est pas comme ça.
      Abou : Moi je dirais que c'est un teen-movie sur des adolescents de cité, du 93. C'est là pour montrer que la cité n'est pas si terrible, qu'il y a des personnes bien dans la cité.

      Elle est comment votre cité, votre banlieue ?
      Abou : C'est cool ! On ne connaît pas tout le monde dans la cité, mais on connaît des gens. Qui sont cool avec nous. C'est pas comme à la télé. C'est pas parfait...
      Aaron : Mais ça reste bien, dans l'ensemble. Il n'y a pas de différences. On ne se sent pas différent des autres, on est tous ensemble. Noirs, arabes...
      Abou : On ne se sent pas en danger.
      Aaron : On se sent chez nous. Il y a de la solidarité.

      Ça vous a fait quel effet, de répondre à des questions devant une caméra ? Il y a des choses que vous avez dites, que vous ne diriez plus, ou inversement ?
      (Rires) Abou : Moi ça m'a donné envie de continuer. J'ai bien aimé, ça m'a donné envie de faire du cinéma. Après, j'avoue, il y a des trucs que je ne voulais pas dire ! Quand j'ai décrit une personne... que j'étais soi-disant amoureux... C'est faux.
      Aaron: C'est vrai.
      Abou :Bon, c'est pas faux...mais j'étais pas amoureux. J'étais presque amoureux. Mais je voulais pas le dire ! J'ai eu chaud, je me suis dit « pourquoi ils me font dire ça, les gens vont voir, après c'est fini, je vais me faire charrier » !

      C'est quoi vos ambitions les plus folles ?
      Abou :Foot et cinéma.
      Aaron :Foot et cinéma !
      Abou : S'il y a une porte dans le foot et dans le cinéma, on prend le foot, obligé !

      Comment vous voyez l'avenir de la France ?
      Abou :Ah déjà... Trump a été élu, donc Marine Le Pen sera élue !
      Aaron :Je ne vois pas du tout comment sera la France, même dans un an. D'un côté c'est cool, d'un autre ça fait peur. Si Trump est passé, Le Pen peut passer aussi.

      Vous pensez faire partie d'une génération qui va faire bouger les choses ?
      Abou : Ah ! LA question !
      Aaron : Je ne sais pas si notre génération veut changer des choses...
      Abou : Pas la génération, mais quelques personnes de la génération.
      Aaron : La génération, elle est finie... alors qu'on est qu'au début.

      Vous parliez de solidarité. Vous trouvez que la France est un pays solidaire et généreux ?
      Aaron : Ça dépend. J'ai envie de dire oui comme j'ai envie de dire non. Entre les deux.Il y a des coins de la France sympas, qui ne prennent pas en compte d'où tu viens. Mais il y a d'autres coins où, si t'es noir ou arabe et que tu viens du 9.3...
      Abou : C'est fini.
      Aaron : Après, il y a des lieux où on est bien accueillis, mais on sent qu'on n'est pas à notre place. Récemment on était à un festival, on était bien accueillis, mais il y avait que des blancs. Un noir dans la salle. On ne se sent pas à notre place.

      Si vous pouviez changer un truc en France, n'importe quoi, ce serait quoi ?
      Abou : Ce serait bien qu'on soit vraiment tous, tous mélangés. Pas les blancs d'un côté et les autres de l'autre. Il y a trop de blancs sur Paris... Nous, on est là, entre nous. Ce serait bien de se mélanger.
      Aaron : Si tu veux... Moi j'ai pas d'idée, là.
      Abou : Ou sinon...Apprendre aux blancs à danser !
      Aaron : Moi je ne sais pas du tout... au hasard : rendre les transports gratuits. Marre des contrôleurs. Mon pass Navigo, je l'ai cassé en 4ème. Depuis j'arrive plus à valider !

      Vous voulez que les gens retiennent quoi de Swagger?
      Aaron : Nos noms !
      Abou : Qu'ils n'oublient pas qu'on est là, en banlieue. Qu'il y a des personnes qui veulent réussir en banlieue.
      Aaron : Quand Abou, avec son don, va devenir acteur, les gens vont se retourner, genre "Oh, mais c'est lui, Swagger !"
      Abou : Quel don ? J'ai pas de don...
      Aaron : T'as un don dans le cinéma. Un don extrême ! La caméra et toi ça fait un !
      Abou : Ça me touche (rires)

      Paul porte un costume en tartan, une chemise et des baskets Ace Gucci 

      Paul

      Si tu devais décrire le film, tu dirais quoi ?
      C'est un mélange de tout, c'est difficile à décrire. Mais c'est un nouveau regard sur la banlieue. C'est pas l'image qu'on a l'habitude d'en voir. Mais il n'y a pas de mots pour décrire le film.

      Et comment tu décrirais ta banlieue ?
      Sérieusement... la banlieue elle est niquée. Il y a des choses positives, l'amitié forte, la solidarité qu'on peut avoir avec les gens. Mais il y a aussi beaucoup de choses négatives, qui influencent les jeunes, les petits.. ça peut aller loin.

      C'est quoi tes rêves et ambitions personnelles ?
      J'aimerais bien composer de la musique pour un film. Je fais de la guitare, de la batterie, du piano, des percussions indiennes et latines...

      Comment tu vois l'avenir de la France ?
      Ça dépendra des dirigeants. S'il continue à regarder les choses de manière péjorative, ça n'avancera pas.

      Toi tu penses faire partie d'une génération qui va faire bouger les choses ?
      Oui. Si on peut, on le fera. Mais il faut être aidé, aussi.

      Tu penses que la France est un pays généreux ?
      Avec tout le monde ? Je ne pense pas. Là encore, ça dépend dans quel domaine. Mais généralement je ne pense pas.

      Si toi tu pouvais changer un truc en France, ce serait quoi ?
      La politique... Je changerais Hollande ! J'aurais mis Sarkozy à sa place. Y avait pas de plan Vigipirate et pas d'attentats à son époque. C'était sécurisé.

      Tu as quels souvenirs du festival de Cannes ?
      Déjà, quand ils nous on dit que le film allait à Cannes, je ne savais pas ce que c'était, Cannes. Je ne m'intéressais qu'au cinéma indien. J'ai demandé "C'est quoi Cannes, c'est qui Cannes ?" On m'a dit que c'était un festival, qu'on y donnait des prix pour les films, et tout. Je ne savais pas à quoi m'attendre. Mais quand on est arrivés là-bas... ouais, j'étais choqué. J'allais pleurer sur le tapis rouge. Je ne pensais pas qu'on irait si loin.

      Tu aimerais que les gens retiennent quoi de Swagger ?
      J'aimerais qu'ils changent de point de vue sur le 93 et sur la banlieue en général. Que ça les fasse réfléchir.

      Astan porte une veste Koché et un collier Chanel 

      Astan

      Si tu devais décrire Swagger...
      Je dirais déjà qu'il est sympa ! Qu'il parle de la cité, qu'il parle de nous, qu'il montre comment on a changé depuis. Ça montre la cité, ça raconte des histoires, il y a des petites blagues et tout. Moi si on me l'avait décrit comme ça, je serais allée le voir.

      Tu as changé comment, toi ?
      Physiquement, moralement. Je dis des choses dans le film qui ne sont pas vraies ! Quand je disais que je traînais pas avec des Français... Avec des blancs. Il y en a dans ma famille ! Quand on on m'a dit ça, je pensais qu'on parlait de mes "amis", mes potes de tous les jours. J'ai des connaissances, mais pas plus. Je suis passée pour une extrémiste.

      Tu penses que c'est important un film comme ça, qui montre un autre visage de la cité ?
      Oui. À la télé on te fait croire qu'ici on te frappe si tu regardes de travers. Mais pas du tout, il y a une bonne ambiance. On rigole avec tout le monde, même avec des gens qu'on ne connaît pas. On est ouverts. Après il y a des cités fermées, c'est sûr. Pas la nôtre.

      Est-ce que tu peux me raconter tes souvenirs du Festival de Cannes ?
      Déjà, je ne savais pas que j'irais à Cannes. Enfin si, je savais, mais je pensais que ce serait le faux tapis rouge, pas l'officiel ! Quand on m'a dit que c'était le vrai, je n'y croyais pas. En arrivant à Cannes, j'ai vu qu'il y avait France 2, j'ai commencé à réaliser le truc. Et puis le tapis rouge, j'ai adoré, ce n'est pas donné à tout le monde. Je suis sur Google Images, maintenant !

      Comment tu vois l'avenir de la France ?
      Personnellement, si je perce, c'est cool, je deviens une star. Si ça ne marche pas, je continue mes études et j'essaye de travailler dans la santé. Le cinéma ça me fait envie depuis ce film ! Être connue ! C'est quelque chose, quand même. En fait j'aime bien qu'on parle de moi. Si je fais un film, je sais qu'on va parler de moi.

      Tu veux que les gens retiennent quoi du film ?
      Déjà qu'ils oublient ma tête. J'étais moche (rires) ! Mais j'aimerais bien que les gens soient contents, qu'ils aiment le film, parce que tout le monde n'a pas les mêmes goûts. Mais je veux qu'ils se mettent dans la tête que la cité, ce n'est pas comme à la télé. Moi je m'y sens bien.

      Régis porte un t-shirt Balmain et une fausse fourrure Sprung Frères 

      Crédits

      Texte : Antoine Mbemba
      Photographie : Yves Drillet
      Stylisme : Régis N'Kissi
      Assistante stylisme : Fati Alami

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      Tags:cinéma, mode, swagger, olivier babinet, séries mode

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